6o HISTOIRE DU VICOMTE
An. i 640. front 3 q ue l es ennemis ne purent distinguer si elle étoit sou-tenue. Trompés par cette disposition,ils perdirent courage,& prirent la fuite â droite & à gauche, les uns vers le Pontde Sture,&les autres vers Fraxinet,où ils avoient ausiì unpont fur le Pô. Le Vicomte les poursuivit jusqu’à la nuit,leur prit douze pièces de canon, six mortiers, vingt-quatreDrapeaux, toutes leurs munitions Lc la plus grande partiede leurs bagages : trois mille hommes resterent fur le champde bataille ; dijt-huit cens surent faits prisonniers , il s’en
noya un grand nombre dans le Pô, & la nuit feule sauva lereste. Jamais victoire ne fut si complette pour les François,ni si imprévue du côté des ennemis : le Marquis de Lega-* nés navoit pûse persuader que le Comte d’Harcourt eûtosé avec une poignée de monde attaquer une armée austìconsidérable & austì bien retranchée que la sienne.
Turin aflïé- Casai fut ainsi délivré, & le Comte d’Harcourt croyant
’ e ' devoir profiter de l’ardeur des troupes Françoises encoura-
gées par ce succès, assembla un Conseil de guerre, pour yrésoudre quelque nouvelle entreprise. Le Vicomte de Tu-renne proposa le siège de Turin ; mais les autres OfficiersGénéraux s'y opposèrent : ils soutenoient qu'on ne pouvoitsans témérité assiéger avec dix mille hommes,une ville où il yavoir une garnison de douze mille,& qui pouvoit être secou-rue par Léganès qui avoir encore une armée de quinze millecombattans aguerris. Le Vicomte qui ne parloir qu’aprèsavoir profondément médité, persista dans son avis avec fer-meté , représentant que les affaires du Roi seroient absolu-