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Deuxième partie.
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MOSQUÉE D’EL MOYED AU KAIRE

Lors de la déi'aite des Mamelouks par l’émir Mentach, le sultan Abou el Nasr Cheykü Mahmoudy, sur-nommé Melek el Moyed, fut jeté en prison, et bientôt après, vainqueur à son tour, il faisait construireen 1415 (hégire 818), sur le lieu même qui avait été le théâtre de ses souffrances, la belle mosquée qui porteencore aujourd’hui son nom.

Placée près du grand bazar el Soukaryéh, dont les deux tours demi-circulaires de l’entrée, portent chacuneun minaret ( Voy. A sur le plan), la mosquée el Moyed présente un plan carré d’environ 98 mètres de côté.Dans sa disposition générale, elle rappelle complètement les mosquées d’Amrou et de Touloun : car c’est tou-jours une cour quadrangulaire, environnée, sur ses trois côtés, de portiques à arcades ogivales disposés surdeux rangs, et qui, du côté Sud, communique avec la mosquée proprement dite, composée de trois nefs prin-cipales, où l’on trouve le sanctuaire, le Mihrab B, le Mimbar C, et en face, la tribune du Khatib D, à droiteet à gauche de laquelle sont placés les pupitres E pour la lecture du Koran . Aux extrémités de ces nefs , onremarque à l’Ouest les tombeaux de la famille du sultan el Moyed F ; à l’Est, celui du sultan lui-même G, labelle porte d’entrée de la mosquée par le bazar Soukaryéh H, les vestibules et passages par lesquels on serend aux écoles et sur les combles de l’édifice J. Du côté du Nord, un grand passage découvert, espèce de Nar-Ihex, sert de vestibule et d’entrée K ; à son extrémité Ouest, se trouve la cour des latrines, accompagnementobligé de toute grande mosquée L. De ce vestibule aussi, on communique avec un bain public voisiu (VI, char-mante construction, dont le plan est ingénieusement combiné. Le centre de la cour est toujours occupépar une fontaine jaillissante au milieu d'un bassin, mais qui n’est point ici, comme dans les mosquées de Tou-loun et d’Hassan, surmontée d’une coupole.

La porte de l’angle Sud-Est, ouvrant sur la rue qui conduit au bazar Soukaryéh, est un des plus magnifiquesspécimens d’architecture arabe au XV e siècle ; l’arcade trilobée qui termine sa façade, ci l’extrémité supérieure,est d’une rare élégance, et les tympans de chaque côté, d’une grande richesse de dessin. Mais la décoration del’intérieur de l’arcade surpasse encore ce luxe d’ornements ; la demi-coupole en pierre, dont l’appareil offredes lignes gracieuses, se rattache à la partie inférieure par une suite de ces petites niches ou pendentifs multi-ples, superposés en encorbellement, et qui forment un des caractères principaux de l’architecture des Arabes.La porte d’entrée de la Mosquée est carrée, entourée de frises et d’inscriptions ; de la rue Soukaryéh, on monteà la terrasse richement pavée qui la précède , par une suite d’escaliers. La coupole surélevée du tombeau dusultan el Moyed, et qu’on aperçoit de ce côté, présente à l’extérieur une riche combinaison de lignes disposéesen bâtons rompus ou chevrons, et du meilleur effet ; elle est percée de nombreuses petites fenêtres qui éclai-rent l’intérieur, comme les anciennes coupoles byzantines, qui d’abord servirent de modèle aux constructeursarabes.

Vues de la cour, les galeries et les nefs présentent un magnifique coup d’œil: l’appareil des parois et desarcs, composé d’assises et de voussoirs alternativement blancs et rouges, la forme particulière et très surhaus-sée des arcades ogivales, qui se ferment légèrement à leur naissance, et reposent en encorbellement sur les désou impostes allongées qui surmontent les chapiteaux, les fenêtres plein-cintre à l’intérieur, mais décorées deniches et de colonnes qui en modifient la forme à l’extérieur, les merlons élégamment découpés qui servent debalustrade autour de la cour, forment un ensemble de décoration d’une grande variété, et surtout d’une richesseque présentent bien peu de monuments.

Les colonnes ne sont pas non plus les objets les moins intéressants de la mosquée, elles sont empruntéesaux monuments antiques; mais l’architecte apprend enfin à les employer avec un sentiment plus complet deleurs proportions et de leurs formes ; les fûts étant inégaux, ce manque d’unité est dissimulé par l’exhausse-ment du socle ; partout les chapiteaux sont plus en rapport qu’ils n’avaient été jusqu’alors, avec les fûts qu’ilssurmontent, et l’art arabe, au Kaire du moins, ne semble pas s’être élevé plus haut.

A l’intérieur du monument, on remarque les plafonds en bois , enrichis d’admirables compartiments, decaissons, de rosaces, d’entrelacs , de dessins de tous genres, toujours peints ou dorés ; la frise qui les accom-pagne n’est plus cette fois comme à Touloun, une inscription continue en caractères coufiques, elle se composede médaillons isolés, alternant avec des compartiments allongés qui renferment une inscription en écriturearabe neskhi ou cursive.

Mais la nef centrale du sanctuaire surpasse toutes les autres par la magnificence de sa décoration : son pla-