DE M. DESPRE AUX. «
extrêmement brouillé le Chantre & le Trésorier d’une des premièresEglises de Paris , 6c commençoit à devenir entr’eux la matière d’un pro-cès fort sérieux, quand M. de Lamoignon trouva un sage tempéramentpour les accorder. Ce Magistrat faisant un jour le récit de l’affaire dansune compagnie où étoit M. Despréaux, lui dit que les P vêtes se vantoientsouvent de pouvoir faire un grand ôt bel Ouvrage sur la pointe d’uneaiguille, ou sur le pied dune mouche ; qu un Lutrin étoit un sujet bienplus magnifique , ÔC que jamais les Muses n auroient une si belle occa-sion de montrer leur adresse. M. Despréaux sur qui tous les yeuxétoientouverts, crut que pour l’honneur de la Poésie, ilfaUoit soutenir la thèse,6c de parole en parole le défi se forma. Cependant il comptoit en êtrequitte pour un simple plan qui feroit assez juger du succès avec lequella matière pouvoir être traitée, il y ajouta même un début de trente àquarante vers , comme un gage plus certain de l’exéeution' ; mais il luieût été plus facile de manquer absolument de parole, que de ne la tenirqu à moitié. M. de Lamoignon fut frappé de ce qu il ne faiíbit qu entre-voir ; ôc pour convaincre tout le monde, il feignit de n être pas con-vaincu ; de forte que c’est à son ingénieuse obstination que le Public estredevable des six Chants qui composent le Poème intitulé le Lutrin. Oríne s’étonnera pas si nous ne disons rien de plus de cet ouvrage , ôc sinous passons de même fort légèrement fur tous ceux de M. Despréaux;nous ne serions engagez à en parler aujourd’hui que pour les faire cou-rt vitre , ôc il n y a rien de plus connu»
Celui qui l’est peut-être le moins, parce que ía matière n ert est paségalement à la portée de tout le monde, c’est fa Traduction du Sublimede Longin ; mais le nombre des lecteurs se trouve merveilleusement ré-paré par la qualité des suffrages, car les plus habiles critiques font con-venus que cette Traduction doit être regardée comme un parfait modèle;ôc qu en conservant à l’ancien Rhéteur toute la simplicité de son styledidactique, il a si heureusement fait valoir les grandes figures dont iltraite, qu il semble avoir moins songé à les traduire , qu’à donner auxécrivains de fa nation un Traité du Sublime qui pût leur être utile. Et lemoyen d’en douter , quand on voit qu il s’est fait depuis un plaisir dejoindre à ses remarques fur Longin celles de M. Dacier ôc deM.Boivin,quoiqu il y en ait plusieurs , fur tout dans celles de M. Dacier , qui fontformellement opposées aux lìennnes.
Le nom de M. Despréaux ne tarda pas à être porté à la Cour : lesPrinces ôcles Seigneurs les plus qualifiez s’empressérent à lui donner desmarques de leur estime, ôc il fut enfin connu du Roi même. M. Défipréaux eut l’honneur de lui réciter quelques Chants du Lutrin , ôc d’au-tr es pièces qui n’avoient pas encore paru; ôc on lui a souvent oui direque Sa Majesté lui ayoit alors fait répéter plusieurs fois ces vers de f?première Epître.- Tome 4 * b