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on pousse comme un soupir de soulagement en apercevant lesbois découpés et variés de la Suède, du Danemark et de la Russie .Ces peuples du nord ont des montres délicieuses de finesse etd’élégance ; les Russes , surtout, ne souffrent aucune concurrencesur ce point. Il faudrait que leur exposition fût bien médiocrepour ne pas obtenir un plein succès au Palais de l’Industrie.Après la Russie vient l’Orient. Les châles de Kachmir, les tapisde Perse, se seraient crus dépaysés dans des armoires à glacesen bois noir, avec filets de cuivre, on leur a fait un nid digne deleurs harmonieuses couleurs. Je ne sais ce qui vous retient déjàau milieu de ces richesses d’or, d’argent, de pourpre et desinople,on y reste malgré soi. Après les neiges de la Scandinavie , le so-leil du Bosphore et de l’Indus. Paj-s des houris et des fées, que netenez-vous plus de place en ce palais tout rond? On n’en sortiraitplus, enchanté qu’on serait par le charme de vos chefs-d’œuvre.
Teintes pâles d’Albion la puissante, pourquoi faites-vous fuirà tire d’ailes les songes des Mille et une Nuits ébauchés tout àl'heure. L’Exposition anglaise a eu du moins le bon sens de nepas se parquer, se caser, se classer, se numéroter, s’uniformisercomme la nôtre; on déballe, nous n’en avons encore rien à dire.
Le cercle des Beaux-Arts se termine, la cour intérieure restela même. Oh ! la cour intérieure ! Dans cette immensefoire Saint-Germain que prépare la ville de Paris , on aurait pu croire, malgréla présence d’un théâtre, qu’on avait oublié la baraque tradi-tionnelle, les architectes ne l’ontpasvoulu. Le cirque Olympique,qui forme le noyau central du Palais, est construit pour le rap-peler. Il se trouvera évidemment un industriel américain qui lelouera pour y faire des courses de char, pour y établir des Léo-tards transatlantiques : il ne peut servir qu’à cela.
En dehors du palais, les fermes, les étables, les magnaneries,les chaumières, émaillent le parc déjà tracé. Nous avons parlédes Russes, des Suédois, des Norvégiens et des Suisses , nous yreviendrons en leur temps.
La mosquée dresse, vers le ciel, son minaret ; mais sur la ga-lerie, d’où le muezzin jettera sans doute sa prière, aux fidèles, sepenche encore le Gavroche en blouse, qui crie à ses camarades,de sa voix gouailleuse : «Ohé! les autres, du plâtre ou desbriques ! »
Le grand temple égyptien se couvre de peintures admirables :l’œil blanc des statues se dessine sur la teinte jaune des visagescalmes; les grandes ailes de l’âme immortelle s’étendent au mi-lieu des frises, mais si l’on s’avance auprès de ces colonnadesmajestueuses, ce n’est pas le grand prêtre d’Isis, qui sort de laporte sacrée pour vous bénir, c’est un sergent de ville, la mous-tache en croc, qui vous crie : « Circulez ! »
Des drapeaux indiquent partout les nationalités diverses, quidoivent concourir à l’ensemble vraiment superbe de ce jardin,merveille de l’Exposition prochaine. Les croix cantonnées desriverains de la Baltique , l’aigle noir de la Prusse, la fasce blan-che de l’Autriche, les libres étoiles de l’Amérique , les croissantsdes fils du prophète, tout vole, ondule et se replie au gré de labrise parisienne, étonnée d’unir ces couleurs parfois ennemies,dans ce champ de guerre devenu terre de paix et de fraternelleunion.
Lorsque Ion traverse 1 avenue d’Europe , l’uniforme reparaîtau milieu du parc français . A quoi serviront donc tous ces han-gars? On disait que nous a\ions oublié la politesse. — Calomnie !—Lorsque 1 on reçoit un visiteur, on ne rivalise pas de luxe aveclui. C’est sans doute dans ce but que le quartier français a cru
devoir rester d’une si remarquable simplicité. Il ne veut brillerque par les fleurs. L’exposition d’horticulture promet d’être aussicharmante que possible. Ce petit Éden sera le rendez-vous desenfants et des femmes : Qui se ressemble s'assemble. Si la galan-terie prenait fantaisie d’émigrer loin de sa patrie d’élection, onla retrouverait encore au cœur du jardinier français .
Henri du Cleuziou.
LES ARTS PARISIENS.
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LE MEUBLE
(Suite)
Nous avons vu quel était à peu près l’ancien mobilier. Un beaurégime de bahuts régnait en appui le long du mur. Bahut , de bas-hu ou basse-huche, est un mot d’emploi progressif, à l’inverse d’ar-moire, bibliothèque et buffet. Le bahut fut d’abord une enveloppeen osier recouverte en cuir, laquelle servait, dans les voyages, àgarantir d’offense le coffre ou la malle du voyageur. Nous avonscela en toile, et les chargeurs du chemin de fer s’en divertissenttrès-déplorablement. Plus tard, le coffre se perfectionna, lamalle prit des tiroirs ; de nomade qu’il était, le contenu devintfixe et prit le nom du contenant. On diversifia la forme etl’usage : il y eut le bahut de hauteur moyenne qui servait volon-tiers de table ; il y eut le bahut moins haut qui servait de banc ;il y eut le bahut encore plus humble du pauvre, qui servait delit. Sa décoration suivit à peu près celle de l’armoire. Cependantle bahut sculpté est jjlus ancien que l’armoire sculptée ; on ma-riait déjà dans le bahut les deux systèmes d’ornement, quandl’armoire n’en était encore qu’à la peinture.
Ceux qui fabriquaient ces huches hautes et basses furent, aucommencement, des artisans très-vulgaires. On les appelaithuchers et, vers le treizième siècle encore, ils appartenaient àla corporation des charpentiers, comme ouvriers de la petitecognée tout au plus, faisant portes, fenêtres, volets, bancs etcoffres. Les menuisiers en lits et les faiseurs de tables, dits alorstableliers, les méprisaient ou les tenaient à distance. La fille d’untabletier eût dérogé avec un hucher. Mais plus tard ces huchersou huchiers s’élevèrent; l’art leur était tombé de la Flandre oudu ciel. Parurent un jour les superbes bahuts de mariage du qua-torzième siècle, avec leurs gravures pleines d’accent, leurs bas-reliefs souverains, leurs cariatides puissantes, vastes et royauxcoüres à serrer, comme disent les mémoires, habits et amantssans les plier.
Alors le bahut, ennobli de son chef, quitta le vestibule et vinthabiter la chambre. Jusqu’à la Renaissance il fut en progrès et enhonneur. Puis naquit un autre mobilier, qui le vieillit et le dé-trôna. Aujourd’hui nous avons encore le petit bahut sur quatrepieds, qui est un cabinet où l’on met des bijoux, des bonbons oudes cigares. La huche du paysan servant à faire le pain noir, lecoffre à avoine des défunts maîtres de poste sont aussi des bahuts.Les bancs creux de l’antichambre pour la provision de bois quo-tidienne, bahuts. Les comptoirs des grandes boutiques où cou-chent les commis qu’on ne paye point, bahuts. Le coffre illustre del’Opéra, rendez-vous d’amour et d’intrigue à la porte du foyer,