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qu oiqu’on rie puìíïè blesser la justice sansblesser 2a charité' , on peut blesser la cha-rité'fans blesser injustice. Ainsi quand onrefuse l’aumône à un pauvre qui en a besoin,on n’est pas censé violer la justice, mais seu-lement la charité ; au lieu que de manquerà payer ses dettes, c’est violer les droitsde la justice , & au méme temps ceux de la
charité.
2 °. Tout le monde convient que les fau-tes ou péchés contre la justice , exigent uneréparation ou restitution : à quoi n’obligentpas les péchés ou fautes contre la charité ?Sur quoi l'on demande si l’on peu t jamaisblesser la charité fans faire tort au prochain;& pourquoi l’on ne dit pas en général qu’anest obligé de réparer tout le mal qu’on luia fait,& tout le bien qu’onauroitdû lui faire. 1
On répond communément qu’on ne faittort au prochain qu'en des choses auxquel- ]les il a droit ; mais c’est remettre la mémedifficulté fous un autre terme. En effêt >on demandera s’il n’a pas droit d’attendrequ’on fasse à son égard le bien qu’on luidoit, & qu’on s’abstienne du mal qu’on nelui doit pas faire ? Quest-pe donc que ledroit du prochain ; &: comment arrive-t-ilqu’en blessant le prochain píu - les fautes quifont contre la charité , par celles quifont contre la justice , on ne bleste pointson droit dans les unes , & qu’on le blessedans les aqtres ? voici là-dessus quelquespensées qui semblent conformes aux droitsde la société.
Par-tout où le prochain est offensé , &où l’on manque de faire à son égard ceque l’on auroit dû , soit qu’on appelle cettefaute contre la charité ou contre la justice,on lui fait tort ; on lui doit quelque répara-tion ou restitution: que si on ne lui en doitaucune , on n’a en rien intéressé son droit:on ne lui a fait aucun tort ; de quoi se plaint-il , & comment est-il offensé ?
Rappelions toutes les fautes qu’on a cou-tume de regarder comme opposées à la cha-rité, fans les supposer contraires à la justice.Une mortification donnée fans sujet à quel-qu’un, une brusquerie qu’on lui aura faite,une parole désobligeante qu’on lui aura dite,un secours , un soulagement qu’on auramanqué de lui donner dans un besoin con-sidérable ; est-il bien certain qqe ces fautes
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n’exîgent aucune réparation ou restitution ?On demande ce qu’on lui restitneroit, sion ne lui a ôté ni son honneur, ni son bien :mais ces deux fortes de bien sont subordon-nés à un troisième plus général & plus essen-tiel , savoir, la satisfaction & le contente-ment. Car si l’on pouvoir être satisfait enperdant son honneur & son bien , la pertede I’un & de l’autre cesteroit en quelqueforte d’être un mal. Le mal qu’on fait auprochain consiste done en ce qui est de con-traire à la satisfaction & au contentementlégitime , à quoi il pouvoir prétendre ; &quand on l’en prive contre les droits de lasociété humaine , pourquoi ne seroit-on pasobligé à lui en restituer autant qu’on lui ena ôté ?
Si j’ai manqué à montrer de la déférence& de la complaisance à qui je l’aurois dû ,c’est lui restituer la satisfaction dont je l’aiprivé mal à propos , que de le prévenir dansles choses qu’il pourroit une autre fois at-tendre de moi. Si je lui ai parlé avec hau-teur ou avec dédain , avec un air brusqueou emporté , je réparerai le désagrémentque je lui ai donné , en lui parlant dansquelqu’autre occasion avec plus de douceur& de politesse qu’à l’ordinaire. Cette con-duite étant une juste réparation , il semblequ’il ne lafaudroit refuser à qui que ce soit,& qu’on la doit faire au moins d’une ma-niéré tacite.
Par le principe que nous venons d’éta-i blir , on pourroit éclaircir peut-êtreune question qui a été agitée , au su-jet d’un homme qui avoir été bleste in-justement par un autre. II demanda unesomme d’argent pour dédommagement &pour se désister des poursuites qu’il inten-toit en justice. L’aggrestèur donna la som-me convenue pour un accommodement ,fans lequel il lui en auroit coûté beaucoupplus ; & c’est ce qui fit un sujet de disputeentre d habiles gens. Quelques-uns soutin-rent que le bleste ayant reçu au-delà de cequi étoit nécessaire pour les frais de fa gué-rison, il devoir rendre le surplus de l’argentreçu. Mais est-il dédommagé, demandoientles autres , du tort qu’il a souffert dans fapersonne parla douleur, l’ennui & la peinede la maladie; & cela ne demande-t-il nulleréparation ? Non, disoient les premiers : ces