DE TURENNE, LIVRE VI. ;5>z
par des réflexions continuelles , il les découvroit avec plusde netteté, Le les embraíToit dans toute leur étendue. Ilvoyoit clairement le but auquel il falloit tendre > il y alloitpar les voyes les plus simples ; & fans être trop fécond enexpédiens, il ne manquoit jamais de choisir le meilleur.Dans les affaires pressantes il fe déterminoit fans balancer ;& lorfqu’il n’étoit pas obligé d’agir, il délibérois long-tems.Il ne íaifoit & ne difoit rien d’inutile ; mais il n oublioitrien de nécessaire ; tous fes ordres étoient clairs & précis ,parcequ’il concevoir nettement, & n’étoit jamais troublédans les périls.
Nous avons vu dans le cours de cette Histoire que par íesréflexions profondes il avoit acquis des connoissances si éten-dues dans l'art de la guerre, qu’il en avoit calculé jufqu’auxhazards, & les avoit réduit en réglés, ilfçavoit remédier auxinconveniens, profiter des avantages , Raccommoder auxtems, aux lieux Le aux circonstances, trouver des ressourcesquand on croyoittout perdu , laisser mûrir une entrepriseavec patience , souffrir la critiques le blâme plutôt qued’é-venter son secret, aller au-devant des ennemis, prévenirleurs desseins, deviner ce qu’ils íeroient par ce qu’ils dé-voient faire , & selon le caractère de ceux qu'il avoit â com-battre, prévoir leur différente manœuvre. Cest ainsi qu’ilfe rendoit maître des évenemens, & qu’il fembìoit les assu-jettir â íes projets. Peu de Généraux ont possecte auffi parfai-tement que lui toutes les différentes parties de la guerre. Ona vu l’art &l’ordre de fes retraites, le secret 6c la diligence