Band 
Tome premier. A - B.
Seite
485
JPEG-Download
 
  

B A U T R U.

485

de Marie Bertrand , fille de Macé Bertrand , Seigneur de la Basiniere , 6e Trésorier de l’E-pargne. De ce mariage sortirent deux filles, Marguerite , & Marie Magdelaine. La prémierea été mariée au Marquis de Vaubrun , son oncle à la mode de Bretagne, comme il fera ditci-dessous (d). La seconde a été mariée avec Edoiiard François Colbert, Comte de Maule- fQníeíes :«<vrier , Lieutenant Général dans les Armées de France , & frere de Monfr. Colbert. J’aprens c«a-du Menagìam , que le grand-pere de ces Dames mourut à l’âge d’environ soixante-dix-septans (e ), & , à proprement parler, fans confession (C). II avoit été peu dévot (Dj , & très- (;) ces«tsensible aux injures conjugales à certains égards (L). 1 l66s *

1*1 VoiíJ.

J« Obs er -

KKÎ;

H- Szi.

F°) Gicru-î? ,e m. delLblo,

c «a nxr.

u;

c v-'vu.

Mr. Ménagé , fur cet endroit de Malherbe, raporte l’Epi-taphe de Marguerite d’Autriche , dont la conclusion est ,

At vos flebejo de sanguine , quandoJFerrea nec nobis àidicerunt fata , nec ullisParcere nomïnìbus , patient'ms ite sub umbras.

Jean Second est l’Auteur de cette Epitaphe. Monfr. Mé-nagé a parodié les Vers de Malherbe au sujet d’un Poèmeépique (8).

Notons auffi en passant que l’on s’est servi d’une sem-blable moralité pour aprendre à tous les hommes qu’ils nedoivent pas fe plaindre d’être sujets à la mort. Les plusgrandes Villes périssent, leur a-t-on représenté , & noussommes assez hardis pour trouver étrange que l’hommemeure ! Ex A fia rediens, cum ab JEgina Megaram versus na-vïgarem cœpi regiones cïrcumcïrca prospicere. Poft me erat JEgi-na, ante Megara, dextra Pir&eus, siniftra Corìnthus : opta op-pida quodam tempore florentisfima fuerunt , nunc proftratadìruta ante oculos jacent. Cœpi egomet mecum fie cogitare :Hem , nos homunculì indignamur, fi quis nostrum ìnteriït , autoccifits est , quorum vita, brevïor efiè debet , cum uno loco tot op-pidum cadavera projeêîa jaceant (9). Le Tasse a fort biencopié cette pensée :

Gìace l'alta Cartago : a pena ì fignïP>e l'alte sue ruine il lido ferba.

Muoiono- le città , muoiono i regni.

Cuopre i fasti , e le pompe , arena ed herba :

E l’huom d'esser mortal par che fi sdegni.

O noftra mente cupida e superba (40) /

Consultez FEntretien XXX de Balzac, vous y trouverezen Vers Latins une belle imitation de cette pensée;, maisvous n'y trouverez pas ces paroles de Rutilius :

Non indignemur mortalia corpora solvi.

Cernimus exetnplis oppida pojse mori (n) ;

ni ces Vers d’Aufone :

Miremur periifie homìnes ? monumenta fatiscunt,

Mors etiam faxis marmorïbusque venit (n).

Scarron , qui donnoit un air burlesque à toutes choses, n’apas épargné celle-ci. Voiez le fameux Sonnet , qui com-mence par

Superbes monument de Vorgueil des humains ,Pyramides , tombeaux , dont la vaine struêlure ,

Lc dont les six derniers Vers font

Par l'injure des ans vous êtes abolis ,

Ou du moins la plufpart vous êtes démolis,ll ne ft point de ciment , que le tems ne dijsoude.

Si vos marbres fi durs ont senti son pouvoir ,

Dois-je trouver mauvais qu un méchant pourpoint noir ,

Qui ma duré deux ans , soit percé par le coude ? ,

N’oublions pas les petits Auteurs : ils doivent, & moi toutle prémier, faire quelque usage de cette moralité. Les fau-tes qui leur échapent peuvent devenir vénielles , par la rai-son que les Ecrivains les plus illustres & les plus savans, lesScaligers & les Saumaifes, ont fait beaucoup de bévues.Si de tels Auteurs fe font trompez fort souvent > ne doit-on pas fe consoler de ses méprises , quand on est d’un rangvulgaire dans la République des Lettres ? Ils doivent faireà F égard des autres Auteurs ce que fit Carthage à F égard desautres peuples. Pojl Carthagmem vinci neminem puduit (13) ;personne n’eut honte d’être vaincu, après que Carthage eut

été vaincue. C’est ce que je disoìs dans le Projet de ceDictionaire (14). Notez que l'on ne doit pas prétendreque je ruine ici ce que je dií’ois en cet endroit-ià, & quej’avois étalé plus amplement en Un autre endroit (15), queles grans Auteurs font les plus sujets à faire des fautes.Cela est très-vrai à certains égards ; & néanmoins leursméprises peuvent servir de consolation & d’excuse auxEcrivains du tiers Etat. Mais il n’en faut pas abuser : ilfaut tendre le plus qu’on peut à la perfection.

(C) ll mourut ..., d proprement parler, fans confession .]Ma preuve fe trouve au Mtnagiana : „ Monfr. de Bautru

„ avoit environ soixante & dix-sept ans, lors qu’il mou-„ rut. 11 venoit me voir fort souvent, deux ou trois ans„ avant fa mort, aux jours de la Mercuriale. J’étois chez„ un de mes amis , lors qu’on me vint dire qu’il étoit„ tombé en apoplexie. Je courus pour le voir ; mais il„ avoit déjà perdu connoissance. Ce fut le P. d’Harrouys,„ qui fut appellé pour le confesser. Lors qu’on lui eut dit,, le sujet pourquoi il étoit venu : fie ne vous cannois pas , e?,, vous ne me connoijfez. pas auffi , món Pere , lui dit-il d’une,, parole fort embarassée : cependant il faut que je vous dise„ ce que faisait de plus secret. Je le vis mourir. Ainsi ce„ que l’on dit qu’il me cita , n’est point véritable. II mou-,, rut, pour ainsi dire , sans parler , & même fans confes-„ sion. II fe confessa bien , si l’on veut que la confession,, fe fasse par interprète. Comme il balbutioit, un laquais,> expliquoit au Confesseur ce que le maître vouloit dire.-, Je laisse à penser quelle confession c’étoit-là (16) ”. Sil’on demande pourquoi son Confesseur ordinaire ne futpoint apellé, il faudra peut-être répondre , C'est parce qu iln en avoit point. II étoit aparemment de ceux qui se con-duisent à l’égard du Sacrement de Pénitence , comme en-vers celui de l’Extrême-Onction : ils les renvoient tousdeux au lit de la mort.

(D) ll avoit été peu dévots C’est ce que l’on peut infé-rer de ce que je viens de dire , qu’il n’y avoit nulle conois-sance entre lai & le Confesseur qui le prépara à la mort.Mais que veut-011 de plus exprès que le témoignage deMr. son fils ? „ Après la mort de Monfr. de Bautru, quand„ on voulut vendre fa Maison , il se trouva que la Chapel-„ le étoit en désordre & en ruine, ll ne faut pas s’en éton-,, nér , dit Mr. de S. . . . (17). Mr. de Bautru fe souciait„ auffi peu de sa Chapelle , qu il avoit soin de sa Cuisine cr de„ sa Bibliothèque (18) ”. S’il gardoit quelques aparences ,ce n’étoit que pour le décorum : à peine se laissoit-il effleu-rer par les exercices de Religion : Etant allé faite une re-traite d St. Lazare, on lui donna d méditer sur l'endroit de laPassion qu il croiroìt le devoir le plus toucher : il s’attacha fixe-ment aux trois dez (19) : c’est-à-dire , à F endroit où il estdit que les soldats _ j estèrent le fort fur les habits de notreSeigneur, ll aimait fort le jeu (2.0).

(E) . c? tfis-senfibles aux injures conjugales à cer-

tains égards.J Voiez dans la Remarque (B) le Procès qu’ilintenta à fa femme , & la dure punition qu’il fit porter auvalet complice. N’est-ce pas être bien sensible à la disgrâ-ce du front i Mais -bailleurs il prit bientôt le parti des’en moquer, Lc d’en rire comme les autres : i] disoit quel-quefois, Si les Bautrus font cocus, Us ne font pas des sots h. r J.

At-/~vìt- rvlno •firt lavivíá/JizaMf A ^>L ~ 11 ' . / \

( 14) Vers Iafin dn Para*graphe ll.Voiez. le à ìafin dn IV K*-lume de cetteEdit ion»

(ij) Dans ìesNouvellesLettres coii-tre Maim-bourg, pag.24 & jnivi

( 16 ) Mena-giana, pag m

304 de la zEdition deHollande .

dire Serrant»comme dansla 1 Edition »M?- 59.

(iS) Mena-giana, pag.

fi9) Mena-

giana,

97 de la 1Edition .

( 20 ) Là-me-me .

(21) Mcna-giana, pag %104.

(22) Votez,cr-dejfi(i lccommence-ment de laTHjmarejue{B) de i\Ar~ticle d* Age-Sl L Alis II.

(23) Mena-giana, pag %200 de ìa ì

C''étoit le plus fin expédient qu’il pouvoit choisir (22); car Ecti,i ° n -si un railleur comme lui eût fait le rétif, le morne , le sé-rieux , sur cette avanture domestique , on auroit trop ri àses dépens. 'Et, après tout, il en pouvoit plaisanter toutà son aise , puis qu’il n’avoit pas toléré ,1a faute : il n’y aque le cocuage volontaire , que l’on puisse justement re-procher , soit dans le sérieux , soit en raillerie, ll est surpre-nant , dit Mr. Ménagé (23) , que pendant 40 ou 30 ans Mr.de Bautru ait rempli toute VEurope de ses railleries & de ses bonsmots , pendant qu il y avoit tant de choses à dire contre lui.

Risum fecit, sed ridiculus fuit. fe ne fat ou f aï lu cela .- lahardiesse l’emporte sur beaucoup de choses (24).

(24) On «oté ces paro-les dans Iaseconde Edi-tion, pag, 305,sans dire dequi est ce La-tin. U est deQuintilien,Institut.Olator.

Librl VI,Capite I.

BAUTRU (Nicolas) frere du précédent, & Capitaine de la Porte, a été conu fous lénom de Comte de Nogent {A). De son mariage avec Marie Gordon, sœur de Jean Coulon Con-seiller

(^s) ll a été conu fous le nom de Comte de Nogent.'] CeComte a été l’un des patrons de Sorbiere , comme il paroitPar la XX Lettre de cet Auteur, où il 1e prie de faire va-loir l’Eloge qu’il avoit fait du Cardinal Mazarin. Cela pa-roit encore mieux par la Lettre LXXXI ,.ou il le remer-cie de l’argent dont son Eminence 1 avoit gratifié. Je citeces Lettres , afin que ceux qui désirent conoitre les gensPat des témoignages publics satisfassent leur curiosité. UsPeuvent voir auffi la Lettre XLVII. Le Menagiana con-tient ces choses curieuses, qui concernent Mr. le Comtede Nogent. II „ arriva à Paris , n’ayant que huit cens !i-" vr< r. s de rente, & il en avoit cent quatre-vingt mille, lors» quil mourut. Le prémier jour qu’il parut à la Cour, il„ porta le Roi fur ses épaules, pour le passer par un endroit

„ où il y avoit de F eau. C’étoit aux Tuìlleries. Monfr.„ de Nogent étoit un homme admirable pour remettre les„ conversations languissantes. Un jour , étant au Cercle„ de la Reine Mere Anne d’Autriche , & voyant que Ia„ conversation étoit cessée , & qu’il y avoit déjà quelque„ tems que ni la Reine , ni les Dames , parmi lesquelles„ Madame de Guimené étoit, ne disoient mot : ‘á’est-ce„ pas, Madame, dit-il interrompant le silence, & s’adfessant,, à la Reine , une grande bizarrerie de la nature, que Muda-me de Guimené e/ mot soyons nez un mêmeyour, e? à un„ quart d'heure l'un de l’autre ; i? cependant qu elle soit fi„ blanche , çr moi fi noir (1) ? Ceux qui ont l’adresse

qu’il avoit de remettre les conversations languissantes, fontd’un grand secours dans le monde ; car puis qu’aux cer-

PPP 3 clés

(0 Mena-giana,

41 de ia zEdition*