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des Favorites (Paris -Yaugirard) où M. Deck va centraliser touteson industrie. Avec deux hommes de goût et de persévérancecomme MM. Deck et Reiber, le succès de leur entreprise ar-tistique est assuré.
Nous avons obtenu de ces messieurs de pouvoir donner à noslecteurs un avant-goût de leurs nouveaux produits.
Voici un flacon à vinaigre de toilette, reproduit d’après l’ori-ginal en grandeur d’exécution. Ce flacon, forme gourde, est libreet se pose, par un rebord inférieur, sur une base circulaire couron-née de trois culots de feuilles formant trépied. Le profil est étudiéde façon à ce que le vase soit facile à mettre en main. Le bou-chon, servant de couronnement, épouse le galbe général. Deszones de fleurs en demi-relief, se détachant sur un fond de feuilles,ornent le haut du goulot, la panse et la base. Une couleuvre enbleu turquoise, s'enroule autour du col qui est décoré de striesobliques, ocre sur blanc, venant se reposer sur une grecque enbracelet. Le bas de la panse est couvert d’un enroulement ori-ginal, ocre foncé sur jaune clair. Toutes les bandes séparativeset les feuilles de la base sont en turquoise, et tous les centresdes fleurs, ainsi que les graines des feuillages du trépied, sont enrouge rubis.
Notre gravure montre l’ensemble harmonieux de ce charmantflacon vraiment créé pour orner la toilette d’une jolie femme.
Rodolphe Pfnor.
DE L’AMEUBLEMENT
ET DE
LA DÉCORATION INTÉRIEURE DE NOS APPARTEMENTS
( Suite )
Ah ! rentrons dans la convenance des choses, approprions lescadres aux sujets; enlevez ces rideaux d’ici, gardez ce pastichede l’ébène pour la bibliothèque, pour le cabinet de travail ; maisdans la salle à manger, faites que les meubles, par leur aspect etleurs teintes, paraissent nous chanter encore une vieille chansonde nos pères; donnez-leur comme un visage et une robe de fête,et ne franchissez jamais les nuances du vieux chêne, qui rappellesi bien la chaude patine du rôti cuit à point. Ici, cependant, re-marquez une amélioration : les sièges sont recouverts de cuirgauft'ré. Il faut se lutter de tenir compte, à qui a pu la faire, decette concession à la logique, car le voilà qui sacrifie aussitôt auxfantaisies les plus irrationnelles. Voyezle fronton sculpté au dossierde ce siège ; à l’époque où l’on donnait aux meubles les formes queréclame leur destination, ce dossier, plus élevé, abritait le con-vive, et les reliefs du fronton qui dépassait sa tête lui étaientinoffensifs. Ici, placés à la hauteur de ses épaules, ils le tiennentà une distance respectueuse. Le chiffre de l’amphitryon ne pour-rait-il donc se montrer moins gênant et plus hospitalier ?
Il y a grand dîner aujourd’hui, car la table est garnie commeaux jours de gala. Au beau milieu s’étale le surtout. Le surtout !connaissez-vous une invention plus malencontreuse que ce murd’argent, trop souvent impénétrable, qui vous cache des visagesamis, sans vous dédommager par la poésie du sujet et la beautéde l’exécution ?. Encore si l’art, se mettant de la partie, avaitménagé de larges échappées dans cette forêt de métal, si vouspouviez suivre du regard Galatée, l’enfant rieuse qui, avant des’asseoir de l’autre côté, vous a lancé, en guise de pomme, un
charmant sourire ! Mais non, c’est massif, épais et lourd commel’orgueil et l’esprit du maître. Tenez, surtout pour surtout, j’aimeautant celui qu’improvisa je ne sais plus quel négrier. C’estune histoire que je tiens d’un Havanais de ma connaissance. Cenégrier avait vendu à Cuba une cargaison de cinq cents nègres,et comme la denrée était rare, il en avait tiré un prix superbe.Dans sa joie, il voulut faire une politesse à ses clients, et les in-vita à dîner. Notre homme tenait à bien faire les choses; artisteà sa manière, il se préoccupait de l’ordonnance de sa table, et lavoulait tout étincelante d’une splendide vaisselle. Dans un paysriche, où le luxe de l’argenterie était poussé à un degré inouï, ilse procura assez facilement tout ce qu’il désirait. Cependant unepièce, à ses yeux la plus indispensable parmi les ornements dufestin, lui manqua. C'était le surtout. Il le chercha en vain. Maisil ne se tint pas battu pour si peu. Le jour venu, et lorsque lesconvives furent introduits dans la salle à manger, ils virent, enmanière de surtout, empilées et rayonnant au milieu de la table,un monceau de pièces d’or s’élevant à 1,720,000 francs. C’étaientles 20,000 quadruples d’Espagne qu’avait produits la vente desnoirs !
Après cela, riches qui n’ètes que riches, songez au négrieravant d’embarrasser votre table d’un surtout. Il l'emporteratoujours sur vous par le poids et le volume du métal : l’art seulpeut vous assurer la victoire. Appelez donc l’artiste à vous, choi-sissez-le même de la plus rare ingéniosité, car la pièce d’orfévre-rie dont vous allez lui confier l’exécution est la plus difficile detoutes. Et il ne faut pas seulement qu’elle soit belle, elle devraencore être aimable, car elle aura toujours à se faire beaucouppardonner... Peut-être même vaudrait-il mieux la rejeter déci-dément aux deux bouts de la table ; mais si vous tenez absolu-ment à cette place du milieu, que votre surtout soit digne d'elle.N’oubliez pas que c’est le principal personnage de votre compo-sition, placé en pleine lumière, au centre même du tableau, etvous savez toutes les exquises qualités de pensée et de forme queles maîtres de l’art demandent à ce premier rôle. Mais qu’avanttout, les divers motifs en soient espacés de façon à laisser les regardsdes convives se rencontrer librement d’un côté de la table à l’autre.Cette indispensable condition remplie, donnez carrière à votreimagination. Vous avez tout le monde fabuleux, et tout l’universréel ouverts devant vous. Choisissez, combinez les inépuisablesmatériaux qu'ils vous offrent ; que l’idée prenne un corps ; que lesvisions de l’esprit comme les théories de la science se fixent dansdes éclosions anthropomorphiques. Donnez à admirer, maisdonnez aussi à penser. Que les festins de Rabelais n’excluent pasle banquet de Platon. Le duc de Luynes, Jean Feuchères et Fro-ment Meurice nous ont montré un exemple, resté célèbre, dumagnifique parti qu’on peut tirer de toute cette poésie. Je parlede ce globe terrestre entouré du zodiaque et porté par quatregéants anguipèdes en argent repoussé et patiné, autour duquelvoltigeaient les génies de l’Amour, de l’Harmonie et de l’Abon-dance, et que surmontaient les figures debout de Vénus, deBacchus et de Cérès, avec leurs attributs. Après ces maîtres onpeut créer encore, mais, comme eux, à côté des satisfactions del’œil, réservez, je le répète, une place aux plaisirs de la pensée.
Cependant le repas est fini, on se lève. Suivons les invités quipassent au salon, où pénètre en même temps l’odeur des metsqui, deux ou trois heures durant, ont fait la joie des convives etla gloire de notre Trimalcion de rencontre. Qu’il serait bon d’a-voir ici une pièce intermédiaire convenablement aérée, sorte de