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Doffrïns ou Doffra-field séparent de la Sucde à TOrient,en Latin N orvegia & Norvegu regnum. II confine avec le Scho-nen du côté du Midi, & l’Ocean l’arrase au Couchant. CeRoyaume est entre le cinquante huit & le soixante & dou-zième degré de latitude , & l'on y jouit d’un air aflèz tempé-ré dans la partie Méridionale, mais le grand froid rend laSeptentrionale inhabitable. Comme le pays ne produit pres-que rien de tout ce qui est nécessaire pour la vie, on y vi vroitdans une grande disette, si le Danemarck ne suppleoit à cettestérilité. II y a des mines d’argent, de cuivre & de fer , &on tire de ses forêts une trcs-grande quantité de planches,de mâts, de goudron & de poix. La mer y abonde en pois-sons, &le Roy de Danemarck prend la dîme de la pêche,qui fait le principal revenu du Royaume. Les Norvégiensfont robustes, courageux, & endurcis au travail, & patientpour de bons hommes de mer. Ils ont un Viceroy qui lesgouverne & dont le pouvoir est presque absolu. II y a diversTribunaux établis pour la Justice ; les appellations qui s’yfont rassortissent à celuy de Dronthen, qui est la capitale dela Norvege où les erreurs de Luther furent reçûës, quandle Roy de Danemarck bannit la Religion Catholique deses Etats. Ce Royaume divisé autrefois en cinq Gouverne-mens ne conliíte plus aujourd’huy qu’en quatre , qui fontAggerhus, Dronthen, Wardhus & Bergen, à cause queceluy de Bahus a été donné aux Suédois parle Traité deRoschild. On les appelle Gouvernemens Généraux, parcequ’ils en renferment chacun plusieurs autres. Les dépendan-ces de cette Couronne sont l'Istande , le Groënland , leSptitzberg & les Iíles de Schetland & de Fero.
La Norvege a pris son nom de fa situation vers le Pôle Arc-tique. Dans la langue du pays, Nord-Wegveut dire Cheminou voye du Nord. Les Anciens l'ont nommée Nerigon , &quelques Modernes pour la rendre plus célébré l’ont appelléeNormandie. Norus, Fils de Humble Roy de Suede y a régnéle premier. Avant qu’il eût soumis les Sitons qui habitèrentce pays originairement, ces Peuples vivoient dans un dérè-glement déplorable. Ce Prince leur fit une efpece de Reli-gion , & leur établit des Loix pour les retenir dans le devoir.Aprés fa mort la Norvege fut séparée en divers petits Royau-mes , ce qui fit naître de grands differens entre ceux qui ensurent maîtres. Les Norvégiens lassez des guerres civilesqui les accabloient commencèrent à courir les mers , &abandonnant leur pays ils ravagèrent les côtes de Frise, d’E-coílè & d’Angleterre ; aprés quoy ils traverserent la Francejusques en Gascogne sous la conduite d’un chef nommé Go-defroy. Ils se contentèrent alors de laisser fur les côtes desmarques de leur cruauté, mais y étant rentrez par l’embou-chure de la Loire aprés que Cnarlemagne fut mort, ils sac-cagèrent les villes de Nantes, de Tours & d’Angers , & s’a-vancerent de là dans la Gascogne, où leur entiere défaitepunit leur témérité. Ceux qui avoient passé en Italie bor-nèrent leur expédition à la surprise de quelques Places dansla Ligurie, & étant repassez en France, ils s’y joignirent sousle nom de Normands, qui veut dire Hommes du Nord, àune multitude de Barbares qui étoient sortis du Septentrion.Les cruautez qu’ils y exercèrent contraignirent le Roy Char-les le Simple à donner íà fille Gifelle en mariage à Raoulleur Chef avec la partie de la Neustrie qu'on appella depuisNormandie , à condition que luy & ses compagnons se feroientChrétiens. La postérité de Norus étant éteinte, Suidbager,Gendre de Gram Roy de Danemarck parvint à la Couron-ne , & gouverna les trois Royaumes du Nord. Harald, sur-nommé H arphager , y régna vers l’an 878. & aprés la mortd’Olaus III. qui fut le dernier de fa race, Aquin son succes-seur épousa vers la fin du quatorzième siécle Marguerite .Fille de Valdemar III. Roy de Danemarck. Comme ilsn’eurent point d’enfans, ils Iaifferentces deux Etats à EricDuc de Pomeranie, Fils d’Ingeburge, Sœur de Margue-rite de Danemarck, à condition que la Norvege seroit in-corporée au Danemarck à perpétuité. Depuis la réunion deces deux Royaumes, les Norvégiens ont fait diverses cons-pirations pour rétablir des Rois de leur Nation. La plusconsidérable a été celle d’HermoIaus Huldphat, qui ayantété découverte par le Roy Christian II. n’a servi qu’à jetterces peuples dans une plus rude servitude. * Audiffret, Geogr.tom. t.
L’air est fi froid en ce pays-là, & surprend tellement lesEtrangers que la plupart en meurent subitement, ce quiarrive même aux animaux. II y a quantité de Lacs qui sontgelez six mois de l’année, à la reserve dc celuy de Dron-thein qu’on ne voit jamais geler. Le Soleil ne disparaît pointT orne li,
dans quelques Provinces de ce Royaume pendant les moisde Juin , de Juillet & d’Août 5 mais aussi il y a une nuitperpétuelle en Decembre, Janvier & Fevrier. Pendant cestrois mois on tient les foires & les marchez au clair de laLune, ou à la faveur de la lumière que les habitans font aveccertain bois goudronné qui éclaire mieux que des flam-beaux. Ce pays abonde en bestiaux tant sauvages que privez ,principalement en bœufs Sc en petits chevaux qui sontd’unevitesse Sc d’une force peu proportionnée à leur taille. LaNorvege n’est peuplée que fur les côtes, & comme le dedansdu pays est presque desert, la plupart des terres demeurentincultes. Les Peuples ne s’occupent qu’à la chasse & à lapêche, & par le moyen de leurs fourrures, de leurs bois,& de leur poisson salé, ils tirent des étrangers de quoy four-nir à une vie fort misérable. Ils sont de petite taille , tres-robustes, & Pilotes fort expérimentez, ce qui fait que lesHollandois s’en fervent plus volontiers que des Danois Scdes Suédois, fur tout dans les Mers du Septentrion où lanavigation est beaucoup plus difficile que dans l’Ocean 8 cdans la Mediterranée, à cause de la quantité de rochers quisont fous l’eau , Sc qui causent la perte de plusieurs vaisseaux.Ils ont le visage large, plat,bazane, le nez fort camus, les yeuxsemblables à ceux d’un cochon, les paupières retirées versles oreilles, Sc sontd’une humeurtres groffiereSc habillezpresque tous de peaux de Rennes le poil en dehors , ce qui lesfait paraître encore plus sauvages. On assure qu’ils sont fortaddonnez aux sortilèges, Sc l’on prétend qu’ils vendent levent dont on a besoin pour suivre la route que l’on doittenir. On voit souvent deux vaisseaux, qui ayant chacunle vent en poupe ne laissent pas de tenir une route différente.Celuy avec qui un voyageur est convenu du prix de ce ventpasse fur son bord, Sc attachant au petit mât du navire à lahauteur d’un homme un linge de quatre doigts de large , ily fuit plusieurs nœuds en prononçant quelques paroles aprésquoy il retourne à terre. Lors qu’on veut partir on détachele premier nœud qui attire le vent en pouppe d’une maniérétres-agreable. A quelque distance de là on défait un autrenœud Sc le vent se renforce. On en use de même tant queles nœuds durent à mesure que le vent se relâche, & celafinit à certain éloignement de Fendrait d’où l’on est parti.Si l’on veut avoir la continuation de ce vent, ou un autreplus favorable, selon la diverse route qu’on a dessein detenir, on va sur les côtes voisines où l’on trouve d’autresgens qui vendent aulsi le vent. Quoyque cecy paroisse unefable , on assure qu’il n’y a rien de plus vrai. Cela est attestépar les Marchands ou Mariniers qui ont navigé fur les côtesde la Norvege Sc de la Laponie. Si le scrupule touchantla Religion les empêche d’acheter le vent de ces Magiciens ,ils disent qu’ils sont obligez de leur faire quelque présentde tabac , d’eau de vie , ou d’autres choses pareilles pourles empêcher d’enchanter leur vaisseau, & de retarder leurvoyage. II y en a qui ont demeuré quatre Sc cinq jours àla voile fans pouvoir avancer ni reculer pendant qu’ilsvoyoient voguer d’autres bâtimens. On s’adresse assez sou-vent à ces Nécromanciens pour guider les vaisseaux afinqu’ils n’approchent pas de Maeflroon 5 c’est un tournant d’eauoù les vaisseaux sont attirez de plus de trois lieues, Sc en-gloutis fans pouvoir être secourus. Les Norvégiens n’habitentà la campagne qu’en des cabanes pratiquées dans la terre &couvertes de feuillages 3 c de bois. Ces cabanes ne tirent dujour que par le haut, 3 c ils y couchent fur des peaux d’Ours »le mary. la femme , les enfans & les domestiques pêlemêle. Le lendemain on releve ces peaux qu’on met dans uncoin jusques à la nuit suivante. Ils ont presque tous de groschats noirs qu’ils consultent dans toutes leurs entreprisesSc qu’ils menent avec eux à la pêche & à la chasse. Plu-sieurs croyent que ce sont des Diables familiers, car cesPeuples Septentrionaux principalement les Laponois, lesZembliens, les Barendiens & les Samojedes sont presquetous Idolâtres adorant le Soleil Sc les autres Dieux de leursAncêtres. Dans les villes maritimes où le Roy de Dane-marck tient des Gouverneurs, il y en a peu qui ne soientChrétiens , & qui ne professent la Religion Luthérienne.Pour voyager dans ce pays on prend un petit traîneau oùil ne peut tenir qu’une personne. II est attelé d’un Renne.animal gros comme un Asnon & q U i ressemble à un cerf,fi ce n’est qu’il a le bois un peu plus haut. Aprés que lemaître luy a prononcé quelques paroles dans l’oreille , cetanimal qui n’a ny bride ny licoû pour le gouverner, prendle galop , Sc va droit au lieu qu’on luy a nommé où il s’ar-rête tout court, Si l’on est plusieurs de compagnie on prend
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