jÆ 08
simplement à l’harmonie de ses proportions, à la pureté et à lasévérité de ses profils, et surtout à la façon habile avec laquelleles lignes de sa décoration viennent insister sur les différentesparties de la construction, au lieu de les couvrir et de les mas-quer à l’œil, comme nous ne le faisons que trop souvent aujour-d’hui.
Hormis les mascarons placés au centre de chaque panneau prin-cipal, les quelques feuilles épousant les profils qui recouvrent lesonglets sans les dissimuler, et quelques cuirs dans les panneauxen arrière-corps, point de sculptures superflues. Les mouluressont colorées par des canaux ou de grosses perles saillantes,qui doublent leur importance, sans les alourdir. Les mon-tants sont ornés de pilastres cannelés, profilés en balustres,afin d’éviter la monotonie des parallèles dans les canne-lures destinées à répéter les lignes verticales; des chapiteaux àvolutes, d’une tournure solide, indiquent leur fonction de sup-ports. La grosse moulure des panneaux encadre un second profilplus délicat; elle sert de transition entre ce premier membre etle mascaron saillant et plein de caractère, qui se trouve aumilieu.
Nous recommandons à nos lecteurs l’étude de ce meuble, etnous le laissons à leur appréciation personnelle, nous contentantde leur signaler les qualités principales qui nous ont le plusrappés,
FRISE SCULPTÉE.
(No d'ordre 136.)
Ces motifs de sculpture romaine n’ont point la pureté de galbe,1 élégante sobriété, et surtout la grandeur de style des sculpturesdécoratives de la belle époque grecque, mais ils possèdent unelargeur de modelé, une verve luxuriante de composition, etaussi de véritables qualités de style et d’effet.
Les contours en sont largement accentués et étudiés de très-près sur la nature. C’est de l’art visant à la richesse et à l’effetgrandiose, et qui y atteint pleinement. Sous ce rapport, on peuten recommander l’étude aux ornemanistes, surtout pour lesgrands monuments.
Dans le motif placé au bas de la planche, les fonds sont fouillésde façon à former des noirs faisant valoir les contours du dessin etle modelé des ornements.
COLLIER ET AGRAFE.
(No d'ordre 134.)
Nous donnons encore, dans la présente livraison, un collier etune fibule de la collection de Luynes.
Cette fois, le collier est une simple chaîne destinée à s’étalercomme un lacet d’or, sur le cou et sur la gorge, pour en faire res-sortir le modelé et en suivre tous les méplats. Le médaillon dé-coré de rubis, qui s’y rattache, est bordé par un rang de dents descie recouvertes de petites granules d’or, soudées sur une plaquedécoupée. Cè procédé a longtemps fait le désespoir des orfèvreset des archéologues, jusqu’à ce qu’un orfèvre romain, M. A. Cas-tellani, l’ait retrouvé encore en usage dans un village des Mar-ches, à San-Angelo in Yado.
La fibule est couverte de petites fleurettes exécutées par lemêmes procédés, c’est-à-dire par des soudures d’une habileté ex-traordinaire. La gravure est d’ailleurs incapable de rendre labelle exécution de ces bijoux, qui est merveilleuse de finesse etde précision.
A. R.
CHASUBLE DE SAINT YVES.
(N° d’ordre 108.)
Louannec est un misérable petit bourg jeté sur la côte si pitto-resque du nord de la Bretagne . Son église, romane en partie, enpartie ogivale, ne peut intéresser tout au plus qu’un archéologueassez patient pour rechercher dans ce mélange hybride ce quireste de l’édifice ancien.
Mais au fond d’une armoire, jetée là presque sans soin et sansrespect, se trouvait la magnifique étoffe dont nous donnons ledessin.
Ce tissu, soie violette et or, que la tradition donne comme vê-tement sacerdotal à saint Yves, recteur de cette petite paroissevers la fin du treizième siècle, est certainement d’une fabricationantérieure à cette date. Nous n’avons pas la prétention de le fairevenir de Bagdad ou d’Alexandrie , ni même de Grenade ou d’Al-meria, quoique sa physionomie orientale puisse, à la rigueur,confirmer cette prétention, mais les griffons dont il est orné at-testent toujours une époque très-reculée. Constantin Porphyro-génète , Anastase nous donnent comme sujets ordinaires des des-sins d’étoffes de leur temps les aigles, les lions, les paons et lesgriffons.
Les auteurs des Mélanges d'archéologie regardent la figure dugriffon sur les étoffes comme assignant une date très-ancienne autissu. Le dessin assez barbare de ces deux animaux fantastiquesen dit du reste assez sur ce sujet.
La chasuble se trouvait, il y a quelques années, à peu près in-tacte, et, n’était l’incurie de ceux qui sont chargés de la conserver,elle le serait encore aujourd’hui.
Quant à l’authenticité de la tradition qui donne ce vêtementcomme ayant été porté par saint Yves, elle se base sur les inven-taires successifs faits de ce que l’on appelle le trésor de l’églisede Louannec. Ces inventaires, que l’on peut suivre presque jus-qu’à une date contemporaine du saint, indiquent toujours cettechasuble comme ayant servi « au bienheureux Ives Helory deKerrnartin, prestre official de Tréguer et recteur des paroissesde Tretrez et de Lohanech. »
Nous ne revenons pas sur ce que nous avons dit dans une li-vraison précédente de ce saint avocat (rara avis). Une étoffe por-tée par un tel homme avait droit à tous les respects. Mgr l’évê-que de Saint-Brieuc a cru devoir l’enlever au vandalisme igno-rant de ses subordonnés, et transporter du pauvre trésor deLouannec, la chasuble, à la riche collection de l’évêché.
La naïveté du desservant qui laissa détruire, il y a quel-ques années, le. presbytère et la tourelle du saint avec sa petitechambre modeste, sa petite fenêtre aux vitraux coloriés, d’où lavue s’étendait au loin sur la mer, aurait laissé disparaître] peuà peu la chasuble. Nous sommes forcé de savoir gré à Mgr deSaint-Brieuc d’avoir conservé ce débris, qui figurait si glorieu-sement, au musée rétrospectif de l’Exposition universelle , dansles galeries de l’histoire du travail.
H. dd C.