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ôc même défigurée par Diogéne Laërce ; que c’étoit un Historien tropsec, ôc qui dégoutoit les Lecteurs. J’aurois, disoit-il, donné un modèlede la plus parfaite gueuserie , & beaucoup plus plaisante ôc plus origi-nale que celle de Lazarille de L ormes , & de Gusman d’Alfarache. Ja-mais homme n’a eu tant d’esprit que ce Cynique ; il venoit après Socratequi avoir emporté le prix de la Philosophie; c’étoit un homme qui faisoitpar sagesse ce que fit depuis Diogéne par vanité. Ce copiste ingénieux,fous son extravagance apparente, entreprit de se faire une réputation plusgrande que celle de Socrate. Le premier avoir une maison , ôc l’autredit: Un méchant tonneau me servira de maison. Socrate avoit une femme,ôc même deux, qui pis est; & moi je sais un bon secret pour m’en pas-ser. II se rouloit dans la Canicule fur le fable le plus brûlant, & pendantl’hiver il se couchoit sur la neige, ôc s’en faisoit une espèce de couver-ture. En un mot, c’étoit un Socrate outré: auífi Platon disoit de lui:Quand je vois Diogéne, il me semble voir Socrate devenu fou. J’aurois,disoit-il, suivi toutes les actions de ce Philosophe, ôc tellement varié savie , qu elle auroit été du goût des Lecteurs. Je n’aurois pas oublié queson pere fit banqueroute , ôc que lui - même fit de la fausse monnoye :c’est, continuoit-il, ce que n’auroit e.u garde de dire M. D acier ; il veutque tous les gens qu’il traduit, soient des Saints. N’ayez pas peur qu’ilnous ait parlé des vers amoureux de Platon , ni en quel honneur il lesfaisoit. C’est un homme qui nous fait des Saints de tout ce qui passe parfa plume; elle a le don de canoniser les gens, Saint Platon, Saint Anto-nin, Saint Hier o dès ; je m’étonne qu’il n’ait pas fait une Vestale de Fauf-tîne, femme de Marc Antonin, qui étoit la première débauchée deson temps. II n’a pas tenu à Madame- Dacier que Sapho n’ait été cano-nisée comme les autres. Quand on lui reproche quelle avoit des incli-nations très-libertines, ôc quelle ne se renfermoit pas dans les passionsordinaires à son sexe, Madame Dacier croit la bien défendre en disant quec’est qu’elle a eu des ennemis : que ne nous disoit-elle que ses amies luiont fait plus de tort que ses plus grands ennemis ? Pour moi, disoit-il,je crois plus les Historiens fur les vices des hommes que fur leurs vertus ;ôc quand on écrit la vie des gens , il ne faut point les ménager fur cequ’ils ont de criminel ; cela gagne créance pour le bien qu’on diradeux. J admire M. Colbert, qui ne pouvoir souffrir Suétone, parce queSuétone avoit révélé la turpitude des Empereurs ; c’est par là qu’il doitêtre recommandable aux gens qui aiment fa vérité, Voulez-vous qu’onvous fasse des portraits de fantaisie, comme en ont. tant fait la Scudériôc son frere f Au reste, disoit-il, dans la vie des hommes célébrés, il íàutrelever jùfqu’à leurs minuties, còmmeafaitPlutarque; il n’y a rien qui in-téresse tant le Lecteur, & cela vaut mieux que toutes ces réflexions vagues; que font tous nos Historiens, Ç’estparles faits que les hommes font loua.?