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Deuxième partie.
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STYLES ROMAN ET OGIVAL. —

de raison, conjecturer que ce qui distinguait ceux de cette période, c’étaient des piles lourdes, des archesétroites et souvent bandées en briques , une ornementation nulle , un appareil rappelant celui des pontsgallo-romains, et enfin des proportions peu vastes. A partir du XI e siècle, l’architecture des ponts n’est plusproblématique , et quoiqu’elle n’ait encore été que fort peu étudiée, il est possible d’en indiquer avec quel-que précision les principaux caractères. Nous allons essayer de le faire.

Les ponts du moyen âge, lorsqu’ils ne sont pas fortifiés, n’offrent ordinairement dans leur dispositionrien de bien différent de celle des ponts modernes. Les piles, généralement plus espacées vers le milieu de larivière, sont munies d’un avant-bec arrondi, en ogive, ou bien plutôt triangulaires, et d’un arrière-bec semblableou carré, de sorte à former, en plan, un pentagone ou hexagone allongé. Quelquefois l’arrière-bec manque, etquelquefois aussi il n’y a pas non plus d’avant-bec; mais c’est là une exception, ce membre étant nécessaire pourdiminuer l’effort de l’eau contre la pile. Les avant-becs se terminent le plus souvent à la hauteur de la naissancedes arches par une pyramide triangulaire appliquée aux reins des arches et disposée en larmier. Sur cette pyra-mide porte parfois une petite tourelle triangulaire aussi, ou de toute autre forme, qui monte jusqu’à la chaus-sée du pont et forme ainsi un retrait, autour duquel le garde-fou fait ressaut, et qui présente un espace oùles piétons peuvent s’abriter lorsque le pont est parcouru par un chariot ou des cavaliers. On rencontre ausside ces petites tourelles disposées en encorbellement ; dans d’autres cas, elles sont formées par l’avant-bec lui-même; elles existent fréquemment des deux côtés du pont.

beaucoup d’anciens ponts ont leurs piles percées, dans le sens de leur longueur, d’une galerie destinée à faci-liter le passage des eaux dans les crues. Quelques piles sont creuses dans leur partie supérieure et peuvent servirà plusieurs usages. Ainsi le château de Chenonceaux , bâti sur un pont, a ses cuisines établies dans les piles.

11 existe souvent une imposte à la naissance des arches ; celles-ci ont naturellement été en plein cintrependant la période romane, et en ogive après; mais cette dernière forme a, dans certaines contrées, ététronquée vers les retombées, afin d’offrir un intrados plus plat, disposition favorable à la navigation etau passage des eaux. C’est dans ce but qu’en Angleterre on a beaucoup fait usage des arcs à quatre centres,dits Tudor; nous ne pouvons affirmer que l’arc en anse de panier, qui correspond en France à l’arc Tudor , aitété employé dans ce dernier pays, car nous ne nous rappelons pas en avoir rencontré d’exemple avant leXVI e siècle; mais il nous parait fort probable qu’il en existe. Les arches où l’on retrouve encore des briquesau Xl° siècle, sont formées d’un , de deux , et même de trois rangs de claveaux de très-petites dimensions.Files sont parfois ornées d’un cordon, d’un retrait ou d’un chanfrein, et même, à une époque avancée, d’unearchivolte (* (**) ). La voûte quelles forment est en berceau, au XI e et au XII e siècle ; elle est fréquemment soutenuepar un ou plusieurs arcs-doubleaux carrés; plus tard on remarque quelquefois, à la place de ces arcs-doubleaux,des nervures qui servent au même usage. On dit aussi qu’il se trouve des arches disposées en voûte d’arête ; maisnous ne pourrions citer aucun exemple. Généralement les voussoirs ne sont pas placés en liaison par rapport lesuns aux autres; de sorte que les arches se trouvent formées par la réunion d’arcs juxtaposés et indépendantsles uns des autres.

Nous avons dit que les piles sont généralement plus éloignées vers le milieu de la rivière ; il en résulte quel'arche centrale est plus haute que les autres , dont les naissances se trouvent placées à différentes hauteurs,mais cependant de manière à ne pas nécessiter l’emploi des arcs rampants. 11 en résulte encore que la chausséeoffre une double montée souvent très-rapide. Par contre, quelques chaussées sont tout à fait horizontales.Toutes, au reste, sont fort étroites, ce qui rendait nécessaire l’emploi de ces retraits que nous avons signalésplus haut. On ignore au juste quels étaient les matériaux dont ou formait le sol du pont ; du cailloutis cimentéet des dalles ont sans doute dû être employés pour cela( ¥¥ ). Il parait même qu’il est arrivé parfois que l’extradosdes voussoirs n’était préservé par rien du contact des roues. Les garde-fous sont garnis d’une tablette d’appuidans les ponts les moins anciens, et, comme dans les ponts modernes, ils sont ornés à l'extérieur d’un cordonau niveau de la chaussée ; quelques-uns étaient crénelés et atteignaient la hauteur d’un homme. Un documentrelatif au vieux pont de Strafford le Bow, près de Londres , prouve que dans certains cas les parapets ont étéremplacés par des balustrades en fer.

Les ponts, au moyen âge, ont souvent été le théâtre de cérémonies ou fêtes ; on y faisait volontiers ce

(*) I.es ponts sont généralement simples ; mais ils le sont moins au XV e siècle qu’à toute autre époque.

(**) D’après le témoignage de Geoffroy de Saint-Victor, historien contemporain, auXII e siècle le Petit-Pont était pavé, etavait ses piles garnies d’airain.