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Tome dix-neuvième.
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font da cru de h France. J’ai déjà dit quela laine d’Espagne la plus recherchée estcelle qui vient en droiture de l’Efcurial : onl’emploie presque sans mélange avec succèsdans la manufacture des Gobeíins. La primede Ségovie & de Villecassin , sert pour l’or-dinaire à faire des draps, des ratines & au-tres semblables étoffes façon d’Angleterre& de Hollande. La ségoviane ou refleuretsert à fabriquer des draps d’Elbceuf ou autresde pareille qualité. La tierce n entre quedans les draps communs, comme dans ceuxde Rouen ou de Damerai. Les couvertures& les bas de Ségovie ont beaucoup de deDit,par ce qu’ils font moelleux,doux au toucher,& d’un excellent usé.

Cette laine néanmoins malgré son extrê-me finesse , n'est pas propre à toutes sortesd’ouvrages. II en est qui demandent de lalongueur dans la laine ; par exemple , il se-rvir imprudent d’employer la magnifiquelaine d’Espagne à former les chaînes destapisseries que l’on fabrique aux Gobeíins :la perfection de l’ouvrage exige que les chaî-nes, avec beaucoup de portée, soient forte-ment tendues , & que leur tiílù , fans êtreépais, soit assez ferme , assez élastique pourrésister aux coups & au maniement des ou-vriers qui fans cesse les tirent, les frappent& les allongent.

La laine d’Angleterre est donc la feuleque fa longueur rende propre à cet usage.Quel effet ne fait point fur nos yeux l’éclatde fa blancheur ? Elle est la feule qui par fapropreté reçoive parfaitement les couleursde feu & les nuances les plus vives. On as-sortit tres-bien la laine d’Angleterre à lalaine de Valogne & du Cotentin. Elle en-tre dans la fabrique des draps de Valogne ,serges façon de Londres, Ùc. On en fait enbonneterie des bas de bouchons , & de très-belles couvertures : on la carde rarement jpeignee & filee , elle sert à toutes sortesd’ouvrages a 1 aiguille & f ur ] e cannevas.

La plupart des laines du levant ne vau-droient pus i£ tianfport si l’on fe donnoit lapeine de les voiturér jufqu’à Paris. On lesemploie dans les manufactures de Langue-doc & de Provence, a raison de leurs quali-tés. On fait usage des laines dn nord avecla même réíerve. Les meilleures toisons deWeymar & le [âmes d ece de Pologne, fer-Tome XIX.

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vent à la fabrique des petites étoffes deReims & de Champagne.

En un mot,il n’est aucune espece de lai-nes étrangères oit*fran çoiíes que nos ouvriersne mettent en œuvre, depuis !e drap de Ju-lienne , de Van-Robais , de Pagnon , deRousseau, Sc le beau camelot de Lille enFlandre , jufqu’aux draps de tricot & d»Poulangis , & jusqu’au gros bouracan deRouen. II n’est point de qualité de lainesque nous n’employions & n’apprêtionsavec une variété infinie , en étamine , enserge , en voile , en espagnolette , & en ou-vrages de tout genre.

Mais, dira quelqu’un , cet étalage pom-peux & mercantile que vous venez de nousfaire, de remploi de toutes sortes de laines ,n’est pas une chose bien merveilleuse dansune monarchie où tout se débite, le bon, lemédiocre , le mauvais & le très - mauvais.II vandroit bien mieux nous apprendre íìl’on ne pourroit pas fe passer dans notreroyaume des laines étrangères, notammentde celles d’Espagne & d’Angleterre, en per-fectionnant la qualité & en augmentant laquantité de nos laines en France. Voilà desobjets de discussion qui fer oient dignes d’unencyclopédiste. Eh bien ! fans perdre íetemps en discours superflus , je vais exami-ner par des faits si les causes qui procurentaux Espagnols & aux Angiois des laines s u-périeures en qualité , font particulières àleur pays , & exclusives pour tout autre.

L’Espagne eut le sort des contrées soumi-ses aux armes romaines ; de nombreuses co-lonies y introduisirent le goût du travail &de ^agriculture. Une riche métayer de Ca-dix , Marc Columelle ( oncle du célébréécrivain de ce nom ) , qui vivoit comme luiious l’empire de Claude , & qui faisoit sesdélices des douceurs de la vie champêtrefut frappé de la blancheur éclatante des lai-nes qu’il vit fur des moutons sauvages quedes marchands d’Afrique débarquoient pourles spectacles. Sur le champ il prit la réso-lution de tenter s’il seroit possible d’appri-voiser ces bêtes, & d’en établir la race dansles environs de Cadix. 11 í’essayaavec succès& portant plus loin ses expériences , il ac-coupla des béliers africains avec des brebiscommunes. Les moutons qui en vinrentavoient, avec la délicatesse de la mere , laL 11