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Doge ne sont pas plutôt finies, que toute la nobles-se , au-dessus de trente ans , s’assemble dans le grandconseil, où l’on élit cinq correcteurs , qui doiventcorriger les promesses du Doge, c’est-à-dire, les sta-tuts, dont il doit jurer solemnellement 1’observation.Le sort St le mérité concourent également dans lechoix que l’on fait du prince. Par un long circuit debalotations , 8t d’élections réciproques , on romptl’effet que les brigues auroientsans cela, & on laissejouir les familles de la satisfaction qu’elles trouvent àcontribuer presque toutes à sélection du Prince ; cartous les nobles, qui font au grand conseil, tirent cha-cun une balle d’une urne, où il y en a trente qui sontdorées : ceux qui ont les balles dorées font réduits àneuf par le fort. Ces neuf en élisent quarante, que lesort réduit à douze : ces douze en nomment vingt-cinq, qui, par le sort, reviennent à neuf : ces neufchoisissent quarante-cinq nobles, dont on en tire onzeau fort, qui nomment les quarante & un véritablesélecteurs du Doge. Après que tous ces électeurs ontété approuvés dans le grand conseil, ils s’enfermentdans le palais de saint Marc, d’où ils ne sortent pointqu’ils n’ayent élu le Doge ; St quoique, pour l’ordi-naire , cette élection ne tire pas en longueur , lesélecteurs ont été néanmoins quelquefois cinq ou fixmois fans pouvoir s’accorder, à cause que des quaran-te St une voix, il en faut avoir 25 pour êtrefait Do-ge. Pendant tout le temps que les électeurs son t enfer-més , ils font gardés soigneusement, & traités à peuprès de la même maniéré que les cardinaux dans leconclave. Le Doge , après son élection , & aprèsavoir prêté serment , St juré P observation des sta-tuts, se fait voir au peuple. Mais comme la républiquene lui laisse jamais goûter une joie toute pure, fans lamêler de quelque amertume , qui lui fasse ressentir lepoids de la servitude à laquelle sa condition l’enga-ge, on le fait passer, en descendant, par la salle oùson corps doit être exposé après fa mort. L'est-làqu’il reçoit, par la bouche du grand chancelier , lescomplimens fur son exaltation. Le Doge monte en-suite dans une machine , qu’on agpelle le puits, & quiest conservée dans l’arsenal pour cette cérémonie.Elle a effectivement la figure extérieure d’un puits ,soutenu sur un brancart, qui est d’une longueur ex-traordinaire, & dont les deux bras se joignent en-semble. Environ deux cens hommes portent cettemachine fur leurs épaules. Le Doge est aíîìs danscette espece de puits, avec un de ses enfans, ou deses plus prophes parens , tout.debout derriere lui ; ila deux bassins remplis de monnoie d/or & d’argent,battue tout exprès pour cette cérémonie, avec tellefigure & telle inscription qu’il lui plaît j 8 c il la jetteau peuple pendant qu’on le porte ainfi autour de laplace de saint Marc.
Comme la dignité de conseiller du prince appor-te plus d’honneur qu'elle ne donne de part aux affai-res importantes, ce ne font pas, pour l'ordinaire, lesmeilleures têtes de la république qui 'occupent cespostes ; mais on éleve toujours à ce rang de vieuxsénateurs de la premiere noblesse. Ils font un an con-seillers , St n’assistent que huit mois au college ; pen-dant les autres quatre mois ils président à la quaran-tie criminelle, de même que les trois chefs de cettechambre ont séance au college pendant deux mois.Le Doge , les fix conseillers, avec les trois chefs dela quarântie criminelle , qu’on appelle vice-conseil-iers , représentent la seigneurie, 8t jugent les causesprivilégiées, qui se plaident au college. II y a autantde conseillers qu’il y a de quartiers dans la ville ; Stun noble, qui demeure dans un quartier, ne peutêtre conseiller dans un autre, chaque conseiller étantle chef de son quartier. Quoiqu’on ne les appelle queconseillers du Doge, ils font véritablement conseil-lers de la seigneurie ; aussi ont-ils plus de crédit quele Doge , puisqu’ils peuvent faire , fans lui, tout cequ’il ne peut faire qu’avec eux. Ils font vêtus de rou-ge , avec la veste ducale à manches, durant le tempsqu’ils font en charge, 8t les chefs de la quarantiecriminelle ne portent que la veste violette, de la ma-niéré ordinaire , à manches étroites. On fait choix4es meilleurs sujets de la république pour remplir les
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places des fix sages-grands; car comme il doivent manier les plus grandes affaires de l’état , ils doiventavoir acquis une prudence consommée, St une par-faite connoiflance des intérêts de la république. Lesfix nobles font la partie intellectuelle de Lame de l’e-tat ; aussi les procurateurs de saint Marc se font-ilshonneur d’occuper ces postes ; St en effet, les sages-grands font les maîtres du gouvernement durant lesfix mois qu’ils font en charge. Ce font ceux qui con-sultent toutes les matières qui doivent être agitéesau Prégadi. C’est aussi le sénat qui les élit ; mais com-me on ne change que trois conseillers du. Doge à 1 *fois , on ne change aussi que trois sages-grands tousles fix mois, afin de ne pas remplir ces places impor-tantes de fix sujets nouveaux. 11 s portent la veste du-cale de drap violet ; St la république n’envoye pointd’ambessadeur à l’empereur, au Pape, ni au GrandSeigneur, qu’il n’ait eu , ou qu’elle ne lui donne laqualité de sage-grand. Comme les fix sages-grandsroulent par semaine pendant leur six mois, on peutdire que le sage de semaine est le chef de la républi-que ; car c’est lui qui reçoit tous les mémoires Sc tou-tes les requêtes ; c’est lui qui propose les affaires ailPrégadi, où son sentiment donne ordinairement lebranle aux résolutions du sénat.
Les sages de terre-ferme n’ont guere moins d’auto-rité dans le college que les sages-grands. Ils portentla veste ducale violette ; ils font traités d’excellence,St la république donne la qualité de sages de terre-ferme à tous les ambassadeurs qu’elle envoye aux rois8 t aux princes souverains. Ces sages ne font que fixmois en charge. Le premier est le sage de l’écriture,& c’est proprement le fécretaire d’état pour la guer-re : les officiers 8 t les soldats dépeqdent absolumentde lui ; il peut les casser, & les condamner même àla mort, sans appel, étant iuge des uns 8 t des autresdans toute l’étendue des terres de la république. Lesecond sage est le caissier ou le trésorier des guerres :il ordonne le payement des troupes, des officiers 8 cdes pensionnaires de l’état. Le troisième sage est lesage des ordonnances : il a la direction des milicesde terre-ferme. Les deux autres sages ne font quepour íupléer au défaut des précédens , si par indis-position , ou par quelqu’autre cause, ils ne pouvoientvaquer à leurs emplois. C’est le Prégadi qui élit lescinq sages de terre-ferme, qui n’ont point de voixdélibérative dans l’assemblée du sénat, où ils assistent,& où on agite les mêmes matières qu’ils ont déjàexaminées St dirigées au college dans leurs consulta-tions.
La république a su se faire une pépinière de grandshommes, en établissant les cinq sages des ordres, oi*petits sages. C’est comme une magistrature fans ju-ridiction , St qui devient une excellente école pourla jeunesse, qui s’instruit par-là dans les affaires, 8 Cse rend capable d’exercer les premieres charges del’état. Les places de petits sages font destinées auxjeunes nobles d’ancienne origine, qui commencent*douer des marques de prudence, par une conduiteplus sage,ou moins déréglée, que celle de la plupart dela jeunesse de Venise , qui vit dans un grand liberti-nage^ Pendant les fix mois qu’ils font en charge , il 5ont part au fécret de l’état , puisqu’ils assistent auXconsultations du college, St qu’ils entrent au sénat.Ils n’ont à la vérité voix délibérative ni dans Lune ní
dans 1 autre de ces ailemblees; mais ils peuvent -leur avis à la consultation des sages-grands , en par-lant debout St découverts; St afin que rien ne man-que à leur instruction, la chambre sécrette , où s®conservent toutes les dépêches importantes des am-bassadeurs , St tous les registres des affaires de l’ e "tat, leur est ouverte quand il leur plaît. ,
Toute l’autorité de la république réside dans le prf"gadi ou sénat. On y prend les résolutions de la P alX "ou de la guerre , des ligues St des alliances ; ° n 'féatles capitaines généraux, les provéditeurs des ar-mées , St tous les officiers qui ont un commandementconsidérable dans les troupes ; on y nomme les am-bassadeurs ; on y régie les impositions ; on y élit tousceux qui composent le college ; on y examine lesscrutions que les sages prennent dans les consultant*