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fait, dans plusieurs endroits, sept ou huit journéesà chemin, fans y trouver d'eau; de forte que lesmarchands , qui vont de Fez à Tombut ou Telen-sin, au royaume d’Agadez, font obligés d’avoir deschameaux , qui ne portent que de Peau. Il est: vraiqu’on trouve quelquefois des puits d’eau salée, qu’ona. murés, par dedans, d’os de chameaux, 8c fontcouverts de la peau de ces animaux, de peur que lefable ne les comble. Mais on s’expofe beaucoup,quand on entreprend ces fortes de voyages, dansune autre saison que l’Hiver , fur-tout si l'on comptede rencontrer ces puits: car ils’éleve , en Eté, desvents si violens, qu'ils accablent les voyageurs fousle fable , 8c changent si fort la situation des lieux ,que ceux qui en échappent, ne fauroient rencontrerune goutte d’eau, pour étancher leur soif, quelquepeine qu’ils prennent à creuser. Tout le remède qu’ilsont , c’est de tuer promptement leurs chameaux ,pour boire l’eau qu’ils ont dans le ventre: car quandun chameau boit , il boit pour douze ou quinzejours. Le voyage est encore plus dangereux, lors-qu’il ne pleut pas en Eté. La sécheresse en est plusgrande, & les vents font plus véhémens. Mais quandil pleut depuis la mi-A oût, jusqu’à la sin de Novem-bre , ou jusqu’au mois de Février, ce qui arrive quel-quefois , les pâturages font abondans, & on ne man-que alors ni d’eau ; ni de lait.
En général, le terroir du Zara est fort stérile : lesmontagnes , rudes & escarpées, ne portent que desépines 8c des buissons. Ses quartiers les plus fertiles ,ou les moins stériles , produisent feulement quelquepeu d’orge & quelques dates. Les habitans ne tirentdu secours que de leurs chameaux, de leurs adim-naims 8c de leurs autruches. Ils fe nourrissent de lachair de ces animaux, ainsi que du lait, que donnentles femelles des chameaux & des adim-naims. Cesderniers font des animaux domestiques de l’Afrique.On peut les regarder comme une espèce de moutons.Ils font de la grosseur d’un âne médiocre, & ont lesoreilles longues & pendantes. La laine en est bonne;mais elle est courte. Les femelles ont des cornes,& les mâles n'en ont point. Ils font doux 8c assezforts, pour porter un homme pendant quelque tems.II y a une très-grande quantité de íërpens & de sau-terelles , qui volent a travers des déserts, commedes nuées, & y consument tout ce qui y reste deverdure.
Les habitans du pays font de deux espèces : desPâtres, qui errent dans les campagnes, & qui ne sa-vent que voler, piller, tuer, aller à la chasse ; 8cdes Bérébéres , qui ont des demeures fixes, & quifont doux , affables , bons amis, fidèles dans lecommerce, & civils envers les étrangers. Les hom-mes font maigres > & ne vivent pas si longtems queles autres peuples d’Afrique, quoique Pair du payssoit si sain, qu’on y amene des malades de Barbarie,pour fe remettre, 8c que les habitans du pays jouis-sent ordinairement d’une santé parfaite, jusqu’à l’âgede soixante ans. Les femmes ontdel’embonpoint,& fur-tout le sein très-gros. L’un 8c l’autre sexe ale teint bazanné, & un grand penchant aux plaisirsde l'amour. Les Pâtres Arabes vont tout nuds ; maisceux qui ont un peu de modestie, s’enveloppent lecorps d’une pièce de gros drap, qui les couvre àpeine à moitié. Quelques-uns portent fur la tête uneespèce de turban, fait d’un morceau de drap noir ,& plié à peu-près comme la coëffure des femmes deMolcuere en Frise ; mais ceux qui font à leur aise ,fe vêtent d’une longue robbe de coton bleu , à man-ches larges, qu’on leur apporte de la Nigritie. Quandils veulent voyager, ils montent des chameaux, 8cleur mettent la selle entre la bosse 8c le cou: ils leurpercent les narrines, où ils passent une bride , aveclaquelle ils l es gouvernent ; mais pour les piquer,ils fe fervent d’un aiguillon, au lieu d’éperons. Ilscouchent fur des nates de jonc, 8c leurs tentes ne fontcouvertes que de drap , fait de poil de chameau , 8 cd’une certaine laine, qui croît entre les dates. Ilsne savent ce que c’est que police : la volonté de leurchef, est Punique loi qu’ils suivent ; & leurlangue » qui tient de l’ancien Africain , est ru-
de. Leur religion n’est qu’un Mahométisme gros-sier.
Le Zara ou Sara , comme écrit de l’Isle, s’étend,selon ce géographe, d’Occident en Orient, de-puis le royaume de Senega ou de Zanhaga, jusqu’aupays de Berdoa , & fe trouve renfermé entre la Bar-barie & le pays des Bérébéres, au Nord, & la Ni-gritie au Midi. 11 partage ce vaste pays en trois par-ties inégales. Dans la plus occidentale, il met, versle Nord, partie des Barbus, Arabes, les Cerem,les Zorgan , les Garfa, les Esgué , tous Arabes.Vers le milieu du pays, il place les Guanziga, Zuen-ziga ou Guanaferis, avec le royaume de Soudan;vers le Midi, il marque le pays de Gordon, où l’onfait quelquefois neuf journées, fans trouver d’eau,le désert d’Azarad, le désert de Gbir, le désert deTegaza, 8c à l’Occident, le pays deTagazel, avecles Arabes, appellés Oulets de Line. La partie, quioccupe le milieu du Zara, comprend le désert deHayr, où il y a des puits de bonne eau, ♦& vers leMidi, lepaysTerga, qui est fort tempéré , 8c pro-duit de bonnes herbes. Enfin, dans la troisième par-tie, qui estàl’Orient, il met, vers le Nord, par-tie des Sobair Arabes, avec les Sahit, aussi Arabes ;vers le milieu du pays, le désert d’Igidi. le pays desLumptunes, oudesLemta, d’où font sortis les Mo-rabites, nommés Almoravides, par les historiens ,avec le pays de Caour , & celui des Hembrun Ara-bes. Le désert des Lumptunes 8c les Yahays Arabesoccupent la partie méridionale.
4- ZARA, anciennement JADERA; ville des étatsde Venise, dans la Dalmatie, au bord de la Mer,dont elle est toute environnée, 8c le chef-lieu d’uncomté, auquel elle donne son nom. Nicolas Doglio-ni dit qu’elle fut fondée par Jader, l’un des descen-dans de Noé, a la septième génération, environdeux mille ans avant Jésus-Christ. Ce qu’il y a decertain, c’est que lés plus anciens géographes parlentde Zara, comme d’une ville considérable , 8c capita-le de la Liburnie. On trouve en effet, dans Vegece,que la Liburnie, qui est une partie de la Dalmatie,dépend de la ville de Zara.
Cette ville archiépiscopale est aujourd’hui lamieux fortifiée de toutes les places maritimes, quépossede la république de Venise. Elle est située dansune Péninsule, qui s’avance dans la Mer, 8c qui estdevenue une isle , par le moyen des fossés , qu’ona creusés dans l’Isthme, qui attachoit, du côté del’Orient, la Péninsule au continent de la Dalmatie.Les fossés règnent ainsi d’une Mer à P autre, 8c feremplissent d’eau aux marées hautes. Le port est auNord, bien assuré par la ville , qui lui sert commede môle, pour le défendre des vents du Midi, quifont les seuls qui pourroient l’incommoder : car il estbordé par le continent, àl’Orient, au Nord 8c au.Nord occidental. Son entrée est à l’Ouest , où il ya deux bastions ronds, avec une batterie de canons.Du cote del’Orient, la ville de Zara est fortifiéede trois bastions, commandés par une forte citadelle,dont les fossés font taillés dans le roc, qui régnédans tout le voisinage , 8c qui empêche qu’on nepuisse employer la mine pour l’attaquer. Ses bastions,ainsi que ses demi-lunes 8c les contrescarpes font con-treminés 8c revêtus de pierres de taille. Les trois bas-tions de la ville , du côté de P Orient, font régu-liers, 8c ne fe trouvent séparés de la citadelle, quepar un fossé large 8c profond. Il n’y a point de hau-teur aux environs , qui commande ni la ville, ni laforteresse. Tout cela fait que Zara passe , à juste ti-tre , pour le boulevart de la république de ce côté.Ladislas, roi de Naples, ( Hift. & Descr. du. royau-me de Hong-ne, 1688, />. Z2<;, ) fous 1 obéissance dequi elle étoit, la vendit aux Vénitiens, en 1409. Ba-jazetll, Pi leur enleva, en 1498, 8c les Vénitiensla reprirent. 11 s Pont conservée depuis; 8c le Turc,pendant la guerre de Candie , n’approcha jamais deZara, fans y recevoir de la confusion.
Dans les églises de Zara , on voit d’excellentespièces de peinture, de la main de Tintoret, de Pal-ma 8c de Titien. Dans l’églife de S. Siméon , au-dessus de P autel , est un corps saint, apporté de
Judée.