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n’a été réellement remise en lumière que de nos jours, ont essayéde faire revivre cet art sublime ; les autres, émus de la naïveté, dusentiment, de la hardiesse et de la variété inépuisable des arts dumoyen âge se sont voués à l’étude de cette grande époque, et ontcru y trouver les éléments d’une Renaissance artistique. Grâceà cette analyse complète du passé, nous sommes arrivés à laconnaissance approfondie de tous les styles, nous avons pu enétudier les nuances les plus délicates, dégager les principes d’es-thétique qui leur sont communs, épurer notre goût au contact deschefs-d’œuvre des différentes périodes de l’histoire, nous fami-liariser avec leurs procédés, les remettre en pratique, et déve-lopper ainsi cette habileté que nous constations tout à l’heure.
Notre tâche n’est pourtant qu’à moitié remplie et nous devonsnous préoccuper aujourd’hui de tirer parti de toutes ces étudesqui nous ont demandé plus d’un demi-siècle, en provoquant partous les moyens en notre pouvoir une révolution artistique, quisoit l’expression des sentiments, des besoins et des idées de notretemps.
La civilisation moderne a rompu complètement avec les ancien-nes traditions; elle tend à s’asseoir sur des principes tout différentsde ceux qui faisaient la base des civilisations antérieures. Dispo-sant des puissants moyens dont la science l’a pourvue, elle brisera,dans un temp3 donné, tous les liens qui la rattachent au passé, etouvrira une ère nouvelle qui comptera comme une des plusgrandes étapes de la marche de l’humanité. Voilà ce qui nousdonne confiance dans le développement de l’art moderne, et cequi nous fait croire qn’il se replie en ce moment sur lui-mêmepour accomplir prochainement une évolution brillante, dont notrepays sera encore une fois le plus ardent promoteur. Il est donc dudevoir de tous ceux qui, comme nous, sont convaincus du grandmouvement que doit enfanter le dix-neuvième siècle, de contri-buer à répandre les connaissances acquises, et de lutter contre lespréjugés et les théories routinières qui entravent la ges’tationartistique de notre époque. Car cet immense progrès ne s’accom-plira, soyons-en persuadés, que du jour où l’art, entrant résolu-ment dans la voie nouvelle, reconnaîtra franchement les tendancesmodernes et en acceptera toutes les conséquences, le jour enfinoù, renonçant à n’étre que le passe-temps de quelques amateurs,et à servir exclusivement le luxe des classes élevées, il consen-tira à employer les moyens nouveaux dont dispose l’industriepour populariser le goût du beau, et ne dédaignera plus de prêterson concours aux plus modestes industries. Alors, le goût publicabandonnant un luxe misérable qui ne renferme qu’imitations etmensonges, l’art redeviendra, comme à toutes les grandes épo-ques, un besoin générai auquel nos fabricants ne sauront plus sesoustraire.
Si nous tenons à hâter le moment où l’art reprendra la placequ'il doit occuper dans la nouvelle organisation sociale, tous nosefforts doivent avoir pour but de répandre, le plus largement pos-sible, l’instruction parmi les classes laborieuses. L’enseignementdu dessin est plus qu’insuffisant ; les écoles populaires sont la plu-part, sauf de rares exceptions, dirigées par des peintres médiocres,manquant eux-mômes de connaissances spéciales, qui se bornentà faire copier éternellement les mômes modèles à leurs élèves.Aussi est-ce bien plutôt par l’émulation de l’atelier et leur éton-nant instinct que se forment nos ouvriers, que par l’enseignementpresque nul que nous mettons à leur disposition. Les Anglais etles Allemands nous ont devancés depuis longtemps sous ce rap-port ; ils mettent tout en œuvre depuis quelques années pour
développer chez eux le sentiment artistique : cours publics, écoles,publications spéciales, etc., etc., et s’ils ne nous font pas uneconcurrence plus dangereuse, nous le devons bien plus à nosfacultés exceptionnelles qu’au soin que nous prenons de lesfaire valoir. Il y a là, cependant, pour nous un intérêt de l’ordrele plus élevé ; car les arts français comptent pour beaucoup dansl’influence que nous exerçons non seulement sur l’Europe , maisjusque sur les contrées les plus reculées.
Ce n’est point du gouvernement que nous entendons récla-mer l’initiative de cette importante réforme. C’est aux artis-tes, aux industriels, à tous ceux qui vivent de notre industrieartistique qu’il convient de s’unir dans une pensée communede progrès, et de créer un enseignement populaire, répondant auxexigences de notre temps et digne des grands artistes dont s’ho-nore l’école française du dix-neuvième siècle. Combien depeintres, de sculpteurs, d’architectes trouveraient dans cetéchange mutuel l’occasion do mettre à profit de longues études etdes connaissances laborieusement acquises, dont ils ne trouventpoint l’emploi dans la sphère bornée où la spécialité les retientenchaînés. Beaucoup d’entre eux comprendraient bientôt qu iln’est point de petit ni de grand art, et qu’un meuble bien composé,une décoration bien entendue, une ornementation bien étudiéevalent beaucoup plus, au point de vue artistique, qu’un mauvaismonument, un tableau sans originalité, ou une statue médiocre.Les ouvriers, dirigés par de véritables artistes, s’intéressant àl'œuvre à laquelle ils seraient appelés à coopérer, se piqueraientd’honneur, et il sortirait de cette louable rivalité une rénovationartistique qui doterait inévitablement notre siècle d’un style com-plètement original.
N’est-ce là qu’un rêve irréalisable, et nous faisons-nous illusionsur l’avenir réservé à l’art moderne ? Nous ne le pensons pas.Ces idées semblent depuis quelques années préoccuper de plusen plus l’esprit public ; de toutes parts, dans tous les grands cen-tres les cours s’organisent, les conférences scientifiques et litté -raires se multiplient, tous les gens intelligents réclament à grandscris l’extension de l’instruction populaire, comme la plus sûregarantie de l’avenir, et, sans nul doute, l’art y trouvera bientôtson compte. De pareils progrès ne s’accomplissent pas en un jour,et ce qui nous confirme dans l’espoir de voir se réaliser cettegrande réforme artistique, ce sont les progrès déjà accomplisdepuis le commencement du siècle, et principalement dans le lapsde temps compris entre la première Exposition universelle de Lon-dres et celle de 1867. Ces grands concourspermettent, en effet, d’ap-précier l’espace parcouru par chaque nation dans toutes les partiesde l’industrie et des arts, et nous comptons bien sincèrement quela prochaine Exposition de Paris nous permettra de saluer l’au-rore de cette Renaissance artistique moderne, que nous considé-rerons comme une des plus grandes conquêtes du dix-neuvièmesiècle.
A. DkLaRocque,architecte.
FIN.
TVp. Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du Four-St-Germain ; 43.