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Tome III. [P - Z.]
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convoquent le Peuple , parce qu’on n’a point l'ufage descloches en Perse non plus qu’en Turquie, ne manquentpoint de maudire ces trois prétendus Prophètes , & de lesenvoyer jusqu aux abîmes de l’Enfer. II n’y a dans leursTemples ni Autels ni ornemens. Ils s’y assemblent pourprier,pour entendrel’interpretatíon de rAlcoran,& pourcelebrer les mariages. Ces Temples Rappellent Mosquées.Ils n y font pas leurs Sacrifices. Us les font dans les Placespubliques, où tous les ans ils immolent un chameau afind honorer le Sacrifice d 5 Abraham ; parce qu’iis prétendentque ce fut un chameau & non un belier qu’il égorgea à laplace de son fils Ismaël, qu'il s prennent là pour Isaac. CeSacrifice se fait le dixième de la Lune Zilhadgea , Lt ils yobservent ces cérémonies. On choifit un chameau blancentre ceux qui ont fait le voyage de laMecque,parce qu ilscroyent que le chameau qui fut égorgé par cé Patriarche,& celuy que Mahomet montoit ordinairement, étoient decette couleur. Les Capitaines des Quartiers, chacun à iontour, menent par tolite la ville, & au son des instrumens,ce chameau couvert d’un drap de soye ; il est orné de guir-landes , Sc a des clochettes aux jambes, au col & aux oreil-les. On court aprés cet animal, & chacun luy arrachequelque poil ; les cris qu’il pousse , joints au bruit des ins-trumens de mufique Sc de ces clochettes, font un concertpitoyable.Cela se pratique pendant neusjours.Le dixièmeil est conduit à la porte de la principale Mosquée. Le Pon-tife 1 ayant béni, le livre au Lieutenant Criminel qui lemene hors de la ville. Alors le Roy le perce avec une lan-ce , & en son absence , cet honneur est déféré au Lieute-nant Criminel. Le premier coup étant donné, chacun leperce, & en un moment il est mis en pieces. On en choifitun morceau pour la table du Roy. Les Seigneurs ont auíîi

le leur. Celuy des Capitaines qui a emporté la plus grosseniprp. i~ aA: - o fi r - f v, •

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-.... Lies capitaines qui a emporté la plus grolte

piece, est déclaré le Vainqueur, & l’honneur de la victoireíè répand fur tout son Quartier. La cérémonie finie, leRoyfait un festin public.

L’usage de ces festins est bien ancien en Perse , puisquele Livre d'Esther fait mention de la somptuofité du ban-quet d'Assuerus. Ceux que l'on y fait présentement sontplutôt des festins d’audiences,quedes banquets de réjouis-sances, puisque le Roy y donne audience aux MinistresEtrangers, & qu il y traite d’affaires d’Etat. 11 y en ad ordinaires que Fou fait les jours des grandes Fêtes, &d'extraordinaires qui font comme une convocation desEtats pour quelques affaires pressantes. En quelque tempsqu’on les fasse,ils fout toujours tres-fuperbes. On y étaletout ce qu'il y a de plus précieux dans la Maison du Roy.Les tapis fur lesquels on s’astied font de grand prix , & lesnapes qu’on étend dessus font de brocard. On lèrt le Roydans un vase d’or pur de plus de trois pieds de diamètre.Le couvercle Sc le cadenas fous lequel est renfermée laportion de ce Prince, font de la même matière,'& on portece vase en cérémonie sur une espcce de civière toute ornéede lames d’or. 'L’Ecuyer tranchant ayant ouvert le Cade-nas, fe met à genoux aprés en avoir fait F épreuve , & sertles mets dans pluiìeurs plats d’or qu’il remplit avec unecuëiller & une longue fourchette d’or qu’il porte tou-jours a son core comme des marques de fa dignité. Le vinest servi au Roy dans des bouteilles scellées. Le Grand-Maître qui les ouvre devant luy en fait l’épreuve avec lesceremoniesqu observe l’Ecuyer tranchant qui luy sert sonplat. Aprés que l’on a servi le Roy , on apporte aux Con-viez, le ris, le hostilli & le rôti dans plus de cent cinquan-te plats d’or avec leurs couvercles qui pèsent deux foismutant. Chaque plat a un pied & demi de diamètre. Lesplats d’entremets font d'or. Le service des confitures &^fitereries en vaisselle d’argent & de porcelaine préce-1E repas. On les sert aux Conviez, pendant que

e Roy donne audience, & c’est dans ce même temps qu ilraitdf,r.«—

d’or devant chacun de ces animaux. Dans fune est sa nour-riture & dans l’autre fa boisson ; mais rien n’approche dela magnificence de dix-huit chevaux de main qu'on ex-pose devant cette salle. Les étriers font d’or, Sc chacun ala bride, le poitrail, le devant Sc le derrière de la selle d’orémaillé garni de pierres précieuses, ainsi que lahouíïe quiest fort ample. L’un a fou harnois enrichi de diamans ;l’autre d’cmeraudes, de rubis, de saphirs, de tres-groílesperles Sc de toutes sortes de joyaux, d’une grosseur surpre-nante Sc d’une grande beauté. Chaque cheval a auffi deuxcuvettes d’or, & quelquefois parmi ces chevaux on rangedes ânes sauvages. Le Roy est dans renfoncement de lasalle, a fils sur une estrade environnée d’un Corridor domII a les jambes pliées fur une espece de lit couvert d’unriche brocard, & s’appuye fur un carreau d’une étoffe pré- .cieufe. II n’y a que luy qui en ait, & qui soit aflîs les jam-bes pliées. Les autres Seigneurs font fur leurs talons,& c’estparmi eux la maniéré de s’asseoir la plus respectueuse. LesEnfans du Serra il font debout dans renfoncement de l’Al-cove. 11 y en a toujours deux autour du Roy pour rafraî-chir l’air avec de longs éventails faits de queues de paon.Ils ont tous quelque Office auprès du Prince. L’un luysert le gobelet, l’autre le tabac, le casé , & le báfiîn pourlaver aprés le repas. Les principaux Eunuques font deboutaux côtei? du Roy, &les Officiers d’armes forment uneligne oblique depuis le bas de l’estrade jufqu’aux deuxpremières colomnes de la salle. L’Etmadaulet ou GrandVifir, qui est le Chancelier du Royaume, le Chef- du Con-seil Sc le Surintendant des Finalités , est assis à la premierscolomne du côté gauche, qui est le côté d’honneur en Per-se. Le Généralissime des Troupes esta droite,8c aprés luyles Ministres d’Etat, les Valis , les Kans, les Ambassadeurs& les Hôtes du Roy, font assis en ligne parallèle juíqu’aubas de la salle. Les Muíìcíens font une autre ligne, Sc rem-plissent le côté de la salle qui est vis-à-visleTrone du Roy.Leur Musique Sc leur fimphonie continuent durant Fau-diencc qui précede le repas, & cela fe fait exprès, afin queles Conviez n’entendant pas ce qu’on dit auprès du Roy.Les quarante Maîtm d’Hótel d’honneur , appuyez furleurs bâtons en faiíant un cercle devant luy, empêchentauffi les Conviez de voir distinctement ce qui fe passe dansles audiences. Les habits de cérémonie des Seigneurs quiíè trouvent dans Ces Assemblées sont tres-magnifiques*

Leur coeffure leur donne un li grand air, que le Turban

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., uc L CIL dans ce même tc ®Ç e ^f_

*ait donner du vin aux Seigneurs. Les boiter e n j âes « dans lesquelles on le sert sont d or ^ Dassin mar-

breries. On les range fur les bordsd u ^ ^Ins de cei/ìstui est au milieu de la salle. Sc o P d’argent , q ul

quatre petits tonneaux d or & d s or _

E er «* chacun la charge d’un homme. On ^ P ^

lesbouteUles, ksffe >« H»

dc fleutsquì sont tous d’or, ce qui tait nt ité d e-

agreable. On met en parade devant g leS betes

lephans, de Uons,de tigres, de léopards* oux isrr ventrares de la Ménagerie. Les chaînes ^ R cuvettes auffi

^ Es attacher font d’or, Le 1 on pôle cieux

Leur coeirurc icm u-uua^. ^ _.

des Ottomans n’est rien en comparaison de celuy qu’ilsportent. On y voit deux aigrettes d’or qui s’éievcnt pardessus. Leurs vestes de dessous sont d’un brocard à fondd’or ou à fond d’argent aufii-bien que leurs écharpes.Leurs casaques sont garnies de peaux dc Zibelines, & lesdessus font d’un drap écarlate , chamarré de pafièmensd’or, ou bien ils sont des plus précieux brocards de Perse.Le Roy au milieu de tant de riches habíllemens affecte defe vêtir d’une maniéré fort iîmple. II n'y a que l’aigrettequ’il porte fur le côté gauche de son Turban qui le distin-gue parles pierres de grand prix dont elle est ornée. Si lesPersans imitent dans leurs festins la magnificence d’Aífiie--rus, ils n’imítentpas fa tempérance. On y force les Grandsà boire jusqu a un excès qui a quelquefois des suites désa-gréables; mais le Roy l’ordonne par politique , à cause debeaucoup de veritez que le vin tire de leur bouche. II lefait aussi pour fe divertir, & pour cela il les fait boiredans une espece dí gobelet à manche, fait en forme decuëiller à pot, qurçient au moins une pinte de Paris. Cegobelet est nommé Hdz,ar Pécha, c’est-à-çiire, Mille mé-tiers , parce qu’ils disent que ceux qui le vuident deux outrois sois, peuvent parler à Favanture de mille sortes deProfessions. Les Européens qui sont appeliez à ces festins*y trouvent dequoy satisfaire leur appétit, puisque tout cequ’on y sert est bien exquis & bien apprêté; mais ils fontsort embarassez quand il faut manger le ris à pleine mainSc déchirer le bouilli & le rôti avec les doigts ; car on neleur donne ni fourchettes ni couteaux, non pas'meme de sserviettes. On sert des cuëillers dc buis ; mais c’est seule-ment pour boire une certaine liqueur composée d’eaiírose , de vin cuit Sc de verjus qu’on boit en servant le ris.Ces cuëillers sont sort inutiles pour manger , parce qu el-les sont fort larges & fort creuses, de forte quon n’y fçau-roit prendre avec les lèvres * que la superficie de ce quin’est pas liquide, le reste demeurant au fond. Là modestiedes Officiers est merveilleuse pendant ces repas, on l’onobserve un profond silence ; mais ils u’ont pas bien long-