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Avant de m’occuper de J. Lepautre , dont les premières pro-ductions ne parurent que vers 1643, I e cro ^ s ut ^ e donnerun tableau des arts en France , de 1633 a 1643^ trac é par uneplume contemporaine.
C’eft à Roland Fréart, fieur de Chambray, que nous le de-vons ; attaché par la naiffance & les fervices à Mgr De Noyersde Dangu, furintendant des maifons royales & baftiments deFrance, de 1633 à 1643, Chambray voulut rappeler au publicle fouvenir de l’adminillration de M. De Noyers de Dangu,dans la préface de fon Tarallèle d’architeâure (1), ouvragequ’il n’avait entrepris que par fes ordres.
Après avoir parlé des travaux exécutés aux fortifications, desaméliorations apportées aux monnaies, & des encouragementsdonnés à l’imprimerie, il dit : oiu même temps on voyoit croifireleLouvre & la royale maifon de Fontainebleau , qui doit aux foins de cegrand minijlre, non-feulement une partie de fes ornements, maisencore fa confervation &refiauration entière, parce que fansluy, ellene feroitplus maintenant quune grande ruine, & un cadavre de bafii-ment défolé & inhabitable.
Les chajleaux de St-Germain & de T)erfailles, qui ejloientalors & la demeure ordinaire & les délices du roy, portent auffiquelques marques delà même main; le premier, par la conjlruéliondu plus beau manège qui foit en France , avec plufeurs autres com-modite\ nécejfaires au logement d’une Cour royale ; & l’autre d’uneterraffe de grejferie, qui efl un très-rare ouvrage de cette efpèce, avecun rondeau de foixante toifes de diamètre.
Et plus loin :
^Maintenant, pour ce qui ejl des ouvrages de peinture & defculpture, qui font comme les deux fœurs de lart que je vais traittericy, ce feroit un long difcours de les particularifer l’un après L autre ;outre qu'on ne le peut faire fans quelque honte ànoflre nation, de la-quelle on auroit fujet de croire, en voyant la ceffation de tant d’ex-cellentes chofes, quelles n’avoit qu'un feul homme qui fût capable deces belles produdions. Il fuffira donc de dire généralement que leLouvre ejloit le centre des arts, & qu’il s’alloit rendre en peu d’an-nées, par leur concours, le plus noble & le plus fuperbe édifice dumonde. Ce fut pour ce grand deffein & pour la décoration des autresmaifons royales que l’illujlre monfieur Le Toufftn eut la gloire d’être
mandé par leroy au commencement de l’année 1640. En ce temps-là,feu monfeigneur des üfoyers nous dépefchavous & moy, mon très-cher frère, vers Sa Sainteté pour une -affaire importante, avec ordreà notre retour Æouvrir le chemin de France à tous les plus rares ver-tueux de l'Italie ; & comme il ejloit leur calamité, il nous fut aiféd'en attirer un grand nombre auprès de luy dont le coryphée ejloitce fameux & unique monfieur Le Toufftn, l'honneur des François enfa profeffion, & le Taphael de noftre jiècle.
Tour le même effort, nous apportafmes une grande diligence àfaire former & à ramaffer tout ce que le temps & l’occafion de nofirevoyage nous put fournir des plus excellents antiques, tant d'archi-teélure que de fculpture, dont les principales pièces ejloient deuxgrands chapiteaux, l'un d'une colonne, & l’autre d'un des pilajlresangulaires du dedans de la Tptonde, que nous choififmes comme lesplus beaux modèles corinthiens quifoient refie\ de l'antiquité; deuxmédailles d'on\e palmes de diamètre tirées de l’arc de triomphe deConfiantin ; foixante & dix bas-reliefs de la colonne Frajanne, &beaucoup d’autres d'hifioires particulières ; quelques-uns defquels fu-rent mis en bronje dès l’année fuivante; d'autres furent employer enmanière d'incrufiation au compartiment de la voûte de la grande ga-lerie du Louvre, auquel monfieur Le Toufftn les introduifit ingénieu-fement & avec beaucoup d'adreffe & de confidération,pour fe confor-mer à la demande que Ion luy fit d’un deffein, non pas le plus ma-gnifique ny le plus fuperbe qu’il peufi compofer, mais d'un ornementdont l’exécution fufiprompte & d'une dépenfe modérée, eu efgard autemps & à l'humeur impatiente de nofire nation.
Ces citations donnent une idée de l’intelligence & de l’atSli-vité déployées par les hommes qui prirent part à l’adminiftrationdu cardinal de Richelieu ; la mort de ce grand homme, arrivéeen 1642, n’arrêta pas le développement qu’avaient pris lesarts. Sous fa proteélion éclairée, il s’était formé une générationd’artiftes qui, s’éloignant à la fois des Italiens & des Flamands ,allait donner enfin à l’ornementation une phyfionomie fran-çaife.
Jean Lepautre eft peut-être l’homme qui a le plus contribuéà diriger le goût de fon époque 5 aulfi fes œuvres méritent-ellesun examen attentif.
Né à Paris , en 1617, il fut mis de bonne heure en appren-tiiïage chez un menuifier nommé Adam Philippon. Les bio-
(1) Parallèle de l’architeélure antique <& de lamoderne, avec un recueil des dix principaux
au Soleil-d’Or, MDC. L, avec privilège. In-folio ;feuille 2 e de l’Epître dédicatoire.