Parmi les monuments qui ont survécu au terrible tremblement de terre qui, en 1356, fit écrouler unegrande partie de la ville de Bàle, et aux nombreux incendies qui la désolèrent à diverses époques, le plus remar-quable à tous égards est la cathédrale, le Munster-Kir ch. Cet édifice, dédié à la sainte Yierge, fut fondé parempereur Henri II de Bavière , surnommé le Boiteux et le Saint, l’an 1010, et sa construction fut pousséeavec tant d’activité, qu’on put en faire la dédicace le 11 octobre 1019. Il est construit d’une pierre rouge quiproduit l’effet d’un enduit ou d’une couleur appliquée à dessein, ce qu’on pourrait supposer ici d'autant plusfacilement, que la plupart des maisons de Bàle sont ainsi peintes à l’extérieur. Cette pierre, qui provient d’unecarrière voisine du village de Riechen , à 4 kil. de Bàle , est peu dure, et les arêtes en sont partout émoussées ;quoique cette détérioration de la pierre donne au monument une apparence de rudesse , la cathédrale de Bâle n’en conserve pas moins un grand caractère de dignité. Une observation fort importante, c’est que l’ogiverègne dans tout son ensemble, nouvelle preuve de son introduction en Allemagne et en Suisse longtemps avantson apparition en France .
Le portail est à peu près régulier jusqu a la base des tours. Au centre est la grande porte ogivale, décoréede riches archivoltes reposant sur deux colonnettes de chaque côté, et partagée en deux par un pilier auquelsont adossées deux colonnettes superposées. Cette grande porte est flanquée de deux arcades presque aussihautes, mais extrêmement étroites, contenant des fenêtres. Les quatre contre-forts qui accompagnent ces ar-cades supportent quatre statues couronnées d’élégants baldaquins. A la base de la tour du Nord est une horlogecélèbre par le rôle qu’elle a joué dans l’histoire de Bàle . Un pilier carré, posé au pied de cette tour, supporteune statue équestre de saint George terrassant le dragon. Sur un pilier semblable, à l’angle inférieur de latour méridionale, est la figure également équestre de saint Martin. Les extrémités des basses nefs qui viennents’appliquer en appentis à la nef principale , sont percées chacune d’une petite porte surmontée d’une fenêtrehaute et étroite, décorée d’écussons. Les deux angles de la façade sont flanqués de contre-forts terminés pard’élégants clochetons. Au-dessus de la porte principale, règne un balcon à jour au-devant d’une grande fe-nêtre ; puis , plus haut, à la naissance des tours, est une autre balustrade qui occupe toute la largeur de lafaçade, et sur laquelle commence également le pignon, qui est d’une grande richesse d’ornementation. A sonsommet, sous un baldaquin, est une figure de la Vierge; et, plus bas, aux côtés de la fenêtre qui remplacela rose, sont les statues de l’empereur Henri II et de sa femme Cunégonde .
Les deux grandes tours qui se dressent à la façade sont la partie la plus remarquable du monument ; elles nesont pas entièrement semblables. En elles, plus qu’en aucune autre partie de l’édifice, on retrouve empreint lecaractère du gothique allemand . La construction de leur partie supérieure est d’une époque plus récente quecelle de l’église. La tour du Nord ne fut achevée qu’en 1500 ; celle-ci a 66 mètres, l’autre n’en a que 65. Laflèche de la tour du Sud offre beaucoup d’analogie dans son ensemble avec la plus élégante des deux flèches deChartres , tandis que celle du Nord m’a rappelé plutôt le clocher qui s’élève au centre de la croisée de la cathé-drale d’Autun .
Les côtés de la cathédrale de Bàle sont assez simples à l’extérieur ; ils sont percés de grandes fenêtres ogi-vales , et leurs contre-forts, dépourvus d’ornements, ne sont que rarement garnis d’une statue. A 1 extrémitéde la croisée septentrionale est une entrée appelée porte de Saint-Gall ; les arcs en sont à plein cintre, et dé-corés de colonnes et des statues des quatre évangélistes. Au-dessus de cette porte est percée une grande fenêtreronde connue sous le nom de la roue de fortune. Les meneaux de cette rose forment les rais représentés par depetites colonnes, et l’encadrement figure les jantes que s’efforcent de gravir ceux qui cherchent la fortune.Tous tendent à atteindre le faîte ; mais un seul y est assis tranquillement, les mains posées sur ses genoux,dans l’attitude du repos ; tandis que plus d’un des aspirants n’obtient pour prix de ses peines que la honted’une chute. Le toit en losange qui recouvre toute la grande nef et la croisée est fort remarquable ; on le re-trouve à Bàle sur une construction d’un autre genre également curieuse, la porte Saint-Paul.
L’intérieur, divisé en trois nefs, est, comme tous les temples réformés, nu et sans ornements. On doit re-marquer , cependant, la chaire, plusieurs chapiteaux chargés de figures fantastiques, et surtout les fontsbaptismaux. Ceux-ci ne sont pas de la même époque que l’église; il serait facile de le reconnaître à leur style,quand même on ne lirait pas sur leur base la date de 1465. Les peintures dont Holbein avait décoré les orguesn’existent plus. Sous le chœur règne une crypte presque aussi large que la nef, et dont la voûte repose sur demassifs piliers.
Aucune église de Suisse ne renferme un aussi grand nombre de sépultures d hommes illustres à différents