DE TU RE N NE, LIVRE III. __
Turenne 6c de la Ferté songèrent en même tems à se sorti- An. 1652fier dans leur poste , 6c joignirent par des lignes les six re-doutes que le Duc de Lorraine avoit élevées près de Limeitrois mois auparavant, & qui étoient encore entières. L’ar-mée Royale placée entre Limei 6c la riviere d’Yeres quiservoit désossé à son Camp, s’appuyoit d'un côté à la Seine,
6c del’autre étoit couverte d'un bois. Les Ennemis, voyantles huit mille hommes qui la composoient ainfi retranchés,n’oserent avec vingt mille rien entreprendre, 6c persistèrentdans la résolution de l’affamer , en la bloquant de toutes
parts. Pour la serrer encore de plus près, ils décampèrentaprès avoir laiífë garnison dans Abíon : le Duc de Lorraineavec ses troupes alla passer plus haut la riviere d’Yeres , Lcvint se poster entre Brie-Comte-Robert 6c le Camp desGénéraux, pendant que le Prince de Condé avança versLimei. L’un 6c l’autre retranchés 6c campés à la portée ducanon de l’armée Royale, la tenant investie 6c comme as-siégée dans l’angle des deux rivières, mandèrent à Parisqu’ils l’avoient enfin réduite ou à combattre ou à périr defaim. Comme on croyoit fur ce discours fa désastre inévi-table,tout le monde blamoit ouvertement la conduite du Vi-comte : quelques uns même l’accuserent d'être d’intelligenceavec les Ennemis ( 1 ). Jamais la Cour ne s’étoit vûë si em-barassee : le Cardinal Mazarin étoit sorti de France ; le Ducde Bouillon venoit de mourir ; le Parlement avoit déclaréle Duc d’Orleans Lieutenant Général du Royaume, Sc le
( 1 ) Mém. MSS. de Raguenet,
N n ij