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Tome XVIII.
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qui s’élevent jusqu’aux nues, des lamespolies comme des glaces qui réfléchis-sent les feux du ciel , des montagnesd’eau suspendues fur les abîmes qui lesséparent, ces abîmes où le vaisseau pa-role s’engloutir , & d'où il s’élance furla cime des flots. Vers la terre , des ro-chers aigus où la mer va se briser en mu-gissant & qui présentent aux yeux des no-chers les débris récens d'un naufrage ,augure effrayant de leur fort. ID ans levaisseau , les antennes qui fléchissent fousi’essort des voiles, les mâts qui crient &se rompent, les flancs même du vaisseauqui gémissent battus par les vagues & me-nacent de s’entr’ouvrir ; un pilote éperdudont l’art épuisé succombe & fait place audésespoir ; des matelots accablés d’un tra-vail inutile , & qui suspendus aux cordagesdemandent au ciel avec des cris lamentablesde seconder leurs derniers efforts ; un hérosqui les encourage , & qui tâche de leurinspirer la confiance qu’il n’a plus. Voulez-vous rendre ce tableau plus touchant &plus terrible encore <? Supposez dans levaisseau un pere avec son fils unique , desépoux , des amans qui s’adorent, qui s’em-bcaíTent, qui fe disent, nous allons périr.ïl dépend de vous de faire de ce vaisseau lethéâtre des passons & de mouvoir aveccette machine tous les ressorts les pluspuissans de la terreur & de la pitié. Pourcela il n’est pas besoin d’une imagination

bienfeconde; ilf u ffitde réfléchir aux cir-constances d une tempête , pour y trouverce que je Viens d’y voir. If en est de mêmede tous les tableaux dont les obiers tombentfous les sens : plus on y réfléchit, plus ilsfe développent. Il est vrai qu’il faut avoirle talent de rapprocher les circonstances,■& de rassembler des détails qui lont eparsdans le souvenir ; mais dans la contentionde l’esprit la mémoire rapporte , comme«Telle - même , ces matériaux qu’elle arecueillis ; & chacun peut se convaincre ,s’il veut s'en donner la peine , que Yhna-gìnation dans le physique est un talentqu’on a sans le savoir.

On confond souvent avec l 'imaginationun don plus précieux encore , celui des’oublier soi-même ; de se mettre à laplace du personnage que l'on veut peindre,

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d’en revêtir le caractère, d’en prendre lesinclinations, les intérêts , les fentimens ,de le faire agir comme il agiroit , & des’exprimer fous son nom comme il s’expri-meroit lui-même. Ce talent de disposerde soi différé autant de f imagination queles affections intimes de Pâme diffèrent dePimpreffion faite fur les sens. II veut êtrecultivé par îe commerce des homme? , parl’étude de la nature & des modelés del’art : c’est P exercice de toute la vie ,encore n’est-ce point assez. II suppose deplus une sensibilité, une souplesse, uneactivité dans l’ame que la nature feule peutdonner. II n’est pas besoin, comme on lecroit, d’avoir éprouvé les passons pour lesrendre , mais il faut avoir dans le cœur ceprincipe d’activité qui en est le germe ,comme celui du génie. Aussi entre millepoètes qui savent peindre ce qui frappe lesyeux , à peine s’en trouve-t-il un qui sachedévelopper ce qui se passe au fond de l’ame.La plupart connoiïlent assez la nature pouravoir imaginé , comme Racine , de faireexiger d’Oreste , par Hermione , qu’il im-molât Pyrrhus à l’autel ; mais quel autrequ’un homme de génie auroit conçu ceretour fl naturel & fl sublime ?

Pourquoi t assassiner? qua-t-ilfait ? à quel titre ?

Qui te l’a dit ì

Les alarmes de Mérope fur le fort d’E-giste , fa douleur , son désespoir à la nou-velle de sa ìnort , la révolution qui se faiten elle en le reconnoiíïant , sont des mou-vemens que la nature indique à toute lemonde ; niais ce retour si vrai , fl pa-thétique .

Barbare , il te reste une mere.

se seroìs mere encor fans toi , fans ta fureur.

Cet égarement où l’excès du péril étouf-fe la crainte dans l’ame d’une mereéperdue,

Eh bien, cet étranger } cest mon fils, c’est mon sang.

Ces traits , dis-je , ne se présentent qu’àun poète qui est devenu Mérope par laforce de Pillufìon. H en est de même duQiCìl mourut du vieil Horace , & de tousces mouvemens sublimes dans leur sirnpli-