588 HISTOIRE DU VICOMTEreísement méritoit d’autant plus de ioiianges, que l’aviditcétoit déja le vice dominant de son siécle, il laissa en mou-rant beaucoup moins de bien qu il n'en avoìt reçu de faMaison ; quoiqu’il eût commandé les armées du Roi pen-dant plus de trente ans fous une Régente libérale , & fousîe plus magnifique de tous les Monarques ; & qu’il eût vécudans un siécle fécond en grandes fortunes. Quelques-unsde fes amis s’entretenant avec lui de ces fortunes rapides &cimmenses, lui faifoient à cette occasion des railleries obli-geantes & flatteuses : ( i ) » Je n’ai jamais pû comprendre ,*> leur dit-il, le plaisir qu on peut trouver a garder des cof-» fres remplis d’or ôc d’argent ; s’il me restoit à la fin dé» Tannée des sommes considérables , j’en aurois mal au» cœur, comme si au sortir de table Ton me fervoit un», grand repas. Auflì Ton ne trouva a fa mort que cinq censécus dans fa cassette. Non content d’être libéral, il étoit in-génieux à trouver les moyens d’épargner la honte de rece-voir , Lc a cacher fa générosité fous differens prétextes ;craignant ou qu’on ne divulguât fes bienfaits , ou que Ta-mour propre ne dérobât quelque chose â fa vertu.
L’amour du bien public régloit uniquement fes désirs Lcfes mouvemens quoique son ambition parût dès fes pre-mières années , la prudence d’abord , ensuite la pieté figu-rent toûjours la modérer : jamais Tanïour de fa propre gloi-re , ni le succès assuré d’une entreprise éclatante ne Tont sé-duit , lorfqu'un projet pacifique pouvoit être plus utile â la(i) Mémoires de Langlade,