DE M. D E S P R E A U X. vif
put soutenir long-temps les leçons d’une scholastique épineuse ôc subtile;il s imagina que pour le suivre plus adroitement, la Chicane n’avoitfaitque changer d’habit, & devenu maître absolu de son sort par la mort deson pere, il se livra tout entier à son génie poétique.
C’est dans le sein de cette nouvelle liberté quil composa la plupartde ses Satires. II se contentoit au commencement de les lire à ses amisparticuliers, ôc quelqu’applaudiísement qu il en reçût, on nepouvoit lo-bliger à les rendre publiques ; il souffrit même affez long-temps avecune patience, qui a quelque chose d’héroique dans un Auteur, les mau-vaises copies que l’on en répandoit dans le monde : mais fa constancel’abandonna à la vue dune édition pleine de fautes, & où, pour surcroîtde chagrin, on avoir encore mis sous son nom une ou deux pièces sup- préface Je le-posées. Des enfans si défigurez réveillèrent la tendresse de leur pere, ôc didondei666.l’obligèrent à faire de bonne grâce ce que l’on faisoit déja malgré lui.
Ses Satires furent donc imprimées de son aveu , .d’abord séparément,ôc ensuite dans un recueil qui en comprenoit huit.
Jamais livre n excita un plus grand tumulte fur le Parnasse : la nationdes Poètes, qui prend feu aisément, ôc qui n entend pas raillerie fur sesouvrages, fondit de toutes parts fur le nouvel Auteur , avec des criti-ques ôc des libelles fans nombre. M. Despréaux se défendit tranquille-ment par l’exemple deLucilius, par celui d’Horace, de Perse, de Ju-vénal , de Virgile même, le sage, le discret Virgile ; ôc pour rassurer enquelque sorte ceux qui ne le blânioient que parce qu’ils croyoient en gé-néral que toute Satire est blâmable, il composa la neuvième ,' où sousfingénieuse apparence d’une réprimande sévére à son Esprit , il prouvede cent manières, que fans blesser l’Etat ni fa conscience , on peut trou-ver de méchans vers méchans , & s’ennuyer de plein droit a la lecturede certains livres.
Après cela il n’opposa plus à ses adversaires qu une vanité d’un genrefort singulier. II s’avisa de se faire une espèce de trophée des écrits quel’on publioit contre lui, de les ramasser avec plus de soin que d’autresne recueillent les louanges qu’on leur donne , ôc de les envoyer a sesamis, qui à la fín fatiguez du nombre ôc de l’extravagance de la plupartde ces ouvrages, l’accufoient presque d’en avoir lui-même fait une par-tie pour rendre l’autre plus méprisable, à l’exemple de quelques-uns deces Ecrivains qui croyoient avoir trouvé le secret de décrier entièrement ^ Abbe Cotin.les Satires de M. Despréaux, en lui en attribuant de fort mauvaises quiétoient de leur façon.
La réputation naissante de M. Despréaux ne sut pas la seule chose quile dédommagea de la haine de quelques Auteurs : ces Satires mêmes,source de tant de plaintes , lui firent des amis, ôc des amis illustres, entrelesquels il eut le bonheur de compter M. le Premier Président deLamoi-