Band 
Deuxième partie.
JPEG-Download
 

CIBORIUM DE SAINT-PAUL HORS LES MURS DE ROME

L’église de Saint-Paul hors les murs de Rome , fondée par Constantin le Grand, et augmentée par ses suc-cesseurs, devint un des temples les plus vastes et les plus célèbres des premiers siècles de l’Église; sans doute,dès l’origine, la munificence des empereurs éleva sur le tombeau du saint apôtre un ciborium digne de fixerl’attention des fidèles, qui, de toutes les parties du monde chrétien, se rendaient en pèlerinage auprès de lasépulture du martyr. Ce monument disparut de bonne heure, dépouillé de ses richesses par les Barbares , quiplus d’une fois saccagèrent Rome chrétienne. Refait à la fin du XIII e siècle, dans un style tout différent decelui qu’on y vit précédemment, nous allons faire connaître ce dernier, qui, lors de l’incendie de l’église,en 1822, échappa, comme par miracle, à la destruction presque totale de l’antique édifice.

Tout ciborium se compose de quatre colonnes s’élevant vers les angles de l’autel, et portant une voûte plusou moins ornée, et dont la décoration externe constitue un petit monument complet, rappelant les tombeauxou memoriœ qui s’élevaient sur la sépulture des martyrs. On suspendit originairement à la voûte les custodesen forme de colombes, dans lesquelles étaient conservées les saintes hosties, ce qui fit donner le nom de Cibo-, riurn , de Sacro Cibo, à l’ensemble du petit monument qui les supportait. Des voiles formés d’étoffes précieusesétaient suspendus aux quatre faces, entre les colonnes, pour masquer l’autel pendant une partie des cérémo-nies , usage conservé encore de nos jours chez les Grecs ; enfin, lorsqu’on cessa de suspendre le saint sacrementà la voûte du ciborium , une lampe toujours allumée prit sa place au-dessus de l’autel.

On sait combien les monuments d’architecture ogivale sont rares à Rome ; la seule église de la Minervaprésente quelques travées construites dans ce style, et le gothique italien n’offre que bien peu de relations aveccelui du Nord. Les meubles des églises et les tombeaux , au contraire, sont assez communs; les dépenses mi-nimes auxquelles ils conduisaient les donataires, la finesse de l’architecture ogivale, le luxe de la décoration enmosaïque, furent les causes qui n’arrêtèrent point, comme la construction de vastes édifices. On compte à Rome quatre exemples de ciborium ogival : 1° à Saint-Jean de Latran, 2° à Sainte-Cécile du Transtevere , 3° à Sainte-Marie in Cosmedin, 4° à Saint-Paul hors les murs : c’est celui qui est représenté sur les planches jointes à cettenotice.

Une inscription dédicatoire placée au-dessus de l’arc principal (Voir la planche de détails) nous apprend que,l’an mil deux cent quatre-vingt-cinq, l’abbé Barthélemy fit faire cet ouvrage, qu’il dédia au saint ; deux petitesinscriptions placées sous les pinacles d’angles de la môme façade, disent que ce travail fut fait par Arnolfus etles siens (cum suos). On est donc bien fixé sur tous les points importants de l’histoire de ce monument, ladate de sa construction, les noms du donataire et de l’artiste ; il ne nous reste plus qu’à le décrire.

Les quatre colonnes qui portent le ciborium de Saint-Paul sont en porphyre; les chapiteaux en marbre blancsont tous variés et couverts de riches feuillages dans le goût du XIII e siècle italien. Au-dessus des chapiteauxs’élèvent quatre écoinçons ornés de niches contenant des statues d apôtres, puis des colonnettes légères.Ces angles, auxquels des saillies bien combinées donnent de la vigueur, maintiennent la poussée d’arcs aigusenrichis de quelques moulures sculptées ; l’intrados est trilobé, et les angles des trèfles sont décorés de mosaïquesen émail. Les tympans des arcs sont ornés de sujets en relief ; sur la gravure jointe à cette notice, et qui repré-sente la face du ciborium tournée vers la nef principale de 1 église, 1 artiste a figuré 1 abbé donataire, tenant àla main le petit monument; il en fait hommage à saint Paul, qui est placé de 1 autre côté de lare; un religieuxdu monastère accompagne l’abbé et porte sa crosse et sa mitre. Une corniche très-fine dans ses détails cou-ronne la partie du ciborium qui contient les arcades et la sépare de la région supérieure, dans laquelle on re-marque d’abord quatre clochetons ou pinacles légers, qui par leur poids donnent plus de stabilité à la cons-truction et servent de butée à la poussée de la voûte intérieure.

Le milieu de chaque façade est occupé par un fronton encadré de moulures, et portant sur ses deux pentes denombreuses crosses végétales d’une composition très-simple. Le fond du tympan (Voir la figure I de la planchede détails) est rempli par une riche mosaïque en émaux dor et de couleur formant des étoiles ; le sommet del’angle est occupé par trois cercles de porphyre encadres de mosaïque et de marbre; 1 ensemble est artistementdisposé de manière à figurer un trèfle gothique. Au centre du triangle est une belle rose à jour, composée d unriche profil formant le cercle extérieur qui enveloppe huit petites arcades portées par autant de colonnettes,ayant leurs bases et leurs chapiteaux, et rayonnant autour d un cercle central découpé en quatrefeuilles à I in-térieur. Cette rose, qui éclaire la voûte du ciborium et se répète, comme les autres ornements, sur chacune desfaces de l'édicule, est portée par deux anges en relief, sculptés en marbre blanc, et rappelant, par leur pose etmême par l’agencement de leurs draperies, les figures ailées que les Romains plaçaient fréquemment dans les