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Tome dix-neuvième.
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dZyr t A N

Le françois manque encore de motscomposés , & par conséquent de . 1 ’énergiequ’ils procurent ; car une Lingue tire beau-coup de force de la composition des mots.On exprime en grec , en latin , en anglois ,par u i seul terme , ce qu'on ne sauroit ren-dre e.i françois que par une périphrase.

II y a pareillement auíli peu de diminu-tifs dans notre Lingue , que de composés :& méme la plupart de ceux que nous em-ployons aujourd'hui, comme cassette , ta-blette, n’on t plus la signification d’un dimi-nutif de caisse & de table ; car ils ne signi-fient point une petite caisse ou une petitetable. Les seuls diminutifs qui nous restent,peuvent être appelles des diminutifs de cho-ses , & non de terminaisons : bleuâtre , jau-nâtre , rougeâtre , sent de ce caractère , &marquent une qualité plus foible dans lachose dont on parle.

Ajoutons qu’il y auntrês-grandnombredechoses essentielles, que la langue françoìsen’ose exprimer par une fauíîb délicatesse.Tandis qu’elle nomme,fans s’avilir,une chè-vre, un mouton, une brebis, elle ne sauroit,sans se diffimier dans un style un peu noble,nommer un veau , une truie , un cochon.1v0Ú7»( & .Si-à-rr, font des ternies grecs élé-gans,qui répondent à gardent de cochons &à gardeur de bœufs, deux mots que nous em-ployons seulement dans le langage familier.

II me reste à parler des richesses que lalangue franfoise a acquises fous le régné deLouis XIV. Ëlles font semblables à cellesque reçut la langue latine, fous le siecled’Auguste.

Avant que les Romains s’applicassent auxarts & aux sciences spéculatives, la languedes vainqueurs de toutes les nations man-quoit encore d’un prodigieux nombre determes , qu’elle se procura par les progrèsde l’esprit.Onvoit que Virgile entend l’agri-culture , l'astronomie , la musique & plu-sieurs autres sciences ; ce n’est pas qu’il enprésente des détails hors de propos , tout aucontraire , c’est avec un choix brillant, dé-licat & instructif.

Les lumières que les siécles ont amené,se sont toujours répandues fur la langue desbeaux gtnies.En donnant de nouvelles idées,ils ont employé les expressions les plus pro-pres à les inculquer J & ont limité les signiíi-

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cations équivoques. De nouvelles connois-sances , un nouveau sentiment, ont été dé-corés de nouveaux termes , de nouvellesallusions : ces acquisitions font très-sensiblesdans la langue franco!se. Corneille, Descar-tes, Pascal, Racine , Despréaux, &c. four-nissent autant d’époques de nouvelles per-fections. En un mot, le dix-feptieme & ledix-huitieme siécles ont produit dans notrelangue tant d’ouvrages admirables en toutgenre , qirielle est devenue nécessairementla langue des nations & des cours de l’Eurc-pe. Mais fa richesse feroit beaucoup plusgrande, si les connoissances spéculatives oud’expériences s’etendoient à ces personnes,qui peuvent donner le ton par leur rang &lenr naissance. Si de tels hommes étoientplus éclairés , notre langue 5’enrichi roi t dsmille expressions propres ou figurées qui luimanquent, & dont les favans qui écrivent,sentent seuls le besoin.

II est honteux qu’on n’ofe aujourd’huiconfondre le françois proprement dit, avecles termes des arts & des sciences, & qu’unhomme de la cour fe défende de connoîtrece qui lui feroit utile & honorable. Mais àquel caractère , dira-t-on , pouvoir distin-guer les expressions qui ne seront plus hasar-dées ? Ce fera fans doute en réfléchissantfur leur nécessité & fur le génie de la langue .On ne peut exprimer une découverte dansun art , dans une science, que par uq nou-veau mot bien trouvé.On ne peut être émuque par une action ; ainsi tout terme quiporteroit avec soi une image , feroit tou-jours digne d’étre applaudi ; de-là quellesrichesses ne tireroit-on pas des arts , s’ilsétoient plus familiers !

Avouons la vérité ; la langue des Fran-çois polis n’est qu’un ramage foible & gentil:disons tout,notre langue n’a point une éten-due fort considérable ; elle n’a point unenoble hardiesse d’images , ni de pompeusescadences , ni de ces grands mouvemens qiupourraient rendre le merveilleux ; elle n’estpoint épique ; lès verbes auxiliares, fes arti-cles , fa marche uniforme, son manque d’in-versions nuisent à {'enthousiasme de la poé-sie ; une certaine douceur , beaucoup d’or-dre, d’élégance, de délicatesse & de termesnaïfs, voilà ce qui la rend propre aux scenesdramatiques.