2.^76 ANG
Les chevaux anglois font fins & pleins de feu , fur-toutceux qu’on appelle Guildins. Ils vont dune rapidité in-croyable , ce qu’on a connu par cette fameuse course qu unMilord fit fur la fin de 1754 , de Fontainebleau à Fansen une heure 47 minutes. On y trouve auisi beaucoupd’eaux minérales. En ain mot l’Angleterre est un des plusabondans & des plus riches pays de l’Europe. Un desplus grands avantages de ce Royaume, c’est qu il n’y a niours, ni sangliers , ni loups ; on y trouve peu de serpensou autres bêtes venimeuses. Les loups y étoient autrefoistrès-communs ; mais Edgar, un des rois saxons, changeaUn tribut annuel,que devoit lui payer le prince de Galles,en trois mille peaux de loup. Tous les Gallois se mirenten conséquence à faire la chaste aux loups, & en nétoye-fent si bien le pays, qu’on peut laisser les bestiaux jour5 c nuit dans les pâturages , fans craindre les loups.
Les Anglois iont braves, adroits, ingénieux Sc coura-geux. Leur cavalerie n’est pas fort estimée : mais leur in-fanterie est une des meilleures de l’Europe. La noblesseangloife est polie , mais le peuple est très-groffier.
Le gouvernement est monarchique, aristocratique Scdémocratique tout à la fois. Son aristocratie consiste dansi’autorité du parlement, fans le consentement duquel leroi ne peut faire aucunes loix ni aucunes impositions.Le Parlement est composé de deux chambres ; la pre-mière qu’on appelle la Chambre-Haute , ou la Chambredes Pairs parce que les princes du sang, les comtes,barons, archevêques & évêques y ont entçée. La secondese nomme la Chambre-Bajje ou des Communes , parcequ’elle est formée des députés des villes ou bourgs royaux.Comme l’autorité qu’ils ont dans le parlement , leurdonne part au gouvernement,on peut dire que la démo-cratie a lieu en Angleterre. Ces chambres délibèrent sé-parément , Sc lorsqu’elles font d’accord, la loix passe :mais il fiut que le roi y donne son consentement. Il peutconvoquer, casser, proroger le Parlement. Il a deux mil-lions sterlings de rente annuelle : il dispose de toutes lescharges ecclésiastiques & militaires , ce qui lui donnebeaucoup d’autorité dans le parlement, parce que cha-cun, aspirant aux charges, prend les intérêts durci.
La religion de l’état est la calviniste : elle est partagéeon deux branches, lepiscopale Sc la presbytérienne. Lapremiere est ainsi nommée , parce qu’elle a conservéles évêques qui la gouvernent, fous l’autorité du roi quien est le chèf. Elle est dominante, & s’appelle anglicane.La presbytérienne dépend des ministres Sc des anciens.Il y a en outre beaucoup de religions en Angleterre, Scl’on y toléré presque toutes les sectes. La feule églisecatholique n’y a pas le libre exercice de fa religion.
La langue angloife est un mélange de la bretonne (quine subsiste plus que dans la province de Bretagne enFrance, & dans la principauté de Galles, Sc que l’onprétend etre l’ancienne celtique) du saxon, du normand& du latin. Elle a été bien cultivée depuis quelque tems,fur-tout depuis que les Anglois se sont mis à composerdans leur langue des ouvrages où il entre beaucoup de ré-flexion Sc de lavoir. On reproche à cette nation une pré-vention injuste qui la rend aveugle fur les talens des au-tres peuples, & qui fait qu’elle n’approuve que son goûtparticulier. L’horlogerie, & plusieurs autres arts y ontété portés assez près de la perfection : peut-être les Fran-çois meritent-ils quelque part dans cet éloge, par l’ému-lation qu sts ont donnée.
, Nouvelle ANGLETERRE (la) fait partie de l’Amé-rique septentrionale. Elle est entre le 41 Sc le 45 dég.de iat. Ce fut un Florentin nommé Jean Verrazano quien fit la découverte au commencement du xvi e siecle, Scqui en parcourut toutes les côtes. Laë't assure que Fran-çois I voyant les heureuses navigations des Espagnols,l’avoit envoyé avec un navire monté de cinquante ma-telots pour découvrir les parties de l’Amérique septen-trionale. Jean Smith, Anglois, qui en a donné une des-cription , dit qu’elle s’étend depuis la riviere Pennobs-cot, jusques au Cap Cod, presque en droite ligne , l’es-pace de 70 lieues, remplie de plus de quarante villagesds S3.uv3.gss ls long du rivage, &; qu J il y a découvertyingt-cinq havres , dont quelques-uns font capables decontenir plus de cinq cens vaisseaux, Sc quelques autresmille. Le continent est borde topt au moins de deux censistes , & il y en a plusieurs qui font des ports. La princi-pale habitation des Sauvages est vers le nord proche de
ANG
jPetinobscot. Il y avers le sud le long de la côte, Macada-cut, Segoker, Pemnaquid, Nusconcus, Kenabec, Saga-dahoc Sc Aumoughcawgen. Les nations qui y demeu-rent s’appellent òegetago , Pathïuntanuck , PocopajjUin j1 dughtanakagnet , p abiggan 3 Najfague 3 Mashecos-queck , W'awrigweck 3 Mosh.oquek , Vackcogo Sc Passa-ranck , les Âucocisco , Accomìntìcus , PaJJataquac 3 Ag-gewan O’ Naemkek. Ils font presque tous semblables enmœurs Sc en langage, & divisés en plusieurs provinces.Les hejjabeis qui se tiennent le long des rivages du fleu-ve de Pennobscot font les plus grands de tous- Les Ma-tahuates habitent deux iíles séparées du continent, Scembellies de jardins. Les Majjachusets 3 dont le pays estbeaucoup plus fertile que les autres, occupent plus devingt villages Sc possèdent plusieurs prairies & campa-gnes, quantité de rivières Sc divers lacs, auprès desquelson prend principalement des loutres & des castors. Lacote qui s étend de Pennobscot jusqu’à Sagadahoc estélevée en montagnes Sc a plusieurs ìfles Sc rochers. Lamer y est extrêmement poiíîonneufe & la terre fort fer-tile. La baye de Pennobscot, dans laquelle fe déchargela riviere de meme nom , a dix lieues de l est à l’ouestSc autant du nord au sud. Elle est diviíée en plusieursistes, dont quelques-unes ont dix milles de long, Sc ou-vrent disterens ports. Du côté de l est demeurent les Ta-rentins , que l’on voit en guerre continuelle avec les Bef-fabeis qui habitent de l’autre côté. Meccadaout est à gau-che , au pied de certaines montagnes que la mer lave,5 c q 111 font si hautes qu’on les apperçoit de dix - huitlieues. L’iíle de Sorisco , que les François ont appeliéeVljíe haute , à cause quelle est extrêmement élevée , estau-devant de la baye. Proche delà est le lieu nommé Sé~gochet, ensuite Nusconcus 3 Pemnaquid , Sc enfin Saga-dahoc du même côté. Il y a eu là autrefois une colonied’Anglois.
Les Aumukiavjgenes Kinneheki Sc autres Sauvages,ont leurs champs Sc leur cabanes auprès de Sagadahoc.La riviere de Pennobscot a quarante ou cinquante lieues ,& ses rivages font bordés de chaque côté de mores defable & de rochers couverts d’arbres , si ce n’est où lesSauvages demeurent. La terre y est assez grasse Sc assezfertile ; la connée Aucocisco s’étend delà vers l’ouest ,autour de cette grande baye, où il y a plusieurs iílesavec leurs havres. Sowocotuk en est fort peu éloigné ; ilest fur une pointe du continent, qu’ouvre une large bayeou le rivage est de fable, mais fort dangereux, à causede la quantité d’iíles & de rochers qui le bordent. Ces iílesfont fort agréables, tant par leurs bocages que par lesdivers fruits quelles portent. Elles font arrosées de plu-sieurs sources nourriiïent une multitude presque in-croyable d’oiseaux. En suivant de la côte vers 1 ouest, ontrouve Accominticus Sc Pasaquatak , petits havres & com-modes pour de petits bâtimens. La terre est fertile pro-che de la côte. L’Angoam , province assez agréable, estsituée proche de ces havres. Son port est fort dangereux,à cause des basses , & trop éloigné de la haute mer. Il ya des collines médiocrement hautes, cultivées par desSauvages. A l est on decouvre une ìíìe, longue de deux outrois lieues. Un fort bel herbage fe trouve au milieu, 1 ®reste est plein de bocages & de mûriers. Son port appelléA aitnkerk est fort assuré, & ne cede guère à l’Angoam,quoique son terroir soit pierreux. Le cap de Trabkpqanda ,nommé par Champlain Saint-Louis , & par les Hollan-dois Vyngaèrds Roes , s’avance en mer nn peu au-delàpar un long espace. Au devant il y a trois iíles qu’on nom-me vulgairement Têtes de Turcs , Sc vers le nord une lar-ge baye, auprès de laquelle font plusieurs villages deSauvages avec leurs campagnes. Vers l’ouest on trouveles istes Matahuntes 3 & leurs habitations. Lorsqu’on apassé ce cap, ont voit la province des Majjachusets , où ily a une innombrable quantité de champs fertiles en tou-tes fortes de fruits. Les Sauvages y font en grand nom-bre : ce font gens assez paisibles ; mais farouches SCindomptables, si on ose les fâcher. Delà on navig e aAccomak : c’est un fort beau port, mais, quoique le ter-roir y soit fertile, la paresse des habitans est cause qu’ 0 * 1le fréquente fort peu. On vient delà au Cap Cod 3 appe-lé Cap Blanc pat les François : c’est comme une point®de terre relevée en de hauts monceaux de fable, couvertsde bas pins & d’arbrisseaux. Il y a un havre fort assut®derriere ce cap, qui est environné d’un côté par une large