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rendre les légendes chrétiennes et à en traduire la grandeur, lanaïveté et le sentiment; mais ils étaient restés étrangers à cettepoésie de la forme matérielle dont les Grecs avaient fait une re-ligion. Cette nouvelle manière d’envisager les arts fut une révé-lation pour ces artistes français dont l’habileté était rompue àtoutes les difficultés, et ils ne tardèrent point à se mettre à la tètede cette imposante manifestation de l’esprit humain, qu’on ap-pelle la Renaissance.
Pendant longtemps on a voulu attribuer tout l’honneur de laRenaissance française aux Italiens que François I er introduisaità sa cour. Il appartenait à notre temps de venger de ce mensongehistorique ces vaillants artistes, ces hommes de génie qui con-struisirent Chambord, Blois , Anet, le Louvre et les Tuileries, quifirent sortir du bronze et taillèrent dans le marbre ou la pierreces sveltes figures de nymphes et de déesses, personnificationsdélicates de la grâce féminine française, qui couvrirent lesmeubles, les armes, les étoffes, l’orfèvrerie et la céramique decharmantes fantaisies, d’emblèmes, de devises, de mascarons, degrotesques, d’attributs et d’ornements pleins de style, d’éléganceet d’esprit; notre siècle devait enfin rendre justice à cette écoledu seizième siècle, dont les maîtres furent : Philibert Delorme ,Androiiet Ducerceau, Pierre Lescot, Chambiche, Jean Goujon ,Germain Pilon, Jean Cousin, Pinaigrier, Jean Penicaud, Léo-nard Limosin et Bernard de Palissy .
Ces grands hommes se pénétrèrent de l’harmonie des propor-tions, de la pureté des formes, du style, de la grandeur et de lamajesté de l’art antique, sans cependant répudier les qualitésd'expression et de sentiment qu’ils tenaient de leurs prédéces-seurs. En sculpture, loin de ne s’attacher qu’à reproduire lestypes antiques, ils continuèrent à étudier scrupuleusement lanature, à l’observer consciencieusement, et ils la revêtirent descaractères lesplus élevés de la statuaire grecque. En architecture,ils surent soumettre leurs compositions aux règles sévères descinq ordres, tout en conservant cette entente des masses et dessilhouettes, cette sûreté d’elfet et ce respect des nécessités in-flexibles de la construction, auxquelles ils durent les motifs lesplus gracieux, les plus variés et les plus élégants de leurscréations.
Deux panneaux, placés aux côtés de la porte d’entrée, attirenttout d’abord l’attention et montrent quelle transformation com-plète le seizième siècle inaugura dans les arts. Ces deuxécussons, en forme de cœurs, sont soutenus par des figures d’anges,demi-nature, dans le genre de Germain Pilon . Ces quatre figuresn'ont plus l’attitude recueillie, l’expression naïve et touchante desanges du treizième siècle ; ce sont des êtres supérieurs, des gé-nies, dont les têtes possèdent l’expression calme et fière des divi-nités antiques. La tunique dont ils sont enveloppés découvreleurs membres, qui, comme ceux des hermaphrodites, allient ladélicatesse féminine à la force virile. Ils ne sont plus prosternéscomme dans les sculptures du moyen âge,' ils se tiennent debout,prêts à déployer les grandes ailes que le sculpteur a attachées àleurs épaules avec une vérité pleine de style et de grandeur. Onsent devant cette nouvelle statuaire que l’artiste, rompant avecle passé, ne s’adresse plus au sentiment, mais à l’intelligence etqu il cherche avant tout à propager autour de lui ce culte dela beauté plastique et cet amour de la forme auquel il s’est vouétout entier.
Nous nous occuperons longuement des meubles dans l’étude decette partie de l’Exposition; car ils se relient intimement à l’ar-
cliiteclure, et nous retrouverons, en les analysant, les phasessuccessives qui amenèrent l’art des charmantes fantaisies, ditesde transition, aux chefs-d’œuvre classiques du règne de Henri II et de là aux compositions sévères de la seconde moitié du sei-zième siècle.
L’époque de transition nous offre un retable rectangulaire dontle panneau supérieur représente l’annonce aux bergers et l’ado-ration des Mages; au-dessus règne une série de panneaux enca-drant chacun une figure de saint debout sous un dais.iCes pan-neaux sont séparés par des pilastres portant aussi des statuettes,et cet ensemble forme une petite galerie d’un grand effet et d’ungoût charmant,
Au milieu de la salle se trouve une œuvre capitale : le cou-vercle des fonts baptismaux de l’église Saint-Romain de Rouen .C’est un dôme à huit pans, couronné par une petite lanterne àquatre colonnes en fuseau, terminé par un pélican, et sous la-quelle s’abrite une résurrection. Cette ravissante compositionrappelle les belles silhouettes du château de Chambord , elle estmerveilleuse de proportions et d’effet. Lorsqu'on s’en approche,les détails dont elle est couverte vous saisissent d’admiration.Chaque pan du dôme forme un triangle curviligne, bordé sur sescôtés, par des nerfs d’un profil délicat et robuste à la fois. Danschaque compartiment est sculptée une scène de la Passion enca-drée par un motif d’architecture légère terminé par des pi-nacles réellement aériens, dans le genre des compositions ar-chitecturales des fresques de Pompeï . Derrière cette architec-ture se groupent de véritables tableaux en relief, supérieurementcomposés, et exécutés avec tant de savoir, de style et d’adresse,que l’on ne peut s’en détacher et que l’on revient toujours, mal-gré soi, devant ce petit chef-d'œuvre.
Parmi les sièges, peu nombreux du reste, remarquons cettechaire à siège plein, à accotoirs en consoles supportés par desbalustres, se rattachant à deux pilastres qui, avec leur entable-ment, forment le bâtis du dossier dans lequel est sculpté uncombat.
Un des plus beaux spécimens du règne de Henri II , et l’un desplus curieux, est sans contredit cette crédence dans le genre deDucerceau , portée antérieurement sur quatre colonnes accou-plées deux à deux, et que surmonte un entablement orné de fi-gures et d’oiseaux. Derrière cette ordonnance, se relie au dossierune petite table supportée par quatre fuseaux, sur laquelle sefixe un coffret dontla porte est décorée d’un bas relief de Mars etVénus, d’une exécution hors ligne. Au-devant du coffret s'ouvreun tiroir sculpté de grotesques et d’une tête de lion retenant danssa gueule l’anneau de tirage. Cette tête de lion forme cul-de-lampesur le devant du coffret, pour soutenir au besoin une statuetteou quelque coupe émaillée. Dans le dossier, des niches et des in-crustations de bois et de marbre. Cette crédence était évidem-ment destinée au même usage que nos modernes étagères, c’est-à-dire à exposer des objèts précieux et des œuvres d’art de pe-tite dimension ; elle est remarquable par la beauté de son exé-cution et l’originalité de sa conception.
A. DeLaRoque,
R. PF.XÛU, Propriétaire-Directeur.
Taris. — Tfp. Rouge frères, Dunon et Fresué, rue du Four-St-Germain 43.