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SECONDE PARTIE. SECTION IV. CHAPITRE I.
centrale des Alleghanys, et de l’autre côté de la crête se présentent, à une faible distance,le New-River et le Greenbrier, affluents déjà considérables d’une rivière fort impor-tante , le Kanawha, qui débouche dans l’Ohio au centre de sa vallée. Entre le Jaek-son’s River d’un côté, le Greenbrier ou le New-River de l’autre, la crête des Alleghanysn’est pas plus élevée qu’entre la Juniata et le Coneinaugh ; elle l’est moins qu’entre lePotomac et la Monongahela . Enfin, l’espace à franchir dans cette direction, depuis lepoint extrême où arrivent les bâtiments de mer, pour atteindre l’Ohio, ou au moins leKanawha, au point où il est praticable pour des bateaux à vapeur, n’est pas plus étenduque celui qui sépare Philadelphie ou Washington de Pittsburg . La vallée du James-River était donc dans des conditions topographiques très-favorables pour recevoir unegrande ligne de jonction entre l’Est et l’Ouest.
La capitale de la Virginie , Richmond , dont les accroissements sont rapides, estsituée sur le James-River, à côté de sa cataracte. La marée et la navigation maritimeremontent jusque-là. De Richmond à Old Point Comfort, où la baie du James-Riverse lie à la Chesapeake , il y a, par le James-River, 179 kilom. Cependant, les forts na-vires s’arrêtent habituellement à City Point, où est l’embouchure de l’Appomattox, c’est-à-dire à 64 kilom. de Richmond , ou à Bermuda Hundred qui est à 3 ou 4 kilom. plusen amont. Les trois-mâts de taille moyenne peuvent cependant parvenir jusqu’àWarwick, qui n’est qu’à 9 1/2 kilom. de Richmond. Il ne va à Rocketts, port de Rich-mond , éloigné de la ville de 2,500 m , que des goélettes et d’autres petits bâtiments de75 à 130 tonneaux.
Examinons comment l’État de Virginie a mis à profit les avantages topographiques ethydrographiques dont l’avait ainsi doté la nature.
Les Virginiens n’avaient pas attendu que les citoyens de New-York leur donnassentl’exemple pour entreprendre sur leur territoire de longues lignes de navigation.A l’occasion du canal de la Chesapeake à l’Ohio, on a vu que , dès le temps de la domi-nation anglaise, M. John Ballendine, du comté de Fairfax en Virginie , proposait decanaliser le Potomac et le James-River, depuis le point où les vaisseaux pouvaientparvenir jusqu’au pied des montagnes, et qu’il avait exécuté lui-même quelques ou-vrages sur l’un et l’autre fleuve. Immédiatement après la guerre de l’Indépendance,une Compagnie , formée sous les auspices du grand Washington , s’occupait de la navi-gation du Potomac , et précisément au même moment, en 1784, une autre Compagnieétait autorisée à perfectionner le James-River, et se mettait immédiatement à l’œuvre.De tous les fleuves qui débouchent dans l’Atlantique, c’est celui qui offrait, sur le pluslong espace , des facilités naturelles pour la navigation. Il n’y avait qu’un petit nombrede rochers à faire sauter, et que de courtes dérivations à ouvrir pour que des ba-teaux, très-faiblement chargés il est vrai, pussent en toute saison le descendre, depuisPattonsburg jusqu’à la ligne des Cataractes , c’est-à-dire jusqu’à Richmond . La distanceest d’environ 322 kilom. par les détours du fleuve. Les travaux de la Compagnie de-vaient être d’ailleurs sur une échelle fort modeste. Sa charte l’obligeait à assurer unchenal, de 0 m ,30 de profondeur seulement, sur les hauts-fonds et dans les rapides. Elledevait aussi construire une suite d’écluses qui permît aux bateaux de franchir la