72 TRAITE’ DU SUBLIME.
est la marque de la passion, qui n est en effet elle-mesmequ un trouble & une esmotion de l’ame ; il poursuitIbîiI « dans la mesme diversité de Figures. Tantoft il le frappecomme ennemi , tant ofl pour luy f aire insulte , tantojlavec les poings , tantoft au visage . Par cette violencede paroles ainsi entassées les unes fur les autres, l'Ora-teurne touche Sc ne remue pas moins puissamment sesJuges, que s’ils le voyoient frapper en leur prefence.II revient à la charge , Sc poursuit, comme une tem-ibu, peste: Ces affronts esmeuvent , ces affronts transpor-tent un homme de cœur , & qui neft point accouftuméaux injures . Onnesçauroit exprimer par des parolesTénormité d’une telle aïïion . Par ce changement con-tinuel, il conserve par tout le caractère de ces Figuresturbulentes : tellement que dans son ordre il y a undésordre; Sc au contraire, dans son désordre il y a unordre merveilleux. Pour preuve de ce que je dis, met-tez , par plaisir, les conjonctions à ce passage , commefont les disciples d’Isocrate: Et certainement ilnesautpas oublier que celuy qui en outrage un autre > faitbeaucoup de choses , premierement parlegefte , ensuitepar le s yeux , & enfin par la voix mesme , Car
en égalant Sc applanissant ainsi toutes choses par lemoyen des liaisons, vous verrez que d’un Pathétiquefort Sc violent vous tomberez dans une petite affeteriede langage, qui n’aura ni pointe ni aiguillon ; Sc quetoute la force de voslre discours s’esteindra aussi-tost
d’elle-