155
CONTINUATION DU CHEMIN DE FER DE CHARLESTON A L’OIIIO.
étranger: New-York pour le littoral de l’Atlantique , et la Nouvelle-Orléans pour lagrande Vallée Intérieure de l’Amérique du Nord.
Cependant cet esprit centralisateur du commerce n’est pas absolu. Chacun desgrands ports de commerce extérieur que possède un pays a son domaine limité parsa situation géographique, parla perfection des moyens de transport à l’intérieur,par la spécialité des produits et aussi, jusqu’à un certain point, par certaines apti-tudes naturelles des populations. Ainsi, en France , il est impossible de concevoirla suppression d’une des trois métropoles d’exportation et d’importation que noussignalions tout à l’heure. Bien plus, il serait convenable que Nantes et Dunkerque s’élevassent à une grande existence commerciale. La prospérité simultanée de troiscentres tels que Marseille , Bordeaux et le Havre, et même de cinq, en comptant Nantes et Dunkerque , est au nombre des conditions de l’équilibre industriel du pays en géné-ral, et de son bon ordre matériel. L’intérêt bien entendu de ces diverses cités le com-
mande , quoiqu’au premier abord on puisse supposer que l’anéantissement du com-merce bordelais , par exemple, profiterait à Marseille et au Havre. De même et à plusforte raison, aux États-Unis , du moment où cette riche culture du coton, dont les pro-duits sont à la fois si volumineux et si précieux , a acquis dans les États du Sud , undéveloppement dont rien ne semble devoir arrêter l’essor, et s’est mise à peser du plusgrand poids dans la balance de la richesse nationale et du négoce extérieur; du mo-ment où les progrès de la population, de plus en plus adonnée aux consommations deluxe, appellent par masses toujours croissantes les productions de l’industrie étran-gère, il est inévitable qu’il se forme sur les bords de l’Atlantique , au milieu du littoralde la région cotonnière, un centre d’exportation et d’importation, une métropolecommerciale ayant en elle-même ses raisons d’être personnelles, comme New-York et la Nouvelle-Orléans .
Il serait avantageux à toutes les parties du Sud, même à celles qui sont loinde la mer, qu’il existât dans le Sud, sur le littoral de l’Atlantique, un grandport, une métropole commerciale d’importation et d’exportation. Les ports remplis-sent, en tout pays, le rôle essentiel de foyers qui vivifient le pays dans un certain rayonautour d’eux. Dans les ports s’amassent, plus qu’ailleurs, de puissantes fortunes ; les ca-pitaux s’y agglomèrent ; or, pour les capitaux comme pour les hommes, l’union fait laforce. Le négoce, qui use du crédit et qui en sent le prix, connaît aussi tout ce quel’on gagne à y faire participer les producteurs autour de soi. En activant les affaires
dans les ports, on rend donc service à l’intérieur; on facilite au pays tout entier lesmoyens de se procurer ce qui est le nerf de l’industrie, tout aussi bien que de la guerre,ainsi que le disait un militaire expérimenté du moyen âge, c’est-à-dire de l’argent ; cequi est l’instrument le plus infaillible pour créer, à l’aide du travail, la richesse auprofit de quelques-uns, l’aisance et le bien-être au profit de tous, c’est-à-dire encoreune fois, de l’argent.
D’ailleurs, pour que ce centre puisse se constituer dans le Sud , il est évident qu’ilfaut établir un réseau de communications au moyen duquel les districts cotonniers, pré-sents ou à venir, puissent y déverser leur récolte, et en retirer les objets manufacturésde 1 Europe et du Nord de 1 Union. II est naturel que, quant à présent du moins, ce réseau