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Tome II. [E - O.]
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en diverses branches , en fait deux principales qui font navi-gables , & qui sc jettent dans la mer» Tune à Damiette, &l’autre à Rosette ou Roussel. Ces deux branches qui se divi-sent à quatre milles au dessous du grand Caire, font une Iíleen forme de triangle, qui porte communément le nom deDelta, à cause que íà figure est conforme avec cette lettreGrecque. Le plus grand côté de ce triangle est au rivage de laMediterranée qui baigne l’Egypte f espace de cent soixantemilles, & c’est là fa plus grande largeur, car le Nil n’ayantplus qu’un canal du grand Caire, en tirant vers fa source , ceRoyaume qui le fuit des deux cotez, parce qu’il en tire toutesa ïicheíse , reste auílì plus reílèrré en cette partie là. Quoy-que les deux bras qui serment Fille deDelta,ne soient éloignezl’un de l’autre que de fix-vingt milles dans leur embouchure ,F Egypte s’étend encore un peu au-delà de ces deux branches,ce qui fait les cent soixante milles qu’elle a de largeur. Ainsi leDelta, qui est ce qu’on appelle la Baise Egypte, n’a pas tout-à-fiit les trois cens milles que les Géographes lui donnent decircuit, parce que chacun des canaux r?en a que soixante & dixde long.

A l'égard de la haute Egypte qui est la Thebaide, appelléeSahid parles Africains, elle s’étend depuis le grand Caire,en tirant vers le Midi, jufqu’à la ville de Syenne ou d'Azné,ce qui fait environ quatre cens vingt milles de longueur. Elleest toujours traverfee par le Nil, qui la rend abondante enfroment & en toutes sortes de legumes. II y a même grandequantité de fruits, mais on n’y voit point de vignes, si cen’est quelque treilles dans les jardins des principaux du pays.La'baslè Egypte est encore plus fertile que la Thebaide, parceque le Nil l’inonde des deux cotez, & que le Soleil y est unpeu moins brûlant. Ce pays produit tant de ris, de froment& de legumes, que les anciens l’appelloient le Grenier dumonde, mais il ne porte ni seigle ni avoine, & il n’y a aucuneprairie excepté des fains-foins. II est rempli d’oliviers, & ils’y trouve une quantité prodigieuse de lin , & de toutes leselpeces de volaille. Ce grand òc riche Royaume a quantité deplaines,& fort peu de montagnes qui sont du côté de fonMidi.Il est traverse preíque en son milieu par le Tropique du Can-cer, &l’aìr en est chaud & alsez nuisible , comme Test ordi-nairement celui des pays qui ne sont pas relevez. Il y pleuttres-rarement, & ce manque de pluye est la source de beau-coup de maladies. Ainsi il feroit impoííible que la terre y pro-duisît rien, s’il n’avoic plu à Dieu d’y pourvoir par les Inon-dations du Nil, qui commence à croître vers le mois de Juin,ce qui dure juíqu’à la fin d’Aout, mais ce fleuve n’employeguere plus de quinze jours à sc retirer. Pendant son déborde-ment les Villes éloignées de scs rivages, gardent de son eaudans des canaux & dans des citernes. Hors de l’inondation ,ceux qui ont des jardins proche du fleuve y puisent de l’eaupar le moyen des roues qu’ils ont exprès pour les arroser, &•ceux qui en sont trop éloignez creusent des puits dans terre,& à quelques brasses ils trouvent de l’eau du Nil qu’ils fonttirer par des bœufs, ou avec des bustes.

Les Egyptiens ont été fort ingénieux, & ont .excellé ensubtilité d’esprit par deflùs tous leurs voisins. C’est à eux quenous devons la plupart des sciences ,& fur tout F Astrologie,mais auílì ils ont surpasse tous les autres peuples en supersti-tions , ayant cu assez d’aveuglement pour faire des Dieux , desanimaux les plus vils, & des plantes mêmes. On peut dired’un autre côté que FEgypte a porté des légions entieres devaillans hommes, & de généreuses Vierges, qui ont prodiguéleur sang pour défendre FEvangile. Elle a produit les Atna-nascs & les Cyrilles, & ses Déserts ont été remplis d’une quan-tité presque innombrable de saints Anachorètes, qui du fondde leur solitude ont fût briller l'éclat de leur Sainteté par toutle monde.Ce Royaume a encore excellé en richesses & en ma-gnifiques ouvrages. Memphis& Alexandrie ont été des Villesfort superbes, & l’on tient que celle de Thebes qui a donnéson nom à la Thebaide, avoit juíques à cent portes.

La côte d’Egypte est dangereuse pour les gros vaisseaux, &les vents y sont à craindre en de certaines faisons. Comme lamer a sort peu de fond proche de terre, les bâtimens ne sçau-roient en approcher, & on a besoin de bateaux plats quandon y veut débarquer des troupes. Ceux qui font surpris de lanuit, ou de quelques brouillards à cette côte, connqissent enjettant la sonde à quelle distance ils sont de la terre, parcequ’autant de brasses d’eau que l’on trouve, ce sont autant demilles que l’on est au large. L’Egypte a été gouvernée au com-mencement par des Rois, quel Ecriture rend assez conhussousle nom de Pharaon, qu’ils ont tous porté, jufqu’à ce que le jdernier d’entr ’eux nommé Pfammetite, fut dépouillé de ses I

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Etats par Cambifes Fils de Cyrus, qui unit ce Royaume àcelui des Perses. Apres la mort d’Alexandre qui s’en renditmaître, il tomba en partage à un de ses Capitaines nomméPtolemée. Ses successeurs qui ont affecté de garder ce nom, enont joiíy avec grand éclat, & enfin Auguste, aprés la défaited’Antoine & de Cleopatre, l’incorporaaux Provinces Romai-nes. Dans la division qui se fit de ce grand Empire entre lesenfans de Constantin , FEgypte demeura du coté de celuid’Orient, & fur son déclin les Sarafms en ayant chastes lesGouverneurs Grecs & le Patriarche y établirent la Monar-chie des Mammelus. Elle dura jufqu’à Fan 1317. que SelimI. la détruisit, & fit pendre leur dernier Sultan à la porte dugrand Caire.C’est de cette sorte que FEgypte est venue au pou-voir des Empereurs Otomans > qui la font gouverner par unBacha, mais il y reste encore quelques Sangiacsou Seigneursqui en sont originaires, & qui se maintiennent avec alsez dcprudence pour ne faire point ombrage aux Turcs. La capitalede FEgypte est aujourd'hui le grand Caire. Ses autres Villesles plus renommées sont Alexandrie, Rosette & Damiette,Ce pays étoit autrefois embelli d’un grand nombre de Colos-ses , d’Obelifques & de Statues, & ce qui le rend encore fortrecommandable, ce sont scs Fameuses Pyramides, l’une dessept Merveilles du monde. Les Turcs les appellent PharaonDuglarj , Scies Arabes Dgebel Pharaon , c’est-à-dire, Montagnesde Pharaon. 11 y en a trois principales, qu’on voit toutes troisdu Caire, dont elles font éloignées de trois milles. De cestrois pyramides l’une est fermée Sc petite à 1 égard des deuxautres, qui sont grandes. Celle qui Femporte en grandeur deces deux dernieres, est ouverte, & non seulement on y monte,mais on entre auílì dedans. On dit qu’autrefois auprès de Fen-trée , il y avoit une groíse pierre taillee expres pour bouchercette ouverture, quand le corps qu on devoit mettre dans lap\ ramide y auroit été apporté, & que cette pierre auroit bou-ché cette entrée fi juste, qu’il n’auroit pas été possible de la rè-connoître, mais qu’un Bacha la fit enlever, afin que la pyramidedemeurât toujours ouverte. L’autre pyramide est fermée,& parconséquent on n’y sçauroit entrer ni monter. Couverture decelle pour laquelle on avoit préparé la pierre qui a été enlevée,est un trou presque quarré d’un peu plus de trois pieds de haut.II est releve du reste du terrain,& l’on y monte fur des fables quele vent jette contre , en sorte qu’il est quelquefois tout-â-faitbouché, & qu’il faut le faire ouvrir par les Maures qui con-duisent les curieux. Avant que d’entrer chacun se pourvoisd’une lumière,& l’on tire quelques coups d’armesà feu pourfaire fuir les animaux nuisibles qui pourroient s’y rencontrer.On pastê la premiere entrée en se courbant, & on trouve com»me une allée qui va en descendant environ quatre-vingt pas.Elle est voûtée en dos d’âne,& apparamment toute entiere dansl’épaisseur du mur, puisqu’on n y voit rien que de solide detous cotez. Cette allée est alsez élevée & aflez large pour ypouvoir marcher, mais son pavé baille plus droit qu’un glacis,fans avoir aucun degré , & la pierre n’a que quelques legerespiqueures de pas en pas pour retenir les talons de sorte qu’onferoit en grand risque de tomber, fi on ne sc tenoit avec lesmains aux deux cotez du mur. Les pierres font si bien liéesensemble , qu'à peine en peut-on appercevoir les jointures.Au bout de cette allée on trouve un paflàge, qui n’a de lar-geur que ce qu’il en faut pour le corps d’un homme. Au sor-tir de ce misérable trou, on est obligé de se traîner huit oudix pas fur le ventre , & à main droite on voit une voûtequi semble descendre à côté de la pyramide, & au devant desoy on rencontre un grand vuide avec un puits fur la gauched’une tres-grande profondeur, ce que l’on connaît en y jettantquelques pierres. De là on grimpe fur un rocher qui a vingt-cinq ou trente pieds de hauteur, & au dessus duquel il y aun espace long de dix ou douze pas. Aprés qu’on Fa traver-sé on monte par une ouverture qui n’a pas plus de largeurque Je passage où l’on est contraint de se tramer, mais qui estassez élevé pour y marcher fans que l’on sc baisse. II n’y apoint de degrez 'non plus qu’au reste, mais feulement quesoques trous des deux cotez de distance en distance, où il fautmettre les pieds en les écartant un peu. L’on s’appuye con-tre les murs qui font de pierres de taille fort polies, & join-»tes avec autant .d’adrelse que celles qu’on trouve en entrant.On croit qu’il y avoit des Idoles autrefois, parce qu’on yvoit des niches vuides de trois en trois pieds , qui en oncun de large & deux de haut. Ce paflàge a quatre-vingt p as dehauteur, & c’est avec peine qu’on y monte. Au dessus decela on marche un peu d espace de plein pied, & on rencon-tre ensuite une chambre longue de douze pas, large de six,& haute d’environ vingt pieds, Au lieu de voûte, elle a ua

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