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jssienre à peine l’ame, tandis que l’autres’en saisit & la pénétré profondément.
En vous promenant á la campagne ,qu’un objet vous frappe & vous plongedans la méditation, tous les autres objetsque vous appercevrez paíTeront successi-vement devant vos yeux fans vous distraire.Vous les aurez vus cependant, & chacund’eux aura laissé fa trace dans le souvenir.Que fera-t-il donc arrivé ? Qu’à chaque mi-tant l’ame aura eu deux pensées, Tune fixe& profonde, l’autre legere & fugitive. AucontséiirG , jc vous suppose plus ic^crcmcntoccupé ; l’idée qui vous fuit, ne laisse pas !d’être continue & toujours présente ; maisl’impresson accidentelle de nouveaux |objets est d’autant plus vive à son tour ,que la premiere est moins profonde.
C’est ainsi qu’au spectacle deux penséesfont préfentes'à l’ame ; l’une est, quevous étés venus voir représenter une fable,que le lieu réel de faction est une sale despectacle, que tons ceux qui vous envi-ronnent viennent s’amufer comme vous ,que les personnages que vous voyez fontdes comédiens , que les colonnes du palaisqu'on vous représente sont des coulissespeintes ; que ces feenes touchantes outerribles que vous applaudissez font unpoeme composé à plaisir. Tout cela est lavérité. L’autre pensée est P illusion ; savoirque ce palais est celui de Mérope , que lafemme que vous voyez íi affligée est Méropeelle-meme , que les paroles que vous en-tendez sont 1 expression de fa douleur. Or ,de ces deux pensées il saur que la dernieresoit la dominante ; & par. conséquent lesoin commun du poète , de facteur & dudécorateur doit être de fortifier l’impres-sion des vraisemblances r & d’assoíblir celledes réalités. Pour cela le moyen le plus fur,comme le plus facile , seroit de copier fi-dèlement & servilement la nature, & c eít-lá tout ce qu’on a fu faire quand le goûtn’étoit pas formé. Mais je Pai dit souvent,je le répete encore ; la nature a milledétails qui set oient vrais , qui rendroientmeme l’imitation plus vraisemblable, &qu il faut pourtant éloigner, parce qifílsmanquent d’agrément ou d’intérêc ou dedecence , & que nous cherchons au théâtre& dans 1 imitation poétique en général,
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une nature exquise , curieuse & intéres-sante. Le secret du génie n’est donc pasd’asservir , mais d’animer son imitation :car plus \ illusion est vive & forte, pluselle agit fur l’ame , & par conséquentmoins elle laisse de liberté à la réflexion &de prise à la vérité. Quelle impression peu-vent faire de légeres invraisemblances furdes esprits émus , troublés d’étonnement& de terreur ? N’avons-nous pas vu , denos jours , Phedre expirante au milieud’une foule de petits maîtres > N’avons-nous pas vu Mérope, le poignard à la main,fendre la presse de nos jeunes seigneurs,pour percer le cœur à son fils ? & Méropenous faifoit frémir , & Phedre nous arra-choit des larmes. C’est fur ces exemplesque fe fondent ceux qui fe moquent desbienséances & des vraisemblances théâtra-les ; mais si dans ces raomens de trouble& de terreur l’ame trop occupée du grandintérêt de la feene , ne fait aucune atten-tion à fes irrégularités , il y a des momensplus tranquilles , où le bon sens en estblessé ; la réflexion reprend alors tout sonempire ; la vérité détruit Yilluson : or,l 'illusion une fois détruite ne se reproduitpas í’instant d’aprês avec la même force j& il n’y a nulle comparaison entre un spec-tacle où elle est soutenue , & un spec-tacle où , à chaque instant, on est trompé& détrompé.
L’ìllufion , comme je Pai dit, n’a pas.besoin d’être complette. On ne doit doncpas s’inquiéter des invraisemblances for-cées , & l’on peut fe permettre celles quîcontribuent à donner au spectacle plusd intérêt ou d’agrément.j à Mais quoi qu’on faste pour en imposer ,il est rare que Villufion'Ydit trop forte; onfait donc bien d’être íevere fur ce qui inté-resse la vraisemblance , & de n’accordera Part que les licences heureuses d’où ré-sulte quelque beauté.
U faut fe figurer qu’il y a sans cesse dans1 imitation théâtrale un combat entre lavanité & le mensonge : affoiblir celle quidoit céder, fortifier celui que l’on veutqui domine, voilà lc point où fe réu-nifient toutes les réglés de Part par rap-port à la vraisemblance , dont l 'illusion essl’eftet..