lív B O L A E A N A.
5 A Messine, où commandoit ce Maréchal, un Officier vint le réveil-ler , pour lui dire quelque chose ; à commença son compliment par:Monseigneur, je vous demande pardon , si je vous viens réveiller. Etmoi, je vous demande pardon si je me rendors , repartit le Maréchal,en se retournant du côté de la ruelle.
5 Ce qui attachoit encore le plus M. Despréaux au Maréchal, c’estqu aux endroits qui le frappoient dans les Satires, lui ôc Mesdames sesSoeurs jettoient de grosses larmes, pour marquer s excès de leur joie.M. Deípréaux n’aimoit point à lire à des Bustes ; il étoit attentif aux yeuxde ses auditeurs, où il croyoit découvrir ce que l’on pensoit de ses Ouvra-ges. Un jour à Baville, M. le Premier Président le pria de lire la Satireà son Esprit à un grand Seigneur très-caustique : ce Seigneur après lavoirécoutée fans donner aucun signe de vie, lui dit pour tout remerciment,& encore très-séchement : Voilà de beaux vers. C’est de ce Misantropedont M. Despréaux a dit dans fa Satire à M. de Valincourt :
Le ris fur son visage ejl en mauvaise humeur.
5 M. Despréaux n étoit pas insensible aux louanges ; mais il ne vouloirêtre loué que par occasion. Quand on chargeoit trop l’encensoir, il avoircoutume de dire: Vous ne me rendrez pas impertinent. Son autre re-frein étoit celui-ci : J’aime qu’on me lise, & non pas qu’on me loue. IIavoit la conversation tramante, & savoir eue de même dès fa premièrejeunesse. II gagnoit à être vû & pratiqué ; son entretien étoit doux , &n avoit ni ongles ni griffes, comme il le disoit lui-même. II n’étoit pointavare de louanges avec ceux qui les méritoient ; mais les esprits faux, ôcles ignorans présomptueux n’avoient pas beau jeu avec lui : ç’a toujoursété l’équité qui a dicté les jugemens qu’il a portés ; & son véritable ca-ractère est exprimé dans ces deux vers de f Art Poétique :
L’ardeur de se montrer, & non -pas de médire,
Arma la vérité du vers de la Satire.
Parmi les personnes en qui il reconnoissoit un esprit supérieur, il ci-toit M. le Prince de Conti mort en 170 p. M. le Marquis de Termes ,feu M. Bossuet Evêque de Meaux, le P. Bourdaloue, f Abbé de Châ-teauneuf, & M. Daguesseau, alors Procureur Général, aujourd’hui Chan-cellier.
5 Malgré le penchant que M. Despréaux avoit pour la Satire, il n’ajamais manqué à louer tout ce qui étoit vraiment louable. Lorsqu’on luifaisoit quelque lecture où il rencontroit des traits, la satisfaction qu’il enxessentoit ; éçlatoit dans ses yeux ôc dans ses discours y mais aussi n’étoit-