tJn pareil ouvrage manquant, laissoit un vuide trop sensible dans la bonne littérature*pour ne pas songer à le remplir. Nous pensâmes donc sérieusement à une nouvelle éditiondu Dictionnaire géographique, & dès 1750 nous fîmes nos dispositions pour cette grandeentreprise.
II ne s’agissoit plus alors d’une simple réimpression ; mais d’une refonte totale, d’un tra-vail aussi neuf que long ôc pénible. Il falloir profiter de tous les secours qui avoient matsoqué à la Martiniere , ôc ces secours étoient devenus immenses.
Le Roi avoir fait tirer au cordeau, d’une extrémité de la France à Vautre, une nouvelleméridienne. Cette ligne avoir été suivie de la mesure trigonométrie de tout le royaume»Une grande contrée de l’Italie ( l’Etat Ecclésiastique ") avoir été couverte de triangles. Onavoir des observations de toutes les parties de l’Europe , de la Finlande, de la Suéde, duDannemarck, de PAngleterre , de FAUemagne ; il en venoit encore tousses jours. Onavoir perfectionné les pendules, les quarts de cercle ôc les télescopes. La géométrie trans-cendante avoir reculé ses limites. L’astronomie pratique faiseur tous les jours de nouvellesacquisitions» D’habiles mathématiciens avoient été au Nord ôc à l’Equateur, pour déter-miner la parallaxe de la lune & la figure de la terre. Plusieurs voyages faits d’un hémisphèreà l’autre, nous avoient procuré la connoiffance des terres & des mers les plus reculées.
Une foule d’obscrvations célestes avoient établi la longitude ôc la latitude d’une infinitéde lieux différens dans toutes les parties du globe. L’émulation pour les découvertes & lesconnoissances géographiques étoit devenue générale. Pendant qu’on arpentoit la Scatjdi-navie, le Czar Pierre premier faiseur lever le plan de la Russie ôc de la mer Caspienne;l’Empereur faifoit mesurer la Bohême , ôc le Roi de Prusse la Silésie. Les querelles dessouverains, si contraires jusqu’alors aux progrès des sciences, contribuoient à ceux de lagéographie. Des pays qui nous étoient peu connus, devenus le théâtre des guerres, préfen-toient ae nouvelles fcenes, & des peuples nouveaux pour nous, dont les tableaux variésajoutoient encore à nos connoissances. L’histoire des lieux ôc des hommes recevant, par laperfection des cartes, l’exactitude & la clarté qui leur manquoient auparavant, on voit pa-roître de tous côtés de bons écrivains qui travaillent à illustrer leur nation , en éclairant lagéographie. Le général Thura , Jejson ôc Pontoppìdan , donnent les détails les plus curieux duDannemarck ôc de la Norwege. Henri Tuneld , ôc les mémoires de l’Académie d’Upfal,nous décrivent les productions de la Suéde ôc de la Laponie. En 174ç, un dénombrementpolitique de toute la Russie fixe nos idées fur ce vaste empire. Cet ouvrage est bientôt suivides savantes notices de W^ehyer , de Muller , de Gmelin ôtd’autres voyageurs. Déjà les désertsde la Prusse font couverts de villes ôc d’habitans, dont la géographie d’ Habelstra.ce le tableau.GabrielRzaczinski détaille les merveilles de la Pologne, tandis que Holowka ôc Krzijìano -’witz nous donnent le nombreux catalogue des villes, bourgs ôc villages de cette république.La Hongrie ôc la Transilvanie , contrées-peu fertiles en écrivains, produisent presque enmeme tems trois géographes, Bel , Szazski , Mikowini , qui en publient des descriptions.Hubner , dans fa géographie de 1 empire Germanique , en avoir le mieux détaillé toutes lespetites souverainetés qui sont si nombreuses; il est effacé par Busching , auteur d’une nou-velle géographie remplie de recherches ôc d’érudition.
Les Suisses, de leur côté, s’empressent de faire connoître leurs montagnes, leurs rochers,leurs vallons, leurs lacs. Le docteur Scheuchzer ôc M. de JF’atteville en décrivent les produ-ctions naturelles. Puis paroissent en 1758, le fameux Diflionnaire Helvétique } ôc une ampleédition des Tables politiques de la Suisse.
, En Espagne, Mendez Sylva est réformé par Fr., de Gasmay Salcedo la géographie du der-nier ( ElTheatro universal de Espana) est ensuite réformée elle-même par Joseph Perez Halìenteôcparle grand ouvrage d ’Antoine de Moya , intitul ê FA Rasgo Heroico. Quant au Portugal, lanouvelle description de Luis Gaetanode Lima ne laisse aucuns détails à désirer fur ce royaume.
Enfin , 1 Histoire ancienne , par une société de gens de lettres, traduite de t Anglais Ferreraspour 1 histoire d’Espagne ôc du Portugal; la nombreuse collection de Mmatori , intitulée,Scriptores rerum ltalicarum ,* l’histoire universelle d’Allemagne du P. Barre , ôc celle du droitpublic de ses différens états par M. Pfeffel ; l’ouvragede Martin Cromer , De origine dr rébusgefiis Polonorum; toutes ces sources , &bien d’autres encore, inconnues à la Martiniere,nous étoient ouvertes.
L’Asie, l'Afrique ôc l’Amérique mieux connues aussi depuis quarante ans par quantité dsrelations de voyageurs, de navigateurs, d’astronomes ôc de physiciens de tout pays, detout genre, qu’elles ne l’avoient été depuis plusieurs siécles, avoient presque totalementchangé de face dans nos cartes. Les bords de la mer Caspienne avoient été décrits parGarber ôc Hanway la Sibérie ôc la Tartarie, le pays des Scythes ôc des Huns , les contréesles plus reculées du Nord, parcourus par des vrais favans ou par des voyageurs modernes,plus intelligens que les anciens , avec plus de moyens d’être bien instruits, étoient beaucouptftieux débrouillés, par les descriptions de Strahlenberg , par celles des académiciens de Fe-, par l’Atlas Russe, par les recherches de M. de Guignes , ôc par les savantes notesìnlerees dans l’histoife généalogique desTatars, d’ Abttlgari-Kan-Bayadour ,ôcc. Une grande