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Us n’ont presque point de meubles, 8c leur lit con-siste en un matelas étendu fur des ais, depuis une mu-raille jusqu a l’autre, où ils couchent avec leurs caleçons ;ils étendent au-devant une espèce de courtine qui sé-pare le lit de la chambre, de sorte que leur lit ressem-ble à un théâtre de comédie. De l’autre côté de lachambre ,ils enchâssent des bâtons , qui leur servent deportemanteaux pour pendre leurs hardes & leurs ha-bits. Us n’ont ni tables, ni chaises > ni escabeaux ; ilsne font qu’étcndre un grand tapis par terre, avec descouffins carrés , fur quoi les personnes de qualité s'as-sènent. Pour les pauvres gens , ils se contentent dunenatte de feuilles de palmier , fur laquelle ils s’afféyent,les jambes en croix & les pieds en dedans , commeles tailleurs de ce pays. Les hommes portent fur la che-mise des caleçons de toile fort larges , 8c par-dessus unerobe ratée qui leur descend jusqu’aux genoux , faite dedrap , ou de foie , & attachée par-devant avec des bou-tons d’or ou d’argenc. Les manches ne viennent quejusqu'aux coudes, fur quoi ils retroussent les manchesdc la chemise , mais ils vont aussi souvent les bras nuds.Ils ne portent ni souliers ni bas ; mais les grands ontaulieu de bas des bottines de cuir de Turquie. lissefont raser ou arracher tous les cheveux , excepté un pe-tit toupet qu’ils laissent au milieu de la tête, par où ilscroient que Mahomet les emportera en paradis, com-me lange fit Habacuc vers Daniel dans la fosse deslions. II y en a qui se font arracher le poil de la barbe,8c n’en réservent que deux moustaches, qu’ils laissentvenir fore grandes , d’autres portent la barbe longue8c ronde, particulièrement ceux qui font avancés enâge. Leur turban est de laine rouge, enveloppé d’unepiéce de coton blanche , 8c longue de cinq ou six au-nes. Ceux qui se vantent d’être descendus de Maho-met , ou qui ont été deux fois en pèlerinage à la Mec-que , portent ún turban de laine rouge avec le nomd émirs & de chétifs. Leurs souliers font de cuir jauneou ronge , finissent en pointe . & n'ont ni oreilles, nicoup de pied , ressemblant plutôt à des pantoufles qu’àdes souliers; mais ils sont ferrés par-dessous à la maniérédes Turcs. C’eíl parmi eux une marque de propreté Le decivilité, que de se déchausser à l’entrée des maisons.Us portent au côté trois beaux couteaux , deux grands 8clin petit dans une gaine d’argent, qui a un pied de long ;enrichie de turquoises & d’émeraudes, & qui coûtesouvent plus dc cent écus. Quand ils veulent faire del’eau, ils fe courbent fur leurs genoux jusqu’à terre,croyant qu’il est ridicule & honteux de suivre en cela lacoutume des Européens. Quand on voit quelque chré-tien qui s’émancipe à pisser contre les murailles , on l’ac-cable d’injures & de pierres. De plus les Barbares pren-nent grand soin d’évitcr de se souiller par la moindregoutte d’eau, de peur d’être obligés à s’aller laver incon-tinent. Les femmes sont presque habillées comme leshommes : elles ont un couvrechef de fin lin , mais ellesne portent point de mouchoir, 8c sc couvrent d’unerobe qui leur descend jusqu’à mi-cuisse. Les femmesriches portent cinq ou six pendans à chaque oreille,des habits de soie, & des bracelets de pierres précieu-ses. Elies ont accoutumé de fe frotter le bout des doigtsavec une heibe appellee Gueva , qui est peut-être la mê-me que notre pastel commun , & qui teint en bleu^Lorsqu’elles veulent aller en ville , elles prennent des :caleçons de coton , qui leur pendent jusqu’aux pieds ,fe mettant un bandeau fur le front, un linge blanc furlc visage , 8c s’enveloppent tout le corps d’un manteaude coton ou de poil de chèvre , où elles mettent lesmains dedans en forme de croix ; de sorte qu’il est im-possible de les reconnoître dans les rues. Mais en en-trant dans la chambre de leurs amies, elles mettent bas,tout cet attirail, laissant cependant leurs souliers à laporte , de peur que le maître de la maison n’y entre ; ce/que le mari de celle qui rend visite prendroit en fprtmauvaise part. Elles font tous leurs efforts pour parbî--tre belles : leur grand fard est de l’andmoine brûlé avecquoi elles fe noircissent les cheveux & les paupières ,s’imaginant que c est une fort belle parure.
Les peuples de Barbarie ne mangent presque jamaisde viandes feches ; ils fe nourrissent ordinairement deriz . de chair de mouron, de bœuf & de veau ; ils ne
tuent jamais de bêtes qu’ils ne prononcent ces P ar0 *j« te tue au nom de Dieu ; en même teins ilsdu côté de la Mecque , & coupent tout net la tête denimal, afin qu il en feigne mieux, fans quoi ils croque fa chair feroit impure 8c défendue- Leur boisson ^de l’eau claire 8c du sorbet, parce que leur loi d<effde boire du vin, mais il y en a beaucoup qui ne tien 0pas grand compte de cet.te défense. Des tapis de cuitTurquie étendus par terre, leur fervent de napp?,leurs mouchoirs de serviettes , fi ce n’est qu’au terrisfêtes soiemnelles , on mec à côté des tapis un "iik^bleu pour s’y essuyer. Leurs ustensiles sont d’étainouterre , ëc leurs cuilliers de bois, les personnes mewela ptemiere qualité n’ayant pas la permission d’en aV ^d’argent. 11 n’y a que le sultan qui soit servi en valSselle d’or. Us s’assemblent d’ordinaire le matin dansgrandes rues, où il y a des marchands, 8c passenttems à parler , à boire du cassé , 8c à fumer du tabac*à quoi ils sont si.adonnés , qu’ils n’entrent jamais d anune maison, qu’on ne leur présente dc l’un & dc l’autre*
Lorsqu’ils veulent faire la débauche , ou Jouisse, conjme ils parlent, ils s’enferment dans une chambreleur maison , où ni femmes , ni en fans ne peuvent en^k ter , & demeurent là tout un jour 8c une nuit à rn aslger , boire 8c fumer. Mais ils ne jouent jamais ni aucartes, ni aux dés, ni aux boules , ni à aucun de t 10 *jeux, hormis aux dames > encore est-ce toujours í® n *argent. Les bains chauds sont fort en usage parmi eux íil ne se passe point de semaine qu’ils ne s’y mettent >les hommes le matin , 8c les femmes l’après midi. h Jen a dans toutes les villes, 8c presque dans routes 1 ^rues > qu’on peut prendre à grand marché. On ne cossiprend point.dans ces bains les ablutions Sc purification*'auxquelles la loi de Mahomet les oblige , avant ssi 1daller à la prière.
II y a dans chaque ville plusieurs écoles, où l'on a Pprend aux enfans à lire , à écrire, & à chiffrer ; ° iarien de plus : quand on les châtie , on fe sert au lienfouet d’une baguette de bois, avec quoi on leur don* 1des coups sous la plante des pieds. On leur fait iire l acoran d’un bout à l’autre. Quand un écolier a parcoU* ^son livre, on lui donne un bel habit , 8c ses comP a ^gnons le menent en triomphe par la ville, Lc publiéses louanges à haute voix. .
La plupart des fleuvesde Barbarie sortent du tu on tlas , 8c sc déchargent dans l’Océan & dans la merterranée. Les sources de cette montagne ont un g° ut ^
terroir,&sont presque toutes bourbeuses,principales
fur les confins de laMauritanie.Toutelacôte de Baw ale long de l’Océan, & les plaines qui font entre cette m& le grand Atlas, depuis l’exrrémité du pays de ojusqu’au détroit de Gibraltar, sont extrêmement ^condes en bled , en orge 8c en pâturages. Les coie * ^la mer Méditerranée , depuis les confins orientauxroyaume de Tripoli , jusqu’au détroit de Gibra* c ’sonr un pays roide & plein de montagnes, qui aV c£ jcent vingt ou trente milles dans les terres. Enttemontagnes 8c le grand Atlas, il y a des plaines 8cpetits coteaux ; & tout le terroir est fécond en bl ^& en pâturages, en arbres toufus, en fontainesrivières , qui vont porter leurs eaux dans la mer * .diterranée. Cetre belle campagne dure jusqu’à Ca* vmais un peu plus haut il y a des déserts sablonneux,delà de ces plaines, la terre est entrecoupée de va8c de coteaux, jusqu’an, grand Atlas , où l’on rr ° ,sses montages abondantes en forêts 8c en ^ e .mais peu fertiles en bled. Sur les côtes de Barbarie > .j.-le quartier situé près du périt Arias, qui est' pluto*
; que chaud , on ne trouve pas beaucoup de bled * ^abondamment de l’orge , qui est son en usage p aí ^cépeuples. Toutes ces montagnes sont pendant r° llt 3 j Spleines d’ombrages frais <5 c de pâturages verds >l’hyver ,il combe tant de neiges, qu’on en feroit e £si l’on y demeuroit. Les montagnes du grand Ai 3inhabitables en plusieurs endroits, à cause de I e * adesse & de leur froideur excessive , & même en etcdes fontaines est si fraîche , qu’on court risquedre la main , si on la tient long-tems dans cetteMais toutes ces montagnes ne font pas égalemendes ; il y en a dont l’air est fort tempêté, & st 1