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VIE DE Mr. B A Y L E. lxxxiii
pas une récompense au cas que les créatures n’eussent point ét-é douées de liberté} on ré-pliquera qu’il n’y a nulle proportion entre une félicité éternelle , & le bon usage que
l’homme sait de son franc arbitre} qu’ainsi, le bonheur éternel que Dieu fait sentir à unhomme de bien, ne peut point être considéré proprement parlant comme une récompen-sé; c’est une faveur, c'est un don gratuit. On ne peut donc pas prétendre, selon Inex-actitude des termes, que le franc arbitre a dû être conféré aux hommes afin qu’ils pussentmériter lc bonheur du Paradis, St l’obtenir à titre de récompense.
z. L’impenitence n’étant autre chose, qu’un mauvais usage de la liberté, tout revientà un, soit que l’on dise que Dieu ne damne les hommes qu’à cause qu’ils ne se repententpas, soit que l’on dise qu’il les damne simplement à cause qu’ils ont péché. II est vraique généralement parlant c’est une marque de miséricorde , que de vouloir remettre lapeine à ceux qui auront regret de leur faute : mais quand on promet de pardonner fous lacondition du repentir à des gens dont on est très-assuré de l'impénitente, on ne prometrien proprement parlant, Sc l’on est tout aussi résolu à châtier, que si on ne leur ofroitaucune grâce: si on vouloir tout de bon les exempter de la peine, on les empêcherostd’être impenitens, chose très-facile à celui qui est maître des cœurs.
z. L’Origeniste n’oseroit déterminer la durée des tourmens qui précédent l’cternitébien heureuse : car non seulement on l’ignore, mais aussi on craindroit ou de la faire tropcourte, Sc d’être accusé de lâcher la bride au pecheur; ou de la faire trop longue Sc dene point donner une juste idée de la miséricorde de Dieu. On n’oseroit la faire, par ex-emple, ni de cent ans, ni d’un million d’années. On ne se fie donc guere à la nullité deproportion entre la durée d’un million de Siécles, Sc une durée infinie; Sc on ne voit pasque ce soit refondre la dificulté, que de dire, qu’il y a infiniment moins de proportionentre la durée de la terre, Sc l’éternité, qu’il n’y en a entre une minute Sc cent millionsd’années. Ce qui se peut assurer de ces cent millions d’années se peut aussi assurer d’au-tant de millions de siécles qu’il y a de goûtes dans l’Ocea»; puisqu’il n’y a nulle propor-tion entre le fini Sc l’insini. Cependant on ne sauroit concevoir, que le suplice d’unecréature continué pendant cent millions de siécles, soit compatible avec la souverainebonté du Créateur. Ce nombre d’années qui n’eít rien en comparaison de réterníté, pa-roit néanmoins une durée très-longue quand il est considéré en lui-même, Sc par rapportà la personne soufrante. Or que l’on diminue çe nombre tant que l’on voudra, on n’ytrouvera autre chose qu’une diminution de rigueur , Sc on ne parviendra à la suprême bon-té de Dieu qu’en suprimant jusqu’à la derniere minute les fuplices des enfers. Nous loti-ons la justesse d’un Horloger, lorsque fa pendule ne se détraque que de deux ou trois se-condes fur une année; mais la justesse d’un Ouvrier souverainement parfait exclut absolu-ment toutes exceptions; fa bonté, fa sainteté, sa sagesse Scc. sont absolument simples, Scfans nul mélange des qualitez contraires, fans le plus petit mélange qui se puisse conce-vois, ou qui puisse être dans la nature des choses.
Mr. Bayle observe que quand même Origene pourroit répondre aux Objections des Ma-nichéens , il ne s’ensuivroit pas qu’on pût les refondre à plus forte raison par des principesbeaucoup meilleurs, Ôc plus orthodoxes que les siens: car tout l’avantage qu’il peut trou-ver dans cette dispute, procede des fausserez qui lui sont particulières, donnant d’un côtébeaucoup d’étenduë aux forces du franc arbitre, & substituant de l’autre à l’éternité despeines de l’enfer, qu’il supprime, une félicité éternelle. En faisant succéder une éternellebéatitude aux tourmens que soufriront les damnez pendant quelques siécles, on leve laplus accablante de toutes les difsicultez des Manichéens ; car leur plus fort argument estfondé fur l’hypothese que tous les hommes, à la réservé de quelques-uns, seront damnezéternellement ; ôc c’est la le sentiment de toutes les societez Chrétiennes, si l’on en excep-te les Sociniens.
On imprima à Paris en 1701. un volume intitulé, Naudaana Patiniana. Ou Singu-larìtez remarquables , prises des Conversations de Mejf. Naudé & Patin. Dans ces sortesd’Ouvrages 011 se sert du nom de quelque Auteur célébré pour debiter plusieurs particu-laritez historiques Ôc literaires, qui se raportent au tems qu’il a vécu, Ôc qu’on prendmême quelquefois de ses Ecrits. Ces Recueils ne seroient pas méprisables, si on pouvoitcompter fur les faits qui y sont rapportez : mais on y avance ordinairement une infinitéde choses qui sont fausses, incertaines, ou destituées de plusieurs circonstances essentieL-les. Pour les rendre utiles, il faudroit les accompagner d’un Commentaire qui leur ser-vît de correctif ôc de supplément. C’est ce que fit le Pere de Vitri à l’égard du Naudaa-na. II y fit des Corrections ôc des Additions, dont il rendit compte dans une courte Pré-face. ,, Tout le monde fait, dit-il , avec quelle avidité les Ana font à présent reçus.,, Mais il n’est personne auísi qui ignore que le peu d’exactitude, qui s’y trouve, diminue„ beaucoup le plaisir que pourroient faire naître au Lecteur la variété des matières ôc la,, liberté des sentimens qui sont ordinairement inséparables de ces fortes de Livres. C’est,, donc pour inspirer en quelque façon la pensée de les rendre doresnavant plus utiles„ que j’ai entrepris d’ajoûter une espece de Commentaire au prétendu Naudaana. L’uni-,, que but que je m’y propose est de fixer les époques de tous les faits dont il y est parlé,,, d’y ajoûter quelquefois des circonstances absolument nécessaires, enfin de ne rien laisser„ avancer à l’Auteur qui ne soit soutenu du témoignage de quelque autre digne de foi ”.Le Pere de Vitri nous aprend qu’il aveit formé le dessein de faire aulsi des Corrections Ôcdes Additions au Patiniana , mais que quelques raisons l’avoient obligé de se restaindre auNaudaana. II envoya ses Additions à Mr. Bayle, qui les fit imprimer à Amsterdam ( 1 ),avec le Naudaana Ôc le Patiniana, Com le titre de seconde Edition revue , corrigée , & aug-mentée d'Auditions au Naudteana qui ne font point dans F Edition de Paris. Mr. Bayle yajoûta un Avertissement, fous le nom du Libraire, où il dit que cette Edition étoit in-comparablement meilleure que celle de Paris; qu’on y avoir corrigé un très-grand nom-bre de fautes qui defiguroient si fort les noms propres qu’ils en étoient méconnoissables;qu’on avoir mis ensemble les endroits qui apartenoient à la même personne, ôc qui se trou-voient dispersez çà ôc là dans sédition de Paris, ôc qu’enfio, ce qui étoit beaucoup plusT o m. I. i] consi-
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( 1) ChezFrançoisvan derPlaacs,MDCCIU.
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