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VIE DE Ml B A Y L Ë.
ÍJ06.
Pannce 1683 , car il y est parlé du dernier siégé de Vienne par les Turcs. Le premierChapitre contient ce que Gustave a fait juíqu’à la Treve conclue avec la Pologne l'an162.9 , quelque tems avant qu’il entrât en Allemagne pour faire la Guerre à TEmpereurFerdinand 11 . Le second traite de l’origine de la Maison d’Autriche , & des différentessituations où elle s’est trouvée. On y donne le caractère des derniers Empereurs , & onFait voir que Ferdinand i I. s’attira toutes fes disgrâces , & ruina le pouvoir de la Maisond’Autriche, pour s’étre livré aux conseils des Eípagnols , & pour avoir cruellement per-sécuté les Protestans. Ce Chapitre contient ce qui s’est passé en Allemagne & en Bohê-me jufqu’en Tannée 1610. C’est dommage que Mr. B ay le n’ait pas fini cet Ouvrage : maistout imparfait qu’il est, 8c quoi que le style en soit même un peu négligé, on ne laisse pasde sentir qu’il vient de main de maître. On y trouve par tout des réflexions sines & ju-dicieuses, & des traits vifs & hardis tant fur les choses que fur les personnes. II peut ser-vir de modèle aux Historiens.
Les nouveaux Articles que Mr. Bayle avoit dressez pour le Supplément de son Dìctìonai-re, 8c qu’il légua au Sieur Leers, ne font pas en fort grand nombre. II disoit lui-mêmeque ce Supplément n'étoit point avancé , L? qu’il se sentait du dégoût pour celte espece detravail , depuis qu'il s'étoit occupé pendant quelques années à des matières de raisonnement (1 ).II avoit promis que ces nouveaux Articles ne feroient point incorporez dans la nouvelleEdition de son Dictionaire , & qu’ils feroient imprimez & vendus à part , pour ne pasobliger le public à acheter deux fois la même choie (z) : mais le Sieur Leers ayant quittéla Librairie, son fonds tomba entre les mains de deux Libraires j qui fans égard aux inten-tions de Mr. Bayle, les sirent inférer dans leur édition du Dictionaire, imprimée eniùzo.Et ce qui est encore plus essentiel, on défigura cette édition par des innovations qu’on yfit: la témérité fut même poussée si loin, qu’on changea quelquefois le style de Mr. Bay-le, 8c qu’on lui supposa des periodes entieres. On avoit tronqué & mutilé de même lanouvelle édition du Commentaire philosophique , imprimée à Rotterdam par les mêmes Li-braires en 1713. mais on s’est conformé à T Edition originale de Mr. Bayle dans le Recueilde ses Oeuvres diverses , qui contiendra en quatre volumes in folio tous les Ouvrages qu’ila publiez, & quelques Ecrits posthumes ( 3 ).
On n’avoit pas' mieux traité les Lettres de Mr. Bayle , que j’avois envoyées à ces Librai-res, 8c qu’ils imprimèrent en 1714. On s’ingera d’y faire plusieurs changemens , 8c d’yretrancher plusieurs choses. On v joignit des Notes, pleines de bevûes grossières en faitde Literature, d’insinuations basses 8c malignes, & de traits calomnieux contre des per-sonnes distinguées, fans épargner Mr. Bayle. J’ai rétabli ces Lettres fur les Originaux,dans T Edition qui en a été faite à Amsterdam en 1729, 6c je les ai accompagnées de tousles éclaircissemens qui m’ont paru nécessaires.
Mr. Bayle avoit une imagination vive, brillante 6c seconde ; un grand fonds de discer-nement, 6c de pénétration j un style naturel 6c hardi, mais peu châtié. Sa conversationétoit vive, enjouée, 6c d’autant plus agréable qu’elle étoit toujours utile. Sa mémoireheureuse & fidelle lui rendoit à propos tout ce qu’il lui avoit confié. II difputoit fanschaleur, 6c fans prendre un ton dogmatique: 8c on voit dans fes Ecrits qu’il étoit si éloi-gné d’offenfer, qu’il a au contraire trop penché du côté des louanges. Fidelle 8c constantdans son Amitié, personne ne fut jamais plus officieux, ni plus désintéressé que lui. Loind’être avide de Prefens, il n’acceptoit qu’avec peine ceux qu’il ne pouvoit honnêtementrefuser (S). Plein d’amour pour la vérité , il étoit très-sensible aux secours qu’on luífournissoit pour la découvrir, 8c faifoit usage de ces secours avec une extrême reconnois-lance. 11 haissoit toute sorte de supercherie 8c de mauvais détours.
Véritablement Philosophe dans fes mœurs fans faste, fans ambition, il ne se préferoit àpersonne. II étoit sobre jusqu’à la frugalité. Indiffèrent pour tous les plaisirs hormisceux de Tefprit, il sembloit ne connoitre les passions que pour en discourir , 8c non pourcn sentir les effets. Modeste jufqu’au scrupule, il auroit toujours caché son nom, s’il luieût été possible de le faire : il n’a pas tenu à lui que le public ne vît jamais son Por-trait (L). Jaloux jusqu’à l’excès, 8c peut-être jusqu’à la foiblessc, de la gloire de sa Na-tion, il souffroit impatiemment qu’elle fut attaquée, 8c méprisoit dans le fond du cœurceux qui n’en jugeoient pas comme lui.
La
(S) Loin d'être avide de Prefens, il n’acceptoit qu’a-vec peine ceux qu’il ne pouvoit honnêtement refuser.']En voici un exemple, qui ne m’a pas paru indigne dela curiosité du public. Mr. le Comte de Shaftsburyayant remarqué que Mr. Bayle n’avoit point de Mon-tre, en acheta une dans un voyage qu’il fit en Angle-terre, pour la lui donner lorsqu’il seroit de retour àRotterdam La difficulté étoit de la lui faire accep-ter. II la tiroit souvent de sa poche, quand ils étoientensemble, comme pour voir quelle heure il étoit,sansque Mr. Bayle y fit aucune attention. Enfin , il laprit un jour entre fes mains, Sc après l’avoir considé-rée, il ne put s'empêcher de dire , que cette Montrelui paroissoit très-bien faite. Mylord Shaftsbury saisitcette occasion pour la lui presenter. Mais Mr. Bayleconfus & piqué de ce que ce Seigneur sembloit avoirpris ce qu’il avoit dit fans dessein, comme un moyenindirect de lui demander sa Montre , s’excusa forte-ment Sc avec beaucoup d’action. Ils contestèrentlong-tems. Sc Mylord Shaftsbury ne pût le faire con-sentir a la recevoir qu’après l avoir afluré qu’il l’avoitapportée exprès d’Angleterre pour lui, Sc après avoirconfirmé ce qu’il disoit en lui faisant voir fa propreMontre.
Quelques années après , ce Seigneur me dit qu’ilvouloir envoyer à Mr. Bayle quelques Livres Grecs Sc
Latins imprimez en Angleterre , Sc me chargea dedresser une liste de ceux qui pourroient lui être le plusagréables. J’en fis confidence à Mr. Bayle, afin qu’ilme marquât lui-même ceux qui lui conviendroient lemieux. Mais il ne voulut pas le faire. „ Il if est„ point nécessaire, me répondit-il (a), de donner à„ Mylord Shaftsbury aucune liste de Livres. Je l’en,, remercie très-humblement: j’ai un assez bon me-,, mento par une belle Montre qu’il voulut à toute,, force que j’acceptasse de fa part. Uh tel meuble,, nie paroissoit alors très-inutile, mais présentement,, il m'est devenu si nécessaire, que je ne saurois plus,, m’en pafler ; de forte qu’à tous momens je sens,, combien je lui fuis redevable d’un si beau présent”.
On voit par là le jugement qu il faut faite de ceuxqui ont dit qu’il étoit pensionnaire de la Cour deFrance, Sc c.
(T) Il n’a pas tenu a Mr. Bayle que le public n’aitjamais vâ son Portrait.] On le lui demanda avec degrandes instances, pour le faire graver Sc le mettre àla tête de la Traduction Angloife de son Dictionaire:mais il répondit qu’il ne pouvoit pas se refondre à sefaire peindre , ni à faire paraître Jon vijage à la têtede son Livre : qu’il ne lui étoit pas possible de vaincresa répugnance, Sc qu il suppliait qu on lui pardonnât cet-te sotblìffe , jì on vouloit atnji l’apelltr (u). Le Por-trait
[P *]
O) Lettre
à.Mr. DcSMaizeauxdu n deSeptembre170s, p.Ì114.
fr) Voyezla Lettre àMi Minu-toli du r.de j aavier
1101^.84348c la Let-tre 3 Mr.Marais dií6 de Matsde la mê-me année 4
P- *S 9 .
(3) Ce Re-cueil S’ilTl-printe à laHaye. Lestrois pre-miers Vo-lumes ontdéja paru.
(d) Lettrédu 3 d’A-vril 1705, p.1014, 10134
f<) Lettrésà Mt. DesMalzéauxdu 3 d’V-vril 170,,p. 1013 ; Sédu 3 deJuillet, p,-1024.
T O M. I.