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crut m’avoir tant d’obligation , qu il s’en vint m’apporter la rétributionde Corneille ; il voulut me compter trois cens Louis. Je lui dis: Mon-sieur, étes-vous assez neuf dans le monde pour ignorer que je n’ai jamaisrien pris de mes Ouvrages ? Comment donc voulez-vous que je tire tri-but de ceux d’autrui ? Là-dessus il m’offrit |>our moi & pour toute mapostérité une Loge annuelle ôc perpétuelle a l’Opera ; mais tout ce qu’ilput obtenir de moi, c est que je verrois son Opéra pour mon argent.
5 La Piéce de Bellerophon fut jouée quinze mois durant. M. de Seignelaiqui naimoit point Quinault, ayant sou que j’avois quelque part à la con-duite de la Piéce, voulut m’entreprendre fur un endroit où il prétendoitque la vraisemblance étoit choquée. Nous avions dîné chez lui avecMM. les Ducs de Chevreufe ôc de Beauvilliers. Après m’avoir harcelépar plusieurs raisons qui n’étoient pas trébuchantes , croyant m’avoirmis au piéd du mur , il me dit avec un sourire amer ôc dédaigneux :Répondez , répondez à cela. Comme je vis que la chose étoit pousséeavec une hauteur qui ne me convenoit pas, j’eus le courage de lui dire:Monsieur, j’ai toujours fait ma principale étude de la Poétique ; tout lemonde convient même que j’en ai écrit avec assez de succès ; si vousvoulez que je vous réponde, il faut que vous consentiez que je vousinstruise au moins trois jours de fuite. Après cela je lui décochai six pré-ceptes des plus importans d’Aristote. II fe sentit battu. Toute la compa-gnie rioit dans l ame , ôc M. Racine en sortant me dit : O le bravehomme que vous étés ! Achille en personne n’auroit pas mieux combattuque vous.
5 Le vieux Duc de la Feuillade ayant rencontré M. Despréaux dans laGalerie de Versailles,lui récita unSonnet de Charleval adressé à uneDame,le Sonnet finissoit par ces vers :
Ne regardez point mon visage,
Regardez seulement à ma tendre amitié,
M. Despréaux lui dit qu’il n’y avoit rien d’extraordinaire dans ce Sonnet;que bailleurs il ne donnoit pas une idée riante de son Auteur , ôc quemême à la rigueur la dernière pensée pourroit passer pour un jeu demots. Là-dessus le Maréchal ayant apperçû Madame la Dauphine quipassoit par la Galerie, s’élança vers la Princesse, à laquelle il lut le Sonnetdans l’espace de temps quelle mit à traverser la Galerie. V oilà unbeau Son-net, M. le Maréchal, répondit Madame la Dauphine, qui nel’avoit peut-être pas écouté. Le Maréchal accourut fur le champ pour rapporter à M.Despréaux le jugement de la Princesse, en lui disant d’un air moqueur,qu’ilétoit bien délicat de ne pas approuver un Sonnet que le Roi avoit trouvébon , ôc dont la Princesse avoit confirmé l’approbation par son suffrage.Je ne doute point, répliqua M. Despréaux, que le Roi ne soit nès-expert