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Tome XVIII.
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Leur régime est monarchique ; toutel’autorité réside dans la volonté d’un seul.

Soumis au despotisme le plus excessifdans leurs maisons , les Jésuites en fontles fauteurs les plus abjects dans l’état. Ilsprêchent aux sujets une obéissance fansréserve pour leurs souverains ; aux rois,l'indépendance des loix & l'obéissanceaveugle au pape ; ils accordent au papel'infaillibilité & la domination universelle ,a fin que maîtres d’un seul, ils soientmaîtres de tous.

Nous ne finirions point si nous entrionsdans le détail de toutes les prérogativesdu général. II a le droit de faire des consti-tutions nouvelles, ou d’en renouvellesd’anciennes , & fous telle date qu’il luiplaît; d’admettre'oud’exclure, d’édifier oud’anéantir , d’approuver ou d’împrouver,de consulter ou réordonner seul j d’afsem-bler ou de dissoudre , d’enrichir ou d’ap-pauvrir, d’ahsoudre, de lier ou de dé-lier , d’envoyer ou de retenir , de ren-dre innocent ou coupable , coupable d’unefaute légere ou d’un crime , d’annullerou de confirmer un contrat, de ratifierou de commuer un legs , d’approuverou de supprimer un ouvrage, de distri-buer des indulgences ou des anathèmes,d’affocier ou de retrancher , en un mot,il possede toute la plénitude de puissancequ’on peut imaginer dans un chef fur fessujets , il en est la lumière , l ame, la vo-lonté , le guide, & la conscience.

Si ee chef despote & machiavéiifte étoitpar hasard un homme violent, vindicatif,ambitieux , méchant, & que dans la mul-titude 1 de ceux auxqueís il commande ilíe trouvât un seul fanatique , où est leprince, où est ie particulier qm fût ensûreté , for son trône ou dans son foyer ?

Les provinciaux de toutes les provincesfont tenus d’écrire au général une foischaque mois ; les recteurs, supérieurs desmaisons , & les maîtres des novices , detrois mois en trois mois.

II est enjoint à chacun des provinciauxd’entrer dans le détail le plus étendu forles maisons, les coîl'eges , tout ce quipeut concerner la province ; à chaquerecteur d’envoyer deux catalogues , l’unde l’âge 3 de la patrie, du grade, des

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études, & de la conduite des sujets ; I’au-tre, de leur esprit, de leurs taîens, de leurscaractères, de leurs mœurs : en un mot ,de leurs vices & de leurs vertus.

En conséquence , le général reçoit cha-que année environ deux cens états cir-constanciés de chaque royaume, & de cha-que province d’un royaume , tant pourles choses temporelles, que pour les cho-ses spirituelles.

Si ce général étoit par hasard un hommevendu à quelque puissance étrangère ; s’ilétoit malheureusement disposé par carac-tère , ou entraîné par intérêt à se mêlerdes choses politiques, quel mal nepourroit-il pas faire ?

Centre où vont aboutir tous les secretsde l’état & des familles, & même desfamilles royales ; aussi instruit qu’impéné-trable ; dictant des volontés absolues , &n’obéissant à personne ; prévenu d’opinionsles plus dangereuses fur l’aggrandissement& la conservation de sa compagnie , &les prérogatives de la puissance spirituelle ;capable d’armer à nos côtés des mainsdont on ne peut se défier , quel est l’hom-me sous le ciel à qui ce général ne pûtsusciter des embarras fâcheux , si encou-ragé par le silence & l’impunité il osoitoublier une fois la sainteté de son état ?

Dans les cas importans , on écrit enchiffres au général.

Mais un article bisarre du régime dela compagnie de Jésus , c’est que les hom-mes qui la composent sont tous rendus-par serment espions & délateurs les uns,des autres.

A peine, fut-elsc formée qu’on la vie.riche , nombreuse & puissante. En un mo-ment elle exista en Espagne, en Portugal,en France , en Italie , en Allemagne , enAngleterre au nord , au midi, en Afri-que , en Amérique , à la Chine, aux.Indes >au Japon, par-tout également am-bitieuse , redoutable & turbulente; par-tout s affranchissant des loix , portant foticaractère d’indépendance & sc conservant,,marchant comme si elle se sentoit destinée:à commander à l’univers.

Depuis fa fondation jusqu’à ce jour , iîne s’est presque écoulé aucune année fansqu’elle se soit signalée par quelque action»