Band 
Tome dix-neuvième.
Seite
584
JPEG-Download
 

584 LAN

gnole, ritalienne & lafrançoise à Pégard dulatin. Si nous tenons du latin un grand nom-bre de mots , nous n’en tenons pas notresyntaxe, notre construction, notre gram-maire , notre article le , la , les , nos ver-bes auxiliaires,l'îndeclinabilite de nos noms,fustige des pronoms personnels dans la con-jugaison , une multitude de temps différen-ciés de nos conjugaisons, &: confondus dansles conjugaisons latines ; nos procédés sesont trouvés inalîiables avec les gérondifs.avec les usages que les Romanis íaisoient del’infinitif, avec leurs inversions arbitraires ,avec leurs ellipses accumulées , avec leurspériodes interminables.

Mais fì la filiation des langues supposedans celle qui est dérivée la même syn-taxe , la même construction , en un mot,le même génie que dans la langue matrice ,à une analogie marquée entre les termes del’une & de fautre ; comment peut se laitela génération des langues , & qu’enrend-onpar une langue nouvelle ?

„ Quelques-uns ont pensé, dit M. de,, Granvál dans son Discours historique„ déja cité , qu’on pouvoit l’appeller ainsi,, quand elle avoir éprouvé un changement,, considérable ; de sorte que , selon eux ,,, la langue du temps de François 1 , doit,, être regardé comme nouvelle par rapport,, au temps de Saint-Louis ; & de même,, celle que nous parlons aujourd’hui parrapport au temps de François I , quoi-„ qu’on reconnoiste dans ces diverses épo-, ques un même fond de langage, soit pourles mots , soit pour la construction desphrases. Dans ce sentiment, il n’est pointd’idióme qui ne soit devenu successve-' ment nouveau, estant comparé à lui-même, dans ses âges différens. D’autres qualifientseulement de langue nouvelle celle dont,, la forme ancienne n’est plus intelligible :

mais cela demande encore une explica-,, tlorì ? car les personnes peu familiariséesj , avec leur ancienne langue ne l’entendent,, po'.nt du tout, tandis que ceux cjui en ont„ quelque habitude Fentendent três-bien ,& y découvrent facilement tous les ger-! de leur langage moderne. Ce n'estdcnc ici qu’une question de nom , mais" q U ’íl falloit remarquer pour fixer les idées.’ Je dis à mon tour qu’une langue est U

LAN

,, même , malgré ses variations, tant qu’on,, peut suivre ses traces, & qu’on trouve,f dans son origine une grande partie de ses,, mots actuels , & les principaux points de,, fa grammaire. Que je lise les lois dei,, douze tables, Ennius , ou Cicéron , qnel-,, que différent que soit leur langage , n’est-,, ce pas roujeurs îe latin ? Autrement il,, faudroit dire qu’un homme fait, n’est,,, pas la même personne qu’ilétoit dans son,, enfance, J’ajoute qu’une langue est véri-,, tablement la mere ou la source d’une,, autre , quand c’tst elle qui lui a donné îe, premier être ; que la dérivation s’en est,, faite par succession de temps , & que les,, changemens qui y font arrivés n’ont pas,, effacé tous les anciens vestiges,,.

Ces changemens successifs qui transfor-ment insensiblement une langue en unenitre , tiennent à une infinité de causesdont chacune n’a qu’un effet imperceptible;mais la somme de ces effets , grossis avecle temps & accumulés à la longue , produitnfin une différence qui caractérise deuxlangues sur un même fond. L’ancienne &!a moderne sont également analogues ott'gaiement tranpoíitives ,• mais en cela mê-me elles peuvent avoir quelque différence.

Si la construction analogue est leur carac-rere commun , la langue moderne , pairimitation du langage tranípofitif des peuplesqui auront concouru à fa formation parleurs liaisons de voisinage , de commerce,de religion , de politique , de conquête „&c. pourra avoir adopté quelques libertés 4cet égard,• elle se permettra quelques inver-sions qui , dans l’ancien idiome , a-.n oientété des barbarismes. Si plusieurs languessont dérivées d’une même, elles peuventêtre nuancées en quelque sorte par l’alté-ration plus ou moins grande du génie pri-mitif : ainsi notre françois , l’anglois , l’ef-pagnoî & t’itasien , qui paroissien t descendredu celtique & en avoir pris la marche ana-lytique , s’en écartent pourtant avec d-.sdegrés progressifs de liberté dans le: mêmeordre que je viens de nommer ces iciomes.Le françois est le moins hardi & îe plus.rapproché du langage origin^ ; Ie c inver-sions y sont plus rares , moins compliquées,moins hardies ; sianglois so permet plus d’é-carts de çetee sorte : 1 espagnol en a de

Vj'.úS