Band 
Tome II. [E - O.]
Seite
36
JPEG-Download
 

z6 E M P

ses efforts pour remedier à ce scandale, & demanda mêmequ’on assemblât unConcile, mais dans le temps qu’il employoitson autorité afin d’en venir à bout, une fièvre maligne l’empor-ta en peudejours j l’an 1410.

Sigísmond, fils puîné de l’Empereur Charles IV. & frere deVenceílas, fut mis fur le Trône après la mort de Robert. Ilavoir épousé Marie > fille de Louis Roy de Hongrie. heritierede cette Couronne. Ce Prince ne fut pas plutôt en possessionde l’Empire, qu’il entreprit de pacifier l’Eglisc qui étoit entrouble par la concurrence de Jean XXIII. de Grégoire XII.& de Benoît XIII. dont le premier tenoit son Siégé à Boulo-gne, le second à Rimini, & le troisième dans Avignon. Cegrand diffèrent ne pouvant finir que par la convocation d’unConcile , il agit avec tant d’ardeur & de conduite , qu’il l’as-sembla à Constance, & il y fut résolu qu’on depofsederoit cestrois'Papes, pour en nommer un nouveau dont sélection seroittenue canonique & légitimé. Ce choix tomba sur le CardinalColonne, qu’on appella Martin V. Les troubles excitez dans laBohême par le supplice des Hérésiarques J ean Hus & Jerômede Prague, quiavoient été brûlez par les ordres du Concile deConstance, y ayant fait venir Sigísmond pour les appaîscr, yfut défait en deux batailles qu’il donna contre ceux qui s’étoientarmez pour venger leur mort, & qui maflàcroicnt tous les Prê-tres , & tous les Moines qui tomboient entre leurs mains. Lemauvais succès de ses armes le porta à faire assembler à Baie unnouveau Concile , afin d’intereíìèr les Princes Chrétiens dansla querelle de l’Eglise, & ne voulant pas demeurer inutile pen-dant ce temps , il entra en Italie avec une Cavalerie nom-breuse. U reçut la Couronne de fer à Milan, & prit celle d’orà Rome des mains d’Eugene IV. qui avoit succédé à Martin V.La guerre contre les Hulíites, que les Gentilshommes de Bohê-me avoient entreprise, ayant été terminée par leur entiere dé-faite, Sigismond n’eut pas de peine à obtenir une Couronnequi avoit appartenu à son pere & à son frere. 11 l’alla recevoirà Prague âgé alors de 72. ans , & mourut l’année suivante,aprés une Régné de 2.6. à 17. ans.

Albert II. Duc d’Autriche , fut déclaré Empereur aprésSigismond dont il avoit épousé la fille. Sitôt qu’il eut étécouronné à Aix, il partit avec une superbe suite pour alleríè faire reconnoître Roy de Hongrie. Les Hongrois firentd’abord difficulté de lui accorder ce titre, à cause que leurRoyaume étant voisin de celui des Turcs, ils avoient besoind’un Roy qui étant toujours présent, fut prompt à les secou-rir s’ils en étoient attaquez. II leur fit connoître qu’étant Em-pereur & Roy de Bohême, il seroit beaucoup plus en pouvoirde les défendre, quand il joindroit toutes íès forces aux leurs.Comme ils n’eurent rien à répliquer, ils le couronnèrent, &lui promirent une fidélité inébranlable. Aprés leur avoir don-né diverses marques de fa bienveillance , il se préparoit à lesquitter, lorsqu’il vit arriver Eleazar Despote de Servie pourlui demander du secours contre Amurat Empereur des Turcsqui tenoit deux fils qu’il avoit étroitement assiégez dansSpe-rendovie. Il partit pour cette guerre , & s’étant avancé jusqu aBude, il y fut attaqué d’un flux de sang pour avoir mangédu melon avec excez. II voulut se faire porter à Vienne, &mourut avant que d’y arriver. Son Régné ne fut que de 18. ouzo. mois.

Frédéric III. dit le Pacifique,fils d’Ernest Duc d’Autriche,s’étoit acquis tant d’eslime par ses belles qualitez que les Ele-cteurs demeurèrent tous d’accord de le donner pour Maître àl’Empire, aprés la mort d’Albert II. dont il étoit frere selonles uns, & cousin germain selon les autres. La querelle quisurvint en Alemagne entre le Marquis de Brandebourg, & leComte de Virtemberg, y causa de si grands troubles, qu ony donna neuf batailles en deux ans, & la prudence de Frédéricvint enfin à bout de les aílôupir. L’Eglise étoit aussi dans unschisme dangereux par la concurrence d’Amedée Duc de Sa-voie , que le Concile de Basic avoit élû Pape sous le nom deFélix V. & de Nicolas successeur d’Eugene. Frédéric maniaj’eíprit de Félix avec tant d’adreíïe , qu’il l’obligea de renon-cer au Pontificat. Se voyant tranquille, il songea à se marier,& fit demander Eleonor de Portugal, qui lui fut amenée enItalie. Leur premiere entrevue se fit à Sienne, d’où il la con-duisit à Rome. Ils y furent tous deux couronnez par le PapeNicolas V. avec de tres-grandes magnificences. Ce fut dansce voyage que Frédéric donna les Duchez deModéne & deReggio au Duc de Ferrare. & qu’ayant accordé de grandsprivilèges aux principales villes d’Italie, il s’y fit beaucoupd’amis & de créatures. Loríqu’il fut de retour en Alemagne,il s’éleva quelque diffèrent entre lui & deux freres qu’il avoitpour le partage de leur patrimoine d’Autriche, &il letermi-

E M P

na en leur cédant tout ce qu íl y pouvoit prétendre, ce quîlui fit acquérir le surnom de Pacifique. Il ne laiíïà pas d’avoirmalgré lui deux guerres à soutenir dans Ies dernieres années-,L’une fut contre Louis XI. Roy de France, qui s’étoit saiside la Bourgogne au préjudice de Marie fille unique & heri-tiere de Charles, dit le Téméraire , que Maximilien son filsavoit épousée. Cette guerre finit par un accommodement quidonna la Franche-Comté au Prince ion fils, & le Duché deBourgogne au Roy de France. Le sujet de l’autre guerre futque Mathias Corvin Roy de Hongrie s’étoit emparé de quel-ques Places de l’Autriche, pendant que ses armes étoient oc-cupées contre Louis XI. Maximilien qu’il envoya contreMathias les recouvra toutes, & ensuite il le fit nommer Roydes Romains par les Electeurs. Cela fait, il ne songea plusqu’à vivre tranquille dans l’Alemagne , 011 il mourut l’an1493. aprés avoir'donné a l'Autriche le titre d’ArchiduchéiII etoit âgé de 78. ans, dont il en avoit passe plus de ;z. furle trône.

Maximilien couronné Roy des Romains huit ans avant lamort de l’Empereur Frédéric son pere , lui ayant succédé àl’Empire, jouit quelque tempS d’un aílèz grand calme ; maisles Suisses étant entrez dans l’Autriche, où ils commettoientde grandes hosiilitez , il les combattit avec tant de valeur 8 ède courage, que les ayant défaits en huit batailles . il les ré-duisit! lui demander la paix. Ce Prince eut ensuite une ré-volte dangereuse à étouffer. Les paysans d’Alemagne s’étantsoulevez, prirent les armes au nombre de plus de quarantamille avec une fureur incroyable, ensorte qu’il s eurent Pin-solence de donner bataille à l’Empereur. Ils furent défaits 4& on en fit un si grand carnage, que ceux qui ne tombèrentpoint entre les mains des vainqueurs , isolèrent plus se mon-trer. Maximilien avoit eu un fils appellé Philippe de sonmariage avec Marie de Bouigogne, & il lui avoit fait épou-ser Jeanne fille de Ferdinand Roy d’Aragon , & d’isabelldReine de Castille. La mort de ce Prince, à qui celle de fiimere avoit mis la Couronne d’Espagne sur la tête, causa unedouleur tres-sensible à l’Empereur. Comme il étoit cassé devieillesse, il appréhenda que Charles son petit fils, & fils dePhilippe qu’il faisoit: élever en Flandre pour lui conserver cegrand Etat dont il étoit légitimé successeur, ne fut attaquépar Louis XII. Roy de France 3 & afin de l’obliger d’en êtrele protecteur, il lui envoya des Ambassadeurs > pour le sup-plier de vouloir bien se charger de la tutelle de ce jeunePrince, à quoy Louis consentit. Maximilien mourut à Lintzle ir. de Janvier rZtp.

Charles V. dit communément Charles-Quint, fils aîné dePhilippe Archiduc d’Autriche, étoit Roy d’Éspagne , & âgéde 19. ans quand Íl fut mis en la place de son grand pereMaximilien en 15I9. Comme François I. avoit été son Con-current à l’Empire , & qu’il avoit traversé son Election detout son pouvoir , ces deux Princes parurent toujours ja-loux de la gloire 1 un de l’autre, & se firent la guerre en plu*sieurs occasions, Lt fur diffèrens prétextes. Charles voulantaffaiblir son ennemi par la perte d’un grand Capitaine, en-voya offrir au Connétable de Bourbon lc Commandementgénéral de ses armées, avec promesse d’ériger en Royaumeles deux Bourgognes, la Provence & le Dauphiné , pour luien donner la Couronne. Ce Connétable s’en étant laissééblouir, passa en Espagne auprès de l’Empereur , qui íè liguaavec le Pape & les Florentins, pour ôter le Milanez à Fran-çois I. Us y réussirent, & la perte de cette Province fut sui-vie de la bataille de Pavie, dans laquelle il commandoit enpersonne. Son courage y parut avec éclat 3 mais ayant été en-veloppé , tant de monde fondit fur lui, qu’il fut contraint deceder. Dans le temps qu’il regardoit tout à l’entour entre lesmains de qui il se remettroit, le Connétable s’étant avancé,François qui le reconnut détourna les yeux, & quelques Sol-dats lui ayant montré le Vice-Roy de Naples nommé de 'Launoy, il lui voulut donner son épée comme se rendant sonprisonnier. Ce Gênerai la lui laissa, & mit un genou il enterre pour lui baiser la main, aprés quoy il lui aida à monterà cheval, parce que le Roy étoit blesse à la jambe, au brasgauche, &au visage. On le mena à Madrid, où aprés avoirdemeuré deux ans, il fut mis en liberté , en s’obligeant depayer 2. millions d’or pour fa rançon,& d’envoyer les Princesses fils en otage pour l’assùrance de cette somme. ClémentVII. qui occupoit alors le saint Siège , s’appercevant queCharles agisloit d’une maniéré plus impérieuse depuis ladisgrâce des François devant Pavie, le soupçonna d aspirer àla Monarchie de l’Europe ; & pour affoiblir une puissancequ’il voyoit à craindre , il pratiqua une Ligue contre lui,