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res années , qu’un portrait de cephilosophe seroit superflu. Nousnous bornerons à dire qu'on nesçauroit douter de son irreligion ,quand-même il n’auroit pas fait àl’abbé de Polignac , depuis cardi-nal, la réponse qu’on lui prête : Alaquelle des Scftes qui règnent en Hol-lande , ctes-vous le plus attaché , luidemandoit cet abbé ? — Je fuis Pro-testant , répondit B ay le. — Mais cemot est bien vague , reprit Polignac :Btes-vous Luthérien ? Calviniste! An-glican! — Non , répliqua B ay le ; Jefuis Protestant , parce que je protestecontre tout ce qui fe dit & ce qui fefait... (Eloge du cardinal de Poli-gnac , par M. de Bo^e. ) Cet incré-dule avoir pourtant des qualités :il étoit d’un désintéressement par-fait , & n’acceptoit qu’avec peineles présens qu’on lui faisoit. Unepersonne de la première qualité enAngleterre, fit-entendre à un de sesamis qu'il lui seroit un présent decent cinquante guinées , s’il vou-loir lui dédier /on Diéiionnairc, Cetami eut beau le presser d’accepterses offres ; B ay le les refusa cons-tamment. 11 croyoit s’ètre trop dé-claré contre l’esprit flatteur & rom-pant des Epîtres dédicatoires, pourvouloir s’exposer à tomber dansle même défaut. Les ouvrages sor-tis de fa plume ingénieuse & té-méraire , sont : I. Pensées diversesfur la Comète qui parut en 1680 ,4vol. in-ia. II avoir commencé cetouvrage à Sedan, il le sinit en Hol-lande. II y soutient, parmi biend’autres paradoxes, qu’il est moinsdangereux de n’avoir point de re-ligion , que d’en avoir une mauvai-se. Que l’athéisme est un moindremal que l’idolâtrie & la supersti-tion ; & en grossissant le nombredes Athées, il montre une enviesecrette de diminuer la juste hor-reur qu’on a pour eux. On jugeadès-lors que Bayle étoit un sophiste
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éloquent & un Pyrrhonien pleind’esprit. Après avoir sapé les fon-demens de toutes les religions dansce livre, il veut anéantir la Chré-tienne. II ose avancer , que de vé-ritables Chrétiens ne formeroientpas un Etat qui pût subsister. On acru, qu’en soutenant ce paradoxe ,il méconnoifloit l’esprit de la re-ligion ; il ne le méconnoifloit pas,mais il feignoit de le méconnoitre.Bayle se formoit des phantômespour les combattre : on ne le voirque trop dans cet ouvrage, à tra-vers les digressions, les hoYs-d’œu-vres 8t les passages dont il est par-semé. II dessille les yeux fur l’in-fluence des comètes ; mais il mêleà cette vérité une infinité d’erreurs.Son style, qui plaît d’abord par faclarté , & par le naturel qui le ca-ractérise , déplaît à la fin , par unelangueur, une mollesse & une né-gligence poussée un peu trop loin -,il en convenoit lui - même. Monstyle , disoit-il, est ajfc\ négligé ; ilréest pas. exempt de termes impropres& qui vieillissent , ni peut-être mêmede barbarismes : je P avoue ; je fuislà-dtffus presque sans scrupule. II ren-doit une exacte justice à ses ouvra-ges. II dit dans une de ses lett es :On m'écrit que M. Dcspréaux goûtemon ouvrage. ì’en suis surpris & flatté.Mon Dictionnaire me paroit à son égardun vrai ouvrage de caravane , où l'onsait zo Sr 30 lieues ,sans trouver unarbre fruitier ou une fontaine... Bayleécrivoit aussi au P. de Tournemìne :Je ne fuis que Jupiter assemble-nues.Mon talent ejl de former des doutes ;mais ce ne font pour moi que des dou-tes... II. Les Not/reiLíS de la Ré-publique des Lettres , depuis le moisde Mars 1684, jusqu’au même moi*1687. Ce journal eut un cours pro-digieux.La critique en estsaine dansbien des endroits , les réflexionsjustes, l’érudition variée. On estfâché d’y trouver quelquefoi s des
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