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Deuxième partie.
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JUBÉ DE L’ÉGLISE DE LA MADELEINE, A TROYES

L’histoire des jubés est si intimement liée à celle des ambons, des chaires et des clôtures de chœur, qu’on estobligé, en esquissant l’une, de dire également quelques mots de l’autre. Nous le ferons donc, en commençant pardéfinir chacune de ces expressions.

L ’ambon était la chaire des églises primitives. Il y en avait quelquefois deux, situés de chaque côté du chœur,mais le plus souvent il n’en existait qu’un seul, dont la place la plus habituelle était devant l'entrée du sanc-tuaire, ainsi que l’attestent plusieurs autorités, entre autres saint Germain, patriarche de Constantinople, quidit positivement: « Ambo coram porta tribunalis statuitur (*). » On y parvenait ordinairement par deux esca-liers : celui de droite était réservé au lecteur des épîtres; celui de gauche, au lecteur des évangiles. Quelque-fois divisé à l’extérieur en deux parties, l’ambon ne présentait généralement pas des dimensions considérables ;mais, dans les grandes basiliques, il n’en était pas toujours ainsi. En effet, on ne peut se refuser à croire quecelui de Sainte-Sophie , par exemple, était vaste, puisque le couronnement de l’empereur y avait lieu. Jean Can-taeuzène, qui rapporte le fait, dit que c’était entouré des principaux officiers de l’église, que le patriarche yaccomplissait cette cérémonie (**')■ Les ambons étaient souvent en marbre et décorés de bas-reliefs ou d’ins-crustations riches. Leur forme était variée : il y en avait de ronds, de carrés, de polygonaux ; quelques-unsportaient sur un soubassement massif ; d’autres étaient soutenus par des colonnes, etc.

Les clôtures de chœur sont des cloisons plus ou moins hautes, en pierre ou en boiserie, massives ou décou-pées à jour, qui, placées entre les colonnes ou piliers d’un chœur, le séparent du collatéral qui l’entoure, et,en se prolongeant, le séparent également du transsept, en formant le plus souvent une sorte de portique orné,percé d’une ou de plusieurs portes.

Tout le monde sait ce que c’est qu’une chaire. Disons donc seulement que ce qui caractérise surtout la chaire,en la distinguant de l’ambon, c’est la présence de l’abat-voix.

Les jubés, enfin, sont des espèces de tribunes, de galeries, de balcons, placés généralement à l’entrée d’unchœur, et toujours dans une position élevée, de manière à attirer le regard, à être facilement aperçus. Nousparlerons tout à l’heure de leur disposition et de leur usage. Leur nom vient de ce que, quand le lecteur ymontait pour psalmodier la leçon, il demandait préalablement au chef du clergé sa bénédiction, en se servantde la formule commençant par ces mots : « Jubé , Domine, benedicere. »

Nous ignorons quand l’expression de Jubé a commencé à être employée dans le sens qu’elle a aujourd’hui ;nous savons seulement qu elle était déjà usitée au commencement du XV e siècle ; on la trouve effective-ment dans l’Ordinaire de l’église cathédrale de Troyes, qui date de cette époque : « Duo vicarii ascendunt pul-pitum, alias jubé, » y est-il dit. Quoi qu’il en soit, le mot jubé n’ayant d’autres synonymes en latin que amboet pulpitum, expressions qui signifient tout autant ambon et chaire , les documents écrits, malgré leur nombre,11e jettent que peu de jour sur l’origine des jubés, et ceux qui en ont parlé, ont-ils ordinairement confondu letout ensemble. Ainsi, le chanoine Thiers, dans son précieux ouvrage sur les jubés, donne-t-il toujours ce nomaux ambons des premiers siècles, désignés aussi dans les anciens auteurs par tribunal, pluteus, pluteum, leclri-cium, lectorium, legitorium, analogius, exedra,suggestus, suggestum, dicterium, auditorium, ostensorium, absis,absida et pyrgus (***). Anciennement, en français , le jubé se nommait aussi tribune et pupitre. On l’a encoreappelé leclrier, de lecteur. C’est à peu près le même mot que lettri, quon rencontre, au XIV e siècle,dans le sens de tribune.

(*) Sum. Christ., T. II, dissert. 4.

(**) Ambonem ascendit Patriarcha ex adytis prodiens ; cum eo ascendunt et illustriores Ecclesise proceres, sacris etianivestibus induti.

(***) Ambo vient peut-être d ’ambire, environner, parce que l’ambon entoure ceux qui sont dedans, ou d’ambo, parce qu’ii yen avait quelquefois deux, ou d’àvaëcei'vEtv, monter, parce qu’il y avait des degrés pour y parvenir, ou enfin, et bien plus vraisembla-blement, d’4|iëuv, lieu élevé. Pulpitum signifie aussi un lieu élevé, de même que exedra et tribunal. Auditorium vient d'audire,écouter, parce qu’on écoutait celui qui parlait dans l’ambon. Ostensorium vient d’ostendere, montrer, parce que celui qui étaitdans la tribune était en vue de tout le monde. Absis et absida signifient une voûte, un arc, probablement parce qu’il y avait desambons élevés sur des arcades. Pyrgus vient de tour, par allusion sans doute à la forme de l’ambon ; enfin, toutes lesautres expressions, telles que pluteus, signifient un pupitre, et il se trouvait effectivement un ou plusieurs pupitres dans lesambons.