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5 Je vantois à M. Despréaux la Piéce de Britannicus , en présence dáfils de M. Racine. M. Despréaux disoit que son ami n’avoit jamais fait devers plus sententieux ; mais il n’étoit pas content du dénoûment. II di-soit qu’il étoit trop puéril ; que Junie, voyant son amant mort , se faittout-d’un-coup Religieuse, comme file Couvent des Vestales , étoit unCouvent d’Ursulines , au lieu qu’il falloit des formalités infinies pour re-cevoir une V estale. II disoit encore que Britannicus est trop petit devantNéron. Mais il m’apprit une circonstance assez particulière sur cette Pié-ce, qui n eut pas d’abord un succès proportionné à son mérite. Le rôlede Néron y étoit joué par Floridor ,1e meilleur Comédien de son siécle;mais comme c’étoit un Acteur aimé du Public, tout le monde souffroitde lui voir représenter Néron, ôc detre obligé de lui vouloir du maî.Cela fut cause que l’on donna le rôle à un Acteur moins chéri, ôc laPiéce s’en trouva mieux.
5 M. Despréaux regardoit le dénoûment de Bajazet comme un desmeilleurs de Racine , ôc le caractère du Vizir Acomat comme un desplus beaux qu’il ait mis fur la scène : mais il trouvoit les vers de Bajazettrop négligés.
§ M. Racine, quelques années avant de mourir, avoitune forte d’in-dífférence pour ses Ouvrages. II ne voulut jamais corriger les épreuvesd’une nouvelle édition, ni changer des endroits qui méritoient d etre ré-formés. M. Despréaux prit ce soin pour la gloire de son ami. Il nous di-soit que M. Racine étoit venu à la vertu par la religion , son tempéra-ment le portant à être railleur, inquiet, jaloux ôc voluptueux.
5 M.Despréaux entroit dans une espèce d’entousiasme lorsqu il parloirde Louis XIV. C’est un Prince, disoit-il, qui ne parle jamais fans avoirpensé. II construit admirablement tout ce qu’il dit; ses moindres repartiessentent le Souverain; ôc quand il est dans son domestique, il semble rece-voir la loi plûtôt que la donner.
5 La Comédie de YAndrienne y attribuée à Baron, ayant été fort esti-mée, quoique peu courue, M. Despréaux disoit qu’il trouvoit Baron bienhardi de s’être exposé à montrer de la raison aux hommes , en leur tra-duisant T érence.
5 Sur f objection que je lui faisois que M. Vaugelas montroit assez peud’estime pour les genres Satirique ôc Comique de son temps, quoiqued’ailleurs Régnier y eûtdéja assez bien réussi ; il me répondoit que c’étoitla faute de Régnier, qui s’étoit souffert de trop grandes licences, ÔC unstyle quelquefois trop bas ôc trop outré de plaisanterie , comme ce vers ,par exemple, pour exprimer un Bossu :
Alpes en jurant lui grimpaient au collet.
Au