CARNEADE.
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de leur Portique. II avoit une Eloquence surprenante, 8c qui se fit craindre au Sénat Ro-main (F), lors qu’il fut à Rome avec deux autres Ambassadeurs. On dit qu’il y harangua un
jour
(39) Vâler.Maximus,Libr. VII/,Cap. VU,num, 5. Ex-tern,
(40) Candi -dam (élltí-borum)...qaondam ter-ribile , posteatain promìs-cnurn , ut ple-rique fiudìo-rumgratia adpervìdenàaacrius au&commenta-bantur , sa-pins furnpfì-taverint .CarneademresponfurumZenonìs li-íris. Plin.Libr. XXV >Cap . K
(41) AulusGelHus ,
Libr. XVIf,Cap. XV.
(42) jonsius,de Script.Hist. Philo-soph, pag.117. Ouze-lius in Au-lum Gel-liutll , citépar Monfr.BaiUet, Ju-gemena ,'Hom. 1, pag.420 .
(43) Ména-gé, Anti-
J,pa*. 154.
(44) La mê-me, pag. 153.
(45) Là me-nu >*
(46) Jon-ilus, deScript. His-tor. Philos.pag, 117.
(47) Ména-gé, Anti-Baillet, Tom.ï9 pag. 153.
{48) Idem,Not. inDiog. Laert.Libr. IV,num. 62,pag.m. 184.
(49) Ména-gé, Ami-Bâiller, Tom.
154.
(50) Sed incfuibus &Carneadis re-fudat ellebo-rnm. Ful-gent. My-thòlog.
Libr. I , subfin. Prasat.pag. m. 27.
(51) Idem,de Vìrgilia11a Conti-nentia, pag.m. 140 .
(52) Augus-tin. Libr, IcontraCresco-inum, Cap.XIX , citépar Monfr .Baillct, Ju-gem. desToet* Tom.I , pag. T 99.Q 3 ) Menag.Not. inDiog. Laër-tium, Libr.
ante purgabat, ad exprimenditm ìngenium suum attentius , cyillitis refellendum acrius (39). Je voudrois que celui qui adit cela n’eût point emploie le mot cum c’est vouloir qu’oncroie qu’il s’agiísoit-là d’une Dispute verbale ; pensée faus-se , vu que Chryíìppe ne vivoit plus lors que Carneade en-treprit de le réfuter. Pline (40), & Aulugelle (41), pré-tendent qu’il se servit de ce remede pour répondre aux Li-vres de Zenon. Quelques Modernes s’imaginent que ceZenon n’est pas le Chef des Stoïques, mais Zenon de Tar-se, Disciple & Successeur de Chrysippe (42,). Cela pour-roit être ; mais comme Mr. Ménagé l’a remarqué judi-cieusement (43), on peut aussi entendre cela du Fondateurdes Stoïciens. Je ne saurois aplaudir à tout ce qu’il a criti-qué à Jonsius. II le censure avec raison d’avoir dit que Va-lere Maxime assure que Carneade voulant écrire contreZenon prenoit de l’ellébore (44). II faloit dire , voulantdisputer avec Chrysippe. II lui attribue très-faussement d’a-voir accusé d’erreur Pétrone, Tertullien , St. Jerome , 8cSt Augustin, pour avoir dit que Carneade se purgeoit le cer-veau avec de t ellébore blanc , lors qu il écrivait contre Chryfip-pe (4;). Cette faute de Monfr. Ménagé est damant plusétonnante, qu’il venoit de raporter les paroles de Jonsius;les voici : Quod tamen Chryftppo tribuit perperam Petronius inSatyrico. Tertullianus Libro de Anima. cap. 6. HieronymusCommentario in Epistolam ad Galatas (46). Elles signifientclairement que ces trois Auteurs ont tort d’attribuer àChrysippe ce que Pline , Valere Maxime , 8c Aulugelle,ont raporté de l’ellébore de Carneade. Jonsius ne parlepoint de St. Augustin. Cette faute de Mr. Ménagé n’estpoint feule ; car il dit expressément que Pétrone , Ter-tullien , & St. Jerome, afirment que Carneade se purgeait lecerveau avec de l'ellébore blanc,lors qu il écrivoit contre Chry-sippe ( 47 ). Or il est certain que ces trois Auteurs ne par-lent que de l’ellébore de ce dernier. Mr. Ménagé le ditlui-meme dans un autre Livre (48). Je ferai encore con-tre lui une Observation. II a tort de dire que Fulgence anommé Zenon en parlant de l’ellébore de Carneade (49):cela n’est pas vrai; il ne nomme que Carneade (50). Sìl’on eût consulté les Originaux , on eût trouvé une nou-velle matière de critiquer Jonsius, qui a mis Fulgence par-mi les Auteurs qui ont dit que Carneade se préparait parune prise d’ellébore à écrire contre Zenon. Je ne releveces minuties, que dans la vue d’accoutumer les Auteurs àIexactitude la plus sévere ; car pour peu qu’ils se relâ-chent, ils font commettre des bévues à plusieurs autres demain en main.
Notez que Fulgence fait auffi mention de l’ellébore deChrysippe. Ego vero Chryfippi ellebori rancidulo acrore poftpo-fito cum Mufis aliquìd blandius fabulabor (51). Ainsi, voilàpresque autant d’Auteurs pour Chrysippe , que pour Car-neade. Vous avez pour celui-ci Valere Maxime , Pline ,Aulugelle , St. Augustin (52), & Fulgence; 8z pour celui-là , Pétrone , Tertullien , St. Jerome , 8c le même Ful-gence. Mr. Ménagé y ajoute Lucien (53); mais c’est letirer par les cheveux , car le Passage qu’il cite ne con-tient autre chose sinon que Chrysippe n’avoit pu entrerdans l’Ile es Bienheureux, qu’apres quatre purgations d’el-lébore (54). II y a dans Lucien un autre Passage plus trai-table ; c’est celui où il fait dire à Chrysippe qu’on ne peutdevenir sage sans boire de l’ellébore trois fois de fuite (55).Volez auffi l’Hermotime de Lucien vers la fin. Vous ytrouverez dequoi conclure que si Mr. Ménagé eût cité cetendroit-là, il eût pu prouver ce qu’il prétendoit. Dans cepartage de íentimens, j'aimerais mieux suivre ceux qui don-nent tout ceci à Carneade (56); mais peut-être que Chry-sippe avoit auffi avalé de l’ellébore pour se rafiner l’esprit.
Notons en passant que Charles Etienne, Lloyd, 8c Hof-man, se sont fort trompez, quand 11 s ont dit que Carnea-de fut le bon ami, 8c le sectateur fidelle , du PhilosopheChrysippe , chryfippi maxime fiudiofius. Je dirai ci-des-sous (57 , qu’il y avoit des doctrines qu’il ne soutenoit quepour s’oposer aux Stoïciens.
(F) Il avoit une Eloquence surprenante, cy qui se fit crain-dre au Sénat Romain.'] Elle étoit si forte, que jamais il nesoûtint rien fans le prouver, 8c que jamais il n’attaqua rienfans le détruire de fond en comble. Carneadis vero vis in-credibilis illa dicendi cy varietas perquam effet optanda nobis ,qui nullam in illis fuis disputâtlombus rem défendit ,que(m nonprobarit , nullam oppugnavit quam non everterit (58). Aprèscette louange, est-il besoin d’alléguer ces autres paroles deCicéron ? Bine h&c recentior Acaàentia emanavìt ,in qua exti-tit divina quadam celerítate ingenii , dicendique copia Carnea-des f w). Numenius a comparé l’Eloquence de Carnea-de à une rivière rapide qui entraîne tout ce qu’elle trou-ve. On verra mieux cet éloge dans les termes Grecs queje vais citer, e'A i Ihí t< xxi Sxúu* èyénav >-'°ym ,
epoyetgero , 0 ' íaìl oro7xpcòç poúê'rç, ç-tpoopuç peut, orxv-
T* xaraz-tpex-àx; t« Kci \ 7^ 'xííâl, xxi eìtréxrtrrre, xx)
o-vtíc-vpe tsç íxémrxc, hà. âùçéÇy. §uod fi alto quodam CT*
iv,num. 6 2 . ( 54 ) LucianUS, vers Hist. Libr. n, p a% , m. 757 Tom. I. (SS ) Idem,in Vilar. Audione, p*g. m, Tom. I. ($6) V„i eï . Schoock. Fabul. Hamel. pag. 125 ,12 S. (57) fions U Kemaryut ( 70- (S*) Cicero, de Orat. Libr. II, Cap. XXXVIII,fin. Voiez. la rneme , Cap. LXXXVIII , l eloge qu on donne à fa mémoire locale ; maisil y » des Critiques, qui croient q fats lieu de Carneades, il f mt [; re là Charmidas.Voiez. Jonsius, pag. ï9- Quintilien , Livr . XI, chap. II , met pourtant Carneades*( 59 ) Cicer. de Orat. Libr, III, Cap. XVIII- fin.
exaggerato dicendi genere opus effet,tum enimvero vehementi acrapido cursu ferebatur , ut amnis quidam incitatus cy rapax ,
f ui omnia paffim inundet cr abruat : fie in auditorem incumbe-at,eumque fecum magna tum fragore strepituque rapiebat (66).II ajoute que ce Philosophe charmoit tellement ses Audi-teurs , qu’il les amenoit captifs à l’obéïffance de ses senti-mens, Sc que par force ou par adresse il lùbjuguoit les per-sonnes mêmes qui avoient pris contre lui les précautionsles plus exactes. Cela mérite d’être raporté en Grec. k«<
[xévTot Xtyoìs e Kxqosxons ísvyyxyoiytl xai rsibçxcroòtgE70. yyb'è x^STtTeov [ah alpccvtìç, Çsxtvófxevoç b'e XpcPí , cûçcúo xai bó-Açu xut fila tQç xeei rrúvv rrCpób'pce •sta.oec-xevxtrpútíií. At enimvero Carneades interea , dicendi facultate auditorem permul-cebat , idemque captivum trahebat : cr fur occulte , mani-feste prado , vel fraude vel aperta vì paratijfimum etiam quem-que capiebat (61). Aucun de ses Adversaires , continue-t-il , ne pouvoit lui résister ; ils lui étoient inférieurs enEloquence ; lui seul triomphoit, toutes ses opinions pre-noientpied; toutes celles des autres étoient rejettées. n*-
c-it yëv Vas'ííúox eta-joex itixa , xxi dbtuia r,Ttc-&v xààíoí' èxc)xxi oíç 7roorrs7cn/.£usí, ryx'i eioreïv uSvvxrúnspot. Omnis qu'lp-pe Carneadis vimebat opinio , alia cujuflibet nulla prorfus, cum'adverfarios omnes longe dicendo inferiores haberet (62). Anti-pater le voulut combattre ( 63 ), mais comment ? ’ll n'osajamais paraître devant M, ni dans des Leçons publiques,ni dans des promenades, ni dans des conversations. II setaisoit : pas un mot ne sortoit de fa pauvre bouche ; il l’at-taquoit feulement de loin 8c en cacheté par quelques Li-vres qu’il composoit. La postérité les a vûs; ils netoientpas même capables de se soutenir contre Carneade mort,tant s’en faut qu’ils eussent pu lui résister lors qu’il florissoitenvironné dune gloire íì éclatante. xx-Amtcí ypd-
ifxç Toïç ùVíjSov, àÍTí vîï ívváfieta, xxi Tors xSmxrárepx rrpùgté t ai ç ’áoSpx ùtrép/xsyxv ifixtína , xxi xxrxSópextra essai to7 s
tÓte àvstpáívoiç tûv K«f»eái 5 V. Libros tantum pofteris relinque-bat , verum ejusmodi , qui ne nunc quidem , tum vero multominus Carneadem illum , qui tantus ac tam admirabilis ejusdvì hominibus videbatur , fuftinere poffent ( 64 ). Finissonspar un beau Paílâge de Lactance. Carneades Académie afeâÌA Philosophas, cujus in differendo quA vis fuerit , qu& elo-quentia , quod acumen, qui nescit, is ex- prAdicatione Ciceronismtellìget , aut Lucilii , apud quem differens Neptunus de re dif-ficìllima , oflendit non poffe id explicari , nec fi Carneadem Ip-sum Or cus r emittat (65). Quelle idée! quel éloge! on in-troduit Neptune , qui en discourant d’une matière très-di-ficile fait voir quelle ne pourrait pas être expliquée, quandmême Carneade résusciteroit. Passons à son Ambassade deRome. Elle fournit des témoignages de son Eloquence,qui ne permettent pas de douter de ce fait-ci : les Rhéto-riciens quittoient leurs Ecoles , pour aller à son Auditoi-re (66).
Les Athéniens condamnez à une amende de y00. talens,pour avoir pillé la Ville d’Orope, envoiérent des Ambassa-deurs à Rome, qui obtinrent que cette amende fût rédui-te à cent talens ( 67 ). Carneade Académicien , DiogeneStoïcien , Critolaiis Péripatéticien , trois célébrés Philoso-phes , furent chargez de cette Ambassade (68). Avant qued’avoir audience du Sénat, chacun deux fit des Haranguesen présence d’un grand nombre de personnes, & l’on ad-mira en chacun d’eux un caractère particulier (69). Laforce 8c la rapidité furent celui de Carneade (70). Voiciquelque chose de plus insigne. Caton le Censeur fut d’a-vis que l’on renvoiât incessamment ces Ambassadeurs, at-tendu qu’il étoit bien dificile de discerner la yérité à tra-vers les argumens de Carneade. Cato Cenforius , in illa no-bili trìum sapientÌA procerum ab Athenis legatione, audito Car-neade, quamprimum legatos eos cenfuit dimittendos, quoniamillo vira argumentante, quid veri effet haud facile difeernìpoffet (71). Les Ambassadeurs des Athéniens, difoit-ondans le Sénat, ont été moins envoiez pour obtenir quelquechose par la voie de la persuasion, que pour nous forcerà faire tout ce qu’ils voudraient. E U tos-sto» inTçe-fa, T j,
FvyxÀijTov fitjXs/V, áiç eirréio xortìc , erreufiao A .ô-'esdioi orpetr-fieóoyrxç , is irebrovraç , XÁÂOÍ yxp ruç filxo-ofxéiitsç npcxçb'parxí 'ía-x filmairiv. Qui tanta gravitate dicendi Senatum per-puleritnt, ut diceret, Miferunt Athenienfes legatos, non ut nospersuadèrent , sed qui cogèrent nos facere, quod ipfis collibitumeffet (72). II n’est pas besoin de dire que cette contraintesignifioit seulement qu’on ne pouvoit résister aux discoursde Carneade. Consultez Plutarque, qui vous aprendra quela jeunesse de Rome fut si charmée des beaux discours deCarneade , quelle renonçoít aux plaisirs, & à tout autreexercice, afin de suivre la passion de philosopher qu’il luiavoit inspirée , & dont elle étoit .saisie^ comme d’un en-thousiasme. Aoyoç xxTslprcv , dç xvyp, E AAî p 5 1 ç ix-07é.yf í't
vireptpviìç rrátrx xqÀat xxi > épura cUrfiv ipifiifiày-
xe 7oíç vtoiç, £ ypà, aXTiOio yitovuv xee/ êtarpifiuv ixirtcoo—
Tfç hétstriuri treft finXoy u h atu> nque fuit, virum GrA-cum ad rmraculum usque eximium, omnia delinientem cy alli-cientem , mirum infudiffe fuventuti ardorem ,per quem reliqua-rum voluptatum cr obleéiamentorum oblìti, quasi fanatici ra-perentur adphilosophiam ( 73 )■ Cela ne plut point à Caton :il craignit qu’à l’avenir les jeunes gens n’aimassent mieuxétudier qu’aller à la Guerre ; & il censura dans le Sénat laconduite que l’on tenoit à l’égard de ces Philosophes Am-bassadeurs. Donnons-leur réponse au plutôt, représcnta-
( 60) Nume-
nius f apudEufebium ,l’rxpar. E-vangel.L/6r.IV, aip.vm,737. C.
( 6 t ) Idem ,ibidem ,pag,73 S. L.
( 62 ) Idem-iibidem. C,
( 63 ) Idem,ibidem .
(64) Idem,ibidem, Z>.
(«5) Lac-tant. Libr. V.Cap. XIV.
(66) Diog.Laërtius,Libr. IV,num. 62.
(6 7) Votez:raulanias ,Libr. VII ,p“ S .zi6,2ij.
(C8) AulusGelJius,Libr. VII ,Cap. XIV,Macrobius,Saturnal.Libr. /, Cap.V.
(fi9) Idem,ibidem .
( 7 ®) Violenta6 rapidaCarneades di-cebat. AulusGellius ,
L br. VII,Cap. XlV.FacundiaCarneadisviolenta ct*rapida. Ma-crob.Satmn,Libr. I, Cap.V.
( 71 ) Plinius,Libr. Vil,Cap. XXX.
( 72 ) jElian.Hist. Var.Libr. III,Cap. XVII.
(73) «U-tarch. inC atone ma-jore,/^.34 » > F.