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Il s’agit de dégager des choses dont nous allons nous occuper,et de mettre en lumière ccs lois, ces règles, ces convenances,ces raisons d’être.
C’est ce que nous allons nous efforcer de faire.
Nous voici dans une de ces larges voies tout inondées d’air etde lumière, monumentales hier encore, aujourd'hui à peine suf-fisantes, dont nous ont dotés la haute raison et la prévoyantevolonté du chef de l’État, si heureusement secondées par un denos plus grands édiles.
Regardez les façades de ces maisons. N’est-il pas vrai, quoiqu’en puissent dire des esprits chagrins, exclusifs admirateurs dupassé, contempteurs systématiques du présent, que plusieursd’entre elles sont vraiment belles ? Que les lignes générales ysont bien pondérées ? Que les détails en sont heureux ? Que lasculpture décorative s’y marie agréablement à l’architecture ?Mais ne nous attardons pas à la contemplation de ces qualitésextérieures. Franchissons le seuil de la porte et voyons si l’inté-rieur répond à ces beaux dehors. Entrons.
La température n’est plus celle que je quitte à l’instant; uncourant d’air froid m'enveloppe et me glace. D’où vient cetlebrusque et fâcheuse transition ? De l’absence d’une cloison vitréequi devrait séparer l’entrée de la rue de celle de la cour inté-rieure.
Montons bien vite... Nous voici dans une première pièce;c’est ce que l’on continue de nommer le vestibule. Dans ce réduitinsuffisant, l’obscurité a remplacé la lumière de jadis. Tra-versons-le sans regret et entrons dans la salle à manger, lasalle à manger du dix-neuvième siècle!... Et ici, par une heu-reuse rencontre, il en existe deux : celle des jours ordinaires etcelle des jours de gala.
Dans la première, les sièges et les rideaux sont en reps delaine, des panneaux en papier velouté. De petites étagères sup-portent de petites tasses d'enfants et de hautes curiosités de pou-pées... Qu’ètes-vous devenus, ô nos beaux plats décoratifs d’au-t refois, et pourquoi n’ètes-vous pas là, ceux de nos maîtres potiersd’aujourd’hui ?
Un lustre suspendu au plafond traîne presque sur la table. Ouchangez ce lustre contre un plus petit, ou faites un plafond à sataille. Le premier moyen est plus simple; le second, plus coûteux.Vitellius l'a pratiqué. Vous connaissez l’histoire. Des pêcheurslui avaient fait hommage d’un poisson de telle dimension qu’il nese trouva pas de plat assez grand pour le recevoir. Il en fit faireun. Quant à la façon de l’accommoder, les Pères Conscrits furentconsultés. Berchoux l’a écrit :
Le Sénat mit aux voix cette affaire importante,
Et le Turbot fut mis à la sauce piquante.
Mais quelle odeur nous arrive ? ne sentez-vous rien ? Déjà, siBrillat-Savarin a dit vrai, vous pouvez dire au maître de céans cequ’il est, car vous savez ce qu’il mange, ce qu’il a mangé hier,du moins. Ces sièges en reps, ces rideaux en reps, ce papiervelouté, autant d’éponges gourmandes et indiscrètes qui ontgardé les parfums et racontent le menu du repas de la veille.Ainsi, sur les vieux palimpsestes, sous l’écriture des moinesdu moyen âge, vous voyez parfois apparaître quelque mentiondes choux au lard dont Horace régalait les paysans de la Sabine,ses bons voisins de campagne.
Mais passons dans la salle à manger d’apparat, et voyons com-ment les décorateurs du jour, qui régnent despotiquement chez
nous, nos maîtres tapissiers enfin, combinent et règlent nos inté-rieurs. Ici, ils ont visé au sérieux. Encore des rideaux aux teintessombres et sévères, la table, les sièges, les panneaux, les buffets,tout cela est en bois noir teint. C'est évidemment une salle àmanger de première classe. Pour la compléter, il ne faudrait quequelques panaches noirs sur le fronton des meubles, et tandis queles convives seront à table, qu’on y porte le cercueil que l’antiqueÉgypte promenait autour de ses festins ! Cela sera gai, cela exci-tera à assaisonner les bons plats de bons mots, et avec quelleénergique plénitude agira ici ce digestif gaulois qu’on nomme lerire !
E. Guichard.
( La suite au prochain numéro.')
ACTES OFFICIELS
COMMISSION IMPÉRIALE
Arrêté concernant l’ailmission et renvoi des œuvres d’art.
Le Ministre d’État, vice-président de la Commission impériale,
Vu le règlement général délibéré par la Commission impérialele 7 juillet 1863 et approuvé par décret impérial en date du22 juillet 1863 ;
Vu les articles 18, 19, 20 et 21 dudit règlement concernantl’admission des œuvres des artistes français et étrangers ;
Vu l’arrêté du 12 mai 1866 ;
Vu les observations d’un certain nombre d’artistes français surles inconvénients de la date fixée pour le dépôt de leurs ouvragespar l’arrêté susvisé,
Arrête :
Art. 1 er . Les artistes français devront déposer ou faire déposer,au palais de l’Industrie (Champs-Elysées ), du 1 er au 15 décembre1866, une déclaration écrite, signée par eux, des ouvrages qu’ilsdésirent exposer au palais du Champ de Mars, déclaration conte-nant la désignation des œuvres et leurs dimensions.
Art. 2. Le jury nommé conformément aux articles 4, 5, 6 et 7de l’arrêté du 12 mai 1866 examinera du 18 au 23 décembre 1866ces déclarations, et admettra d’après elles les œuvres d’une no-toriété incontestable, sans en exiger le déplacement avant l’époquefixée ci-dessous à l’article 4.
Art. 3. Les artistes qui, le 1 er janvier 1867, n’auront pas reçuavis de l’admission des ouvrages dont ils auront fait la déclarationconformément à l’article précédent, devront déposer et faire en-registrer leurs œuvres du 5 au 20 janvier au palais des Champs-Élysées.
Art. 4. Les ouvrages acceptés antérieurement par le jury surla déclaration des artistes devront être déposés par les artisteseux-mêmes, ou par leurs fondés de pouvoirs, et enregistrés aupalais des Champs-Elysées du 15 au 23 février.
Le Ministre d'Ëtat, vice-] résident Je laCommission impériale,
E. Rouiier.