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lâches tombant, ainsi que deux voiles, d’une haute couronne em-panachée. Toutefois, comme ces anciens pères au gros rire ai-maient assez mettre l’étiquette au cou du sac, leurs lits de mariagemontraient volontiers sur le ciel et les courtines des broderiesemblématiques « dont nous nous choquerions aujourd’hui, » ditsagement M. Viollet-le-Duc.

Du lit on passait à la chaise, chaire, chaière, forme ou fourme.Ce meuble avait des bras et un dossier, souvent un dais, et il étaitseul dans la pièce, comme un trône, pour le maître ou la maîtresse.Il y eut des chaises à balustres, et polygonales, dans lesquellestournait à son gré le personnage assis. Chaises d’audience. Il yen eut en fer, très-élégantes et très-légères, que Gandillot etTronchon nous ont aussi rendues. Il y en eut en bronze et enpierre. Leur magnificence spéciale date du quinzième siècle, quiles fit hautes, à dossier flamboyant, découpé et fouillé commeune fenêtre de cathédrale. C’était d’appui maussade quand onavait désarmé le chevalier. Le siège était parfois un coffre àserrer de précieuses choses que le seigneur ou l’avare gardait,assis sur son trésor. Elles étaient nues, et belles seulement par leciseau de l’artiste, ou bien de larges housses les enveloppaient,descendant et se prolongeant en tapis de pied.

Quand, de hasard, le roi venait, la chaise était enlevée, et l’onapportait le fauteuil, f'audesteuil, fauldesteuil, du latin faldistorium,sorte de pliant d’abord, dans le genre des tabourets en X oùl’on assied les duchesses. C’était le siège d’honneur par excel-lence, au bas duquel rampait un escabeau pour le vassal ou pourles pieds sacrés, scabellurn pedum tuorum. Le faudesteuil était detous les voyages de Sa Majesté, et on l’emportait plié, commecette toile sur trois bâtons qui sert à reposer les goutteux dansleurs pénibles promenades. Au douzième siècle, dit-on, Suger rendit le pliant solide, au moyen d’un dossier en bronze, parégard pour son roi malade, dont la tête allait chercher les genoux.Saint Éloi passe, à ce propos, pour avoir fait le fauteuil de Dago-bert, lequel passe pour nous avoir été conservé. Et pourquoipas?

A portée de la chaise, séant inamovible, on avait le lutrin,lectrin, ou pupitre, poulpitre, meuble rigide ou bien tournant surun pied, servant à tenir le livre pour qui savait lire, seigneur ouclerc, et plus souvent moine à défaut du châtelain : un livre saintle plus souvent, et c’est pourquoi le lectrin figurait d’ordinaire unoiseau ayant le livre sur ses ailes demi-ouvertes ; volontiers unaigle, comme étant celui qui vole le plus haut et devait porter leplus droit notre prière ou notre louange. Ces meubles pouvaientquelquefois servir et pour lire et pour écrire ; et le temps des-tructeur ne nous a gardé que les dessins de charmants lectrinsdes treizième et quatorzième siècles, à tablettes tournantes, avecune lumière au milieu, portant sur une colonne cannelée quis’allongeait ou se raccourcissait comme dans nos pupitres à mu-sique, selon qu’on voulait être assis devant ou bien debout. Ceux-làtenaient ouverts deux ou trois gros livres à la fois, avec des signetsà poids pour empêcher les pages de se retourner. Nous n’avonsplus rien d’aussi commode que ces lutrins, c’est évident : mais jereconnais que nos bureaux modernes sont préférables à l’antiquescriptionale , pour dire écntoire en bon français .

En regard du lutrin était la crédence ou dressoir portatif; lutrindu corps comme l’autre de lame, offrant aux loisirs de l’estomacseigneurial bouteilles, fruits, desserts et toute la menue gourman-dise d’entre les repas. Le peu et souvent, illustre et grande règle!Crédence, de credere sans doute : croire à ce qu’on touche, à ce

qu’on mange, à ce qu’on voit, à ce qu on boit. La vieille servantequi recommence à trotter dans quelques salles à manger spiri-tuelles est tout bonnement une crédence à roulettes. Il y en avaità tiroirs et armoirettes fermées ; notre petit buffet à bonbons,notre cave à liqueur sont des crédences. Il y en avait à tablettesvisibles, élégantes étagères avec un dais pour couronnement etune jardinière pour base; d’autres en forme de console et tenantau mur, pour déposer les objets et les reprendre en passant.

Le dressoir était une grande crédence immobile, aux tabletteshabillées de beau linge que des dentelles et des guipures rele-vaient. La dame du logis y étalait ce qu’elle avait de plus riche etde mieux fait, vaisselle, orfèvrerie, coupes, hanaps, dons du roi,dons du pape. Le buffet ne s’entendait pas de la caisse oblongue àdessus de marbre dans laquelle aujourd’hui nous serrons le painet les assiettes ; c’était la chambre à loger tout le service de table,comme qui dirait Yoffice, ou bien aujourd’hui un meuble au milieude la pièce dans les grands repas, brillant de vases précieux, de lu-mières et de fleurs, chargé de toutes sortes de choses bonnes àmanger, comme un comptoir de Chevet ou d’Ozanne. Le buffetd’un bal, les buffets de chemins de fer rappellent ceux-là. Seule-ment il était d’hospitalité de les rendre aussi riches que possible,et pour adieu de les offrir à ses invités avec tout ce qu’ils portaient.Ces gens d’autrefois savaient vivre.

Do même que le buffet, Y armoire, du latin armoria, fut d’abordune chambre où l’on serrait les armes, comme aussi la librairie futla chambre à mettre les livres. Là où,étaient les armes allèrentd'abord les ustensiles de chasse, puis les habits, puis le linge decorps, le linge de table, les coffrets, les écrins. Les religieux quin’étaient ni guerriers ni chasseurs, exception rare, firent de l’ar-moire une sacristie. Dans cette chambre se trouvaient nécessai-rement des corps de boiserie fermés, garde poussière à un vantailou à plusieurs, où le plus précieux se mettait sous clef. Et cettesorte de meuble prit par suite le nom de la pièce, pour un jourremplacer la pièce elle-même chez la plupart : c’est l’ambitiondes petites choses de se mettre à la place des grandes. Et peu àpeu l’armoire est devenue et restée le meuble principal de lafamille, l’emblème de l’ordre, de l’économie, de l’opulence enménage. La moindre fille en se mariant apporte son lit; pauvrefille qui n’a que son lit ! Celle qui est mieux née apporte son lit etson armoire, quelle fierté! Aussi est-ce un meuble que l’on soigne etque l’on pare ; le menuisier du lieu y met tout son orgueil et toutesa fantaisie. On le décora d'abord par la serrurerie, au moyen deferrures de clôture historiées, restées brillantes comme des mi-roirs dans ce Nord amoureux de propreté où, les jours de fête,on fleurit sa vieille armoire de jeunes guirlandes illuminées. Puison eut l’esprit de peindre les panneaux; et les armoires à sujetssur fond bleu, sur fond rouge, sur fond d’or, furent parmi lesbeaux-arts du quatorzième siècle. Vinrent ensuite les moulureset les sculptures, qui sont encore de mode, avec la marqueterie.La plus belle que j’en connaisse en sculpture est chez M. Grohé.

LaBourgogne est riche en armoires des seizième et dix-septièmesiècles, dont beaucoup n ont jamais été déménagées. Faites pour unlogis, elles ont forcé leurs maîtres d y vivre et d’y revivre par res-pect : sûres et tranquilles confidentes de la bonne et de la mauvaisefortune pendant vingt générations. Que de choses en ces armoirestrisaïeules ! Souvenirs bien-aimés de naissance et de mort, pre-miers cadeaux, premiers travaux, premiers trousseaux, premièresamours! Tablettes qui racontent à lagrand’mêre quand elle étaitpetite fille; amusants panneaux à travers quoi passaient nos