Band 
Tome XVIII.
Seite
781
JPEG-Download
 

I N O

malade ou du médecin. On pourroit aussirétorquer l’argument contre la saignée ,dont l’usage n’est pas exempt de péril.Quand on ne compteroit que les piqûresd'artères, on ne peut nier que la saignéen’ait été la cause directe d’un assez grandnombre de morts. Celui qui se fait saignerdu bras expose donc sa vie. Ce que l’onne peut évidemment assurer de Vinoculation.Cependant aucun casuiste n’a porté le scru-pule jusqu’à défendre la saignée , même deprécaution. Mais venons à la réponse di-recte, & combattons l’objection par lesprincipes même qu’elle suppose.

" Quiconque expose fa vie sans nécessité„ pèche j dites- vous , contre la morale.

Or celui qui se soumet à Y inoculation ,„ expose sa vie sans nécessité. Donc celui„ qui f e soumet à Y inoculation , pèche

,, contre la morale. », Voilà l’argumentdans toute sa force , & dans la forme ri-goureuse de Pécole. Examinons-en toutesles propositions.

II n’est pas besoin de faire remarquer quevotre principe qu’il n est pas permis d’expo-fer fa vie fans nécessité , a besoin d’étre rç-s-traint pour être vrai. La morale ne défendpas à un homme charitable de visiter desmalades dans un temps de contagion, deséparer des gens qui fe battent, de sauverdu feu ses meubles ou ceux de son voisin ,&c. Or dans tous ces cas , il n’y a pas denécessité, proprement dite, d’exposer savie. Contentez-vous donc d’assurer qu’iln’est pas permis en bonne morale , de l'ex-poser inutilement, & nous en convien-drons. Mais, ajoute-t-on, celui qui fe sou-met à Y inoculation , expose sa vie inuti-lement. La fausseté de cette propositionsaute aux yeux, puisqu’il n.e s’expose à untrès-petit danger ( que nous voulons biensupposer tel ) que pour se soustraire à undanger beaucoup plus grand. Loin de pé-cher contre la morale, il fe conforme àses principes. 11 fait que fa vie est un dépôt,& qu’il doit veiller à sa conservation : ilprend le moyen le plus sûr pour la garantirdu danger dont elle est menacée.

Trei[ieme objeclion. " Quelque petit quey> puisse être le risque de Y inoculation, ne» fut-il que d’un sur mille, un pere y» doit-st exposer son fils ? Si J’opération ,

I N O 781

" sseut îamais été suivie d’aucun accidens,” e ,P. ere ne balanceroit pas, mais il fait” û u n en amve quelquefois. II craint que" j°n fils ne loit la victime d’un malheureux» hasard. Peut-on le blâmer de ne vouloir» rien risquer ? „ C’est à ce pere si tendre &si craintif que s’adresseM. de la Condaminedont nous emprunterons îes expressions. '" Vos intentions font très-louables.Vous ne voulez, dites-vous, rien hasarder:je vous le conseillerois, si la chose étoitpossible ; mais il faut hasarder ici malgrévous. II n’y a point de milieu entre ino-culer votre fils & ne point Y inoculer ; ilfaut ou prévenir la petite vérole , ou l’at-tendre. Ce font deux hasards à courir,dont l’un est inévitable : il ne vous resteplus que le choix. »,

" Voila cent enfans , & votre fils estdu nombre. On les partage en deux classes.Cinquante vont être inoculés , les cinquanteautres attendront l’événement des cinquantepremiers, aucun ne mourra ; mais par leplus malheureux des hasards, il seroit possi-ble qu’il en mourût un : sur les cinquanterestans, la petite vérole fe choisira sixvictimes au moins, & plusieurs autres se-ront défigurés. P faut que votre fils entreabsolument dans I’une de ces deux classes.Si vous l’aimez, le laisserez-vous dans laseconde ? Hasarderez-vous six, au lieu d’un,fur cette vie si précieuse , vous qui nevoulez rien hasarder du tout ? >,

. Mais quel seroit le désespoir de ce pere,si malgré des espérances si flatteuses, sonfils venoit a succomber sous l’épreuve de1 inoculation ? " Crainte chimérique ! puis-" que la petite vérole inoculée est infini-», ment moins dangereuse que la naturelle,„ & sur-tout puisque celui qui ne l’auroit», jamais eu naturellement, ne la recevra,» pas par Y inoculation : mais quand ce fils», chéri mourroit, contre toute vraisem-„ blance, le pere n’auroit rien â se re-,» procher. Tuteur né de son fils, il étoit„ obligé de choisir pour son pu pile, & ] a„ prudence a dicté son choix. En quoi,, consiste cette prudence; si ce n’est à„ peser les inconvéniens & les avantages„ à bien juger du plus grand degré de prcv», habilite . 1 andis qu un instinct aveugle;; retenoit le pere, Févidence lui crioit :