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Tome XVIII.
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ïa nature a les siennes. Une des plustortes est celle du plaisir momentané , quiexpose la femme à perdre sâ vie pour la.donner; & celle qui arrête la main del’homme malheureux, & qui le déter-mine à vivre. C’est le charme de Yillufionqui nous aveugle en une infinité de circons-tances , fur la valeur du sacrifice qu’onexige de nous , & fur la frivolité de la ré-compense qu’on y attache. Portez mon il-lusion à Pextrême , & vous engendrerezen moi P admiration, le transport,Penthou-siusme , la fureur & lefanatisme.X’orateurconduit la persuasion ; Ï S illusion marche àcôté du poète; L’òrateur & le poète sontdeux grands magiciens, qui font quelquefoisles premieres dupes de leurs prestiges. Jedirai au poète dramatique : voulez-vous mefaire illusion , que votre sujet soit simple ,& que vos incidens ne soient point tropéloignés du cours naturel des choses; ne lesmultipliez point ; qu’ils s’enchaînent &s’attirent ; méfiez-vous des circonstancesfortuites, & longez sur-tout au peu deteras & d’eípace que le genre vous accorde.

I IUSION , ( Belles-Lettres. Poésie. )Dans les arts d’imitation la vérité n’estrien , la vraisemblance est tout ; & nonfeulement on ne leur demande pas la réa-lité , mais on ne veut pas même que lafeinte en soit l’exacte ressemblance;

Dans la tragédie, on a très-bien observéque Yillufion n’esspas compîètte ; i 3 . ellene peut pas l’étre ; 2 °; elle ne doit pas1 etre. tlle ne peut pas l’être , parce qu’ilest impoihole dé faire pleinement abstrac-tion du lieu réel de la représentation théâ-trale & de ses irrégularités. On a beauavoir l’imagination préoccupée ; les yeuxavertissent qu’on esta Paris, tandis que lafeene est à Rome ; & là preuve qu’onn’oublie jamais Paâeur dans îe personnagequ’il représente, c’eíì q ne dans 1 instantmême où l’on est le plus ému , on s ecrie :^4 b ! que c'efl Bien joué ; on soit donc quece n’tst qu’un jeu ; on n’uplaudiroit pointAuguste , c’est donc Brisard qu’on ap-p audits

àis quand par une- ressemblancepa. laite il feroit possible d'e faire unepleme illuR on , l’ ar t devroit Péviter ,EPiirme ia*cu.ptur.s l’évite en ns colorant

III

pas le marbre, de peur de le rendra-effrayant.

U y a tel spectacle dont Yillufion tem-pérée est agréable , & dont T illusion pleineferoit révoltante ou péniblement dou-loureuse : combien de personnes sou-tiennent le meurtre de Camille , ou deZaïre & se s convulsions d’Inès empoi-sonnée , qui n’auroient pas la force desoutenir la vue d’une querelle sanglanteou d’une simple agonie ? II est donc horsde doute que le plaisir du spectacle tragi-que tient á cette réflexion tacite & con-fuse qui nous avertit que ce n’est qu’unefeinte , & qui par là , modéré Pimpref—fíon de la terreur & de la pitié!

Je fais bien que l’échaffaud est la tra-gédie dé la populace , & que des nationsentieres se sont amusées de combats dsgladiateurs. Mais cet exercice de la sensi-bilité feroit trop violent pour des âmesqu’une société douce & voluptueuseamollit, & qui demandent des plaisirs dé-licats comme leurs organes.

II y a donc deux choses à distinguerdans Pimitatïon tragique , la vérité absoluede P exemple , & la ressemblance impar-faite de Pimitatïon. Orosmane , dans la:fureur de fa jaìbusie., tue Zaïre, & Pinstaned’après se tue íui-même de désespoir ;voilà Yillufion qui ne doit pas être com-plette. Un amour jaloux & furieux peutrendre féroce & barbare un homme natu-rellement bon , sensible & généreux ; voilà"la vérité , dont rien ne nous détrompe& dont Pimpression nous reste quand ì'ìl~lufion a c esté.

Dans le comique , rien ne répugne à'une pleine ìllufion ; &c l’impreíîion du ri-dicule n’a pas besoin d.’ëtre tempérée com-me celle du pathétique. Mais si dans le co-mique méme Yillufion étoic ccmplette , le’spectateur croyant voir la nature, ou-bîieroit Part , & feroit privé par Yillufion'même, de Pun des plaisirs du spectacle;.Ceci est commun à tous ïes genres.

Le plaisir d’être ému dè crainte & dé-pisté for les malheurs de ses semblables , le-plaisir de rire aux dépens des foibleííès& des ridicules d’autrui, ne sont pas lesseuls que nous cause la feene : celui de voirà quel dégré de forge & de vérité peuvent