PAR M. DE FONTENELLE. xli
col , à laquelle il a travaillé toute sa vie à diverses reprises.Il ne l'a entiérement achevée que peu de tems avant fa mort,& il y a extrèmement dépensé.
Il étoit métaphysicien , & c’étoss une chose presque im-possible qu’il ne le fùt pas il avoit l’esprit trop universel.Je n’entends pas seulement universel, parce qu’il alloit à tour,mais encore parce qu’il saisissoit dans tous les principes lesplus élevés 6c les plus généraux , ce qui est le caractère de lamétaphysique. Il avoit projetté d’en faire une toute nouvel-le - ót il en a répandu qk 6t là différents morceaux selon sacoutume.
Ses grands principes étoient que rien n’existe ou ne se faitsans une raison suffifante, que les changemens ne se font pointbrusquement óc par sauts , mais par degrés &c par nuances ,comme dans des suites de nombres, ou dans des courbes ;que dans tout l’univers , comme nous l’avons déja dit, unmeilleur est mele par-tout avec un plus grand, ou , ce qui re-vient au mème, les loix de convenance avec les loix néces-saires ou géométriques. Ces principes si nobles 6c si spécieuxne sont pas aisés à appliquer ; car dès qu’on est hors du né-cessaire rigoureux & absolu, qui n’est p^s bien commun enmétaphysique, le suffisant, le convenable , un degré ou unsaut, tout cela pourroit bien erre un peu arbitrasse; He il fautprendre garde que ce ne foss le besoin du systerne qui decide.
Sa manière d’expliquer l’union de Fame 6c du corps parune Harmonie fréétablìe , a été quelque chose d’imprévu & d'in-espéré sur une matiére ou la philosophie sembloit avoir faitses derniers efforts. Les Philosophes aulsi-bien que le peupleavoient cru que Fame & le corps agissoient réellement 6cphysiquement l’un sur l’autre. Descartes vint qui prouva queîeur nature ne permettoit point cette sorte de communicationvéritable , 6c qu’ils n’en pouvoient avoir qu’une apparente ,dont Dieu étoit le médiateur. On croyoit qu’il n’y avoit queces deux lystèmes poflìbles ; M. Le'ibmz en imagina un troi-siéme. Une ame doit avoir par elle-mème une certame suiteLeìbnìtìi Oper. Tom. I. s d»